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Les manifestations qu'elles soient pacifiques ou plus tendues sont souvent contrôlées et dispersées par l'usage excessif de gaz lacrymogène. Si ce type de répression a l'avantage immédiat de ne pas blesser directement, les gaz émis sont potentiellement très dangereux pour la santé. Un sujet brûlant lorsque l'on constate que les forces de l'ordre, notamment en France, n'hésite pas à « gazer » les populations, y compris les plus fragiles et ce sans aucun ménagement, ni discernement.
Le gaz lacrymogène est un composé chimique qui provoque une incapacité temporaire par irritation des yeux et/ou du système respiratoire. Il s'agit principalement du propane dinitrile[(2-chlorophényl)méthylène] ou CS. Il est utilisé par les forces de l'ordre car considéré comme faiblement toxique et non létal.
Pourtant, les Nations Unies classent le gaz lacrymogène comme une arme chimique, « autorisée par la Convention sur les armes chimiques à des fins de maintien de l'ordre sur le plan intérieur » mais « interdit[e] en tant que moyen de guerre. » par la même Convention.
L'usage des gaz lacrymogènes en France
Le gaz lacrymogène est utilisé soit en aérosol (un spray) pour l'auto-défense, soit en grenades. Les forces de l'ordre chargées d'encadrer et de contenir les manifestations en France (CRS notamment) ont de nombreux moyens de répression et abusent volontiers des gaz lacrymogène pour intimider, disperser ou faire reculer la foule.
Plusieurs textes de loi précisent l'utilisation des gaz lacrymogènes en France. En premier lieu, l'article L-211-9 du code de la sécurité intérieure, qui reprend l'article 431-3 du code pénal, stipule que « les représentants de la force publique appelés en vue de dissiper un attroupement peuvent faire directement usage de la force si des violences ou voies de fait sont exercées contre eux ou s'ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu'ils occupent ». Le préfet de police, « tout officier de police judiciaire responsable de la sécurité publique, ou tout autre officier de police judiciaire », le chef d'unité sur le terrain, le commandant de CRS ou le capitaine d'escadron de gendarmerie mobile sont habilités à prendre la décision de recourir aux gaz lacrymogènes.
Malheureusement, l'actualité de ces dernières années soulève de nouveau la question de l'usage abusif de ces gaz sur les personnes. En France, de nombreuses manifestations, y compris locales, et occupations pacifiques sont réprimées violemment, avec un usage tout à fait disproportionné de gaz lacrymogène, ceci avec une absence totale de discernement des forces policières envers les plus fragiles.
De très nombreuses manifestations et vidéos témoignent de cet usage inconsidéré des gaz lacrymogène et nous citerons quelques exemples, parmi tant d'autres.
Manifestations contre la loi El Khomri, début 2016
Alors que les gouvernements successifs sont incapables de gouverner, le climat social s'est détérioré en France. Ainsi est né, fin mars 2016, le mouvement Nuit Debout, qui se veut démocratique et pacifique : "des assemblées se forment où les gens discutent et échangent. Chacun se réapproprie la parole et l'espace public." Ces rassemblements démocratiques sont considérés par le pouvoir comme une menace et il emploie de plus en plus la force pour y mettre fin.
Ces aspirations citoyennes ont donné une nouvelle dimension au défilé du 1er mai 2016. Mais, cela n'a pas empêché les CRS de provoquer et gazer des manifestants pacifiques.
À Toulouse, les syndicats ont manifesté le 31 mars 2016 contre la réforme du code du travail. Des dizaines de manifestants pacifistes, assis sur un passage piéton, sont soudainement aspergés de gaz lacrymogène par les CRS.
La zone occupée à Notre-Dame-des-Landes sous un brouillard de gaz lacrymogène
La répression policière envers les opposants au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes a été particulièrement violente et les gaz lacrymogènes ont été massivement utilisés (1 400 grenades par jour selon le site desarmons-les, noyant la zone occupée par les manifestants dans un épais brouillard toxique, alors que des personnes vivaient sur place.
Les familles Roms gazées et enfermées volontairement
Ce fût également le cas début janvier 2013 lorsque plusieurs dizaines de policiers ont saccagé et aspergé de gaz lacrymogène l'un des plus grands squats de Roms de l'agglomération lyonnaise à Saint-Fons. Les enfants, nombreux, ont été gazés sans ménagement, avec leurs mères, parfois même en les enfermant de force dans leur logement de fortune, un motif suffisant pour entraîner la mort.
Cette violence envers les Roms a été dénoncée par Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International : "La France fait pâle figure au sein de l'Union européenne et devrait rougir de la manière dont elle traite les Roms, contrairement à ce qu'a pu dire M. Hollande. Elle les enferme dans une spirale de violences, tant dans les propos que dans les actes qui, s'ils ne sont pas condamnés systématiquement, pourraient se banaliser."
Les anti-corridas gazés à Rodilhan
Les familles "bourgeoises" gazées à « La Manif pour Tous »
« La Manif pour Tous », qui "s'oppose à la GPA (mères porteuses), à la PMA pour les couples de femmes, et à l'idéologie du genre" a également subi une répression surdimensionnée. Ainsi, des parents et des enfants ont été gazés sous les rires narquois de certains CRS, alors que la manifestation était très « bon enfant » : pas de jet de projectiles, pas de casseurs, pas de bandes mobiles prêtes à en découdre... Là encore, l'usage des gaz pose question.
Les gilets jaunes gazés dans de nombreuses villes de France
L'insurrection populaire des "Gilets Jaunes" qui a débuté le 17 novembre 2018, est née du mépris du Président Macron pour les classes laborieuses toujours plus asphyxiées par la fiscalité et le sentiment de ne pas être écoutées.
Les rassemblements sur Paris comme en régions ont rapidement tourné à l'émeute en partie à cause de l'emploi sans ménagement et systématique des gaz lacrymogènes, des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense des attroupements qui n'étaient, à l'origine, pas enclins à la violence.
A Marseille, lundi 3 décembre 2018, une femme de 80 ans a succombé à ses blessures à l'hôpital après avoir été touchée au visage par une grenade lacrymogène qui a traversé la fenêtre de son appartement situé au 4e étage, rapporte le journal La Provence.
Les ambulanciers gazés à Paris
Le 3 décembre 2018, les ambulanciers qui manifestaient pacifiquement (comme en témoignent leurs mains levées) ont été gazés puis matraqués.
La vidéo associée a été supprimée de Youtube
Les enseignants gazés au rectorat de Toulouse
Mardi 19 mars 2019, des enseignants bloquaient le rectorat de Toulouse pour s'opposer aux réformes "Blanquer". Ils ont été violentés et gazés à bout portant sans aucun ménagement.
Enfants gazés lors de la fête foraine de Nantes
Samedi 6 avril 2019, alors qu'une manifestation de gilets jaunes se disperse, les forces de l'ordre envoient massivement des gaz lacrymogène près de la fête foraine, les enfants hurlent de douleur, noyés dans un épais brouillard.
Ecolos gazés à Paris le 28 juin 2019
Des militants d'Extinction Rebellion effectuent une opération non violente de blocage d'un pont à Paris pour dénoncer l'inaction politique face au réchauffement climatique et l'extinction de la biodiversité. Ils sont gazés par les CRS.
Altermondialistes gazés lors du Black Friday 2019
Le 29 novembre 2019, pour protester contre le Black Friday, jour à la gloire de la surconsommation, des altermondialistes ont été gazés à bout portant par les forces de l'ordre alors qu'ils bloquaient sans violence des sites d'Amazon, le géant américain notamment dénoncé pour son évasion fiscale, son gâchis et sa concurrence face à l'économie locale et les commerces de proximité.
Les forces de l'ordre n'ont pas fait preuve de retenue : à" Lyon, l'évacuation du blocage organisé sur le site de St-Priest s'est fait dans la violence par les policiers présents : gifles, coups de pieds, lacrymos, activistes trainés dans la boue..." dénonce Attac France.
Acte 56 des gilets jaunes à Toulouse
Le 7 décembre 2019 dans le centre ville de Toulouse, les forces de l'ordre font un usage massif et disproportionné de gaz lacrymogène contre les manifestants "gilets jaunes".
Enfin, bien d'autres manifestations sporadiques et moins médiatisées comme celles des associations de protection de la nature et des animaux, de riverains contre des projets destructeurs de l'environnement, mais aussi des "indignés" (fin 2011), des "sans logis" (début 2012) sont également gazées sans ménagement.
Journée de mobilisation contre la réforme des retraites du 17 décembre 2019
Sans doute plus d'un million de personnes en France se sont de nouveau mobilisés contre la réforme des retraite voulue par la présidence Macron au sommet de son impopularité.
A Nantes, les forces de l'ordre ont repoussé les derniers manifestants à grand renfort de gaz lacrymogène même devant la maternité. Conséquence : une vingtaine de femmes enceintes et du personnel soignant ont dû être évacué en urgence tellement le gaz dense pénétrait dans les chambres.
Michelle Meunier, Sénatrice de la Loire-Atlantique a vivement réagi sur Twitter, qualifiant cette décision de "mise en danger odieuse" et rappelant dans un communiqué l'usage disproportionné de la réponse policière.
Manifestation des pompiers le 28 janvier 2020
Outre la répression violente des pompiers (tirs de LBD, matraquage...) dans le cadre de la réforme des retraites, la police a utilisé massivement des gaz lacrymogène à proximité des écoles maternelles et primaires Marsoulan à Paris 12e, à l'heure de sortie des élèves.
Les parents d'élèves, plusieurs élus de la Ville de Paris ont interpellé la Préfecture qui s'est dédouanée sur les pompiers (Révolution Permanente).
Mayotte : un nourrisson tué par les gaz lacrymogènes
Depuis fin février 2020, l'île de Mayotte (territoire français dans l'Océan Indien) connaît des troubles suite à la mort d'un homme tué par un policier.
France Info révèle qu'un nourrisson serait décédé vendredi 28 février à cause des gaz. Dans le lycée du village de Kahani, "un projectile de gaz est tombé dans une cour où se trouvait une famille. Un nourrisson d'environ trois mois aurait inhalé du gaz lacrymogène. Conduit aux urgences, le bébé est décédé. Le corps a été remis à la famille, l'enterrement a eu lieu en fin de matinée. "
Marche des femmes du 8 mars 2020
A Nantes, sur le trajet déclaré de la marche des femmes, des militantes chantaient avec des enfants à proximité... Cela n'a pas empêché la police de les gazer...
La vidéo associée a été supprimée de Facebook
Manifestations contre le passage en force de la réforme des retraites, mars 2023
"Les images de la répression policière des manifestations dénonçant l’utilisation de l’article 49-3 dans le cadre de l’examen d’une réforme qui a suscité une très forte mobilisation depuis plusieurs semaines sont choquantes. Nous avons vu ces scènes indignes d’une démocratie : des policiers exerçant des violences illégitimes contre des manifestants et des street medics, des interpellations collectives de manifestants enjoints de s’assoir par dizaines à terre, mains sur la tête, des journalistes faisant leur métier menacé·es ou brutalisé·es." (Syndicat de la Magistrature, 20 mars 2023)
Les forces de l'ordre sont particulièrement offensives à #Lille rue Inckermann #ReformesDesRetraites #MotionDeCensureTransPartisane #Revolution pic.twitter.com/KHmQZF5Idq
— (R)evol (@contactrevol) March 20, 2023
Utilisation massive de gaz lacrymogène par les forces de "l'ordre" à Lille, rue Inckermann, le 20 mars 2023.
Vidéo : (R)evol.
Les exactions commises par les forces de "l'ordre" sont très nombreuses. Un exemple parmi tant d'autres : le 20 mars 2023, à Strasbourg les policiers ont bloqué de chaque côté des manifestants dans une ruelle, ne laissant aucun échappatoire. Puis, des grenades lacrymogènes ont été lancées sur la centaine de manifestants, bloqués. L’air irrespirable a entraîné 3 malaises sérieux nécessitant l’intervention des pompiers. Enfin, un policier a matraqué les manifestants tentant de sortir du nuage de lacrymogène. (La Presse Libre)
A Prades (66), le 23 mars 2023, les forces de l'ordre ont gazé une manifestation familiale tranquille avec des enfants.
La toxicité du gaz lacrymogène
Malheureusement, outre l'incommodation temporaire, les lacrymogènes sont dangereux pour la santé comme le synthétise le blog Danger-sante.org

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En France, les forces de l'ordre utilisent principalement des grenades lacrymogène PLMP 7B, PLMP 7C, MP7, CM6 et CM3. Celles-ci contiennent du 2-chlorobenzylidène malonitrile « CS[1] », le composé chimique appelé gaz lacrymogène qui contient notamment du cyanure.
La fiche technique de l'INRS indique que les effets sur l'Homme les plus connus sont surtout liés à une exposition aiguë : " L'effet irritant est le plus net et se manifeste sur l'œil (larmoiement, conjonctivite, parfois photophobie), sur la peau, sur le tractus respiratoire (rhinorrhée, toux, dyspnée et douleur thoracique) : parfois s'y ajoutent des troubles digestifs (nausée, vomissement et diarrhée) et des céphalées. Habituellement, ces signes sont régressifs en quelques heures ; toutefois, des effets plus prolongés sur la peau et l'œil (kératite ponctuée) ne sont pas impossibles. "
Les effets du gaz lacrymogène à court terme sur la santé
- Des problèmes respiratoires, une irritation des voies respiratoires.
- Des nausées, voir des vomissements.
- Des migraines.
- Une irritation des voies lacrymales et des yeux
- Des spasmes
- Des douleurs thoraciques
- Des dermatites et des allergies
Les conséquences sont accentuées par temps chaud et humide et semblent de plus en plus difficiles à soutenir lorsque l'exposition est régulière.
Une gilet jaune témoigne le 17 décembre 2018 sur Facebook : "Je suis allée à la manifestation samedi à Paris. Et bien évidemment je me suis fais gazé comme une merde alors que je n avais absolument rien fait. Suite à ça samedi soir, j ai commencé à être juste un peu gonflée sous l œil, hier des plaques partout sur le visage et je me lève ce matin je suis un monstre. Gonflée d un côté du visage horrible !!! J ai rendez vous ce soir chez le médecin. Je suis persuadée que C est le gaz car je n ai jamais fait une allergie de ma vie et je précise que j ai 39 ans !!!"
Les dangers des gaz lacrymogènes à long terme pour la santé
- Une nécrose des tissus dans les voies respiratoires
- Une nécrose des tissus dans l'appareil digestif
- Des œdèmes pulmonaires (trou ou bulle d'air dans le ou les poumons)
- Des hémorragies internes (hémorragies des glandes surrénales)
Pour la première fois, les effets sur la santé du gaz lacrymogène ont été documentés et détaillés dans un rapport de juillet 2020 de l'Association Toxicologie-Chimie de Paris intitulé L'utilisation du gaz lacrymogene cs ses effets toxiques a plus ou moins long terme.
La conclusion est très inquiétante : "Les effets immédiats sur la santé de l'anion cyanure sont bien documentés : effets irritants au niveau des yeux, de la peau, du tractus respiratoire, atteinte du système cardio-vasculaire et du système nerveux central (entraînant des maux de tête, des étourdissements, une grande fatigue...). Sur un plus long terme, l'anion cyanure peut aggraver ces atteintes et également toucher le système endocrinien (thyroïde). Actuellement, la carcinogénicité est encore discutée, mais des etudes biochimiques laissent à penser qu'il pourrait avoir une activité mutagène, voire épigénitique. De nombreux cas de mortalité ont été décrits, dont certains récents mais ont toujours été contestés ou dissimulés."
C'est pourquoi, "avec l'augmentation de l'utilisation du gaz cs lors de manifestations, il devient urgent que les gouvernements faisant usage du gaz cs prennent des décisions contraignantes allant dans le sens de la protection de la santé publique, ce qui ne peut aller que dans le sens des recommandations de l'organisation pour l'interdiction des armes chimiques(OIAC) et de certaines organisations non gouvernementales (ONG)." recommandent les docteurs qui ont établis ce rapport.
Sur les réseaux sociaux, en avril 2019, de plus en plus de Gilets Jaunes qui manifestent régulièrement se plaignent de conséquences sur leur santé des gaz lacrymogène : migraines, fatigue, maux de ventre, mal de gorge...
Sur Facebook, une jeune femme gilet jaune témoigne : "Depuis le 16 mars mes cheveux tombent je dors toutes la journée je n'ai plus de force je me sens mal ... et sa s'empire donc j'ai fait un bilan sanguin j'ai vu mon médecin on pensais que c'était le manque de fer ou quelque choses comme ça... mais vu que c'est depuis le 16 mars et j'ai été exposé aux gaz lacrymogènes ! Depuis ce jour je me sens mal ! Je les ai reçu aujourd'hui et tout est normal sauf le test du cyanure que j'ai voulu faire et comme vous le voyez ... bah voilà pour info je n'ai jamais fumer ni pris quoi que ce soit de ma vie et les fruits je ne mange ni les pepins ni Les noyaux". Ses résultats urinaires montrent une intoxication au cyanure, au-delà des limites acceptables même pour un fumeur. D'autres analyses ont été réalisées par des gilets jaunes et sont comparables. Il devrait en être autant pour les forces de l'ordre qui sont très exposées à leurs propres gaz.
Le gaz lacrymogène, une toxicité potentiellement mortelle
Plusieurs études démontrent la toxicité importante de ces gaz dans un espace confiné où le décès peut survenir. Ainsi, lorsque une personne reçoit des bombes à gaz lacrymogènes à l'intérieur de son domicile et qu'elle n'arrive pas à sortir à l'extérieur (cas des personnes âgées et des bébés), elle risque de perdre la vie assez rapidement.
C'est typiquement le cas qui aurait pu se produire lors de cette scène d'un autre temps rapportée par le webzine Basta, début janvier 2013, dans le camp de Roms à Saint-Fons : « Sandu est seul dans sa cabane. "J'étais en train de me laver. Un policer est rentré, quand il m'a vu, il a lancé du gaz lacrymogène à hauteur de mon visage et il a refermé la porte. Quand j'ai voulu sortir, je n'ai pas pu. Il bloquait la porte et m'empêchait de sortir. J'ai cru que j'allais mourir." »
Cette issue qui aurait pu être fatale, aurait été due soit à une atteinte pulmonaire et/ou une asphyxie.
Les effets à long terme de ces gaz lacrymogène sont de 3 types :
- l'effet mutagène et donc cancérigène des produits.
- l'effet tératogène : les femmes enceintes risquent donc d'avoir des enfants avec des malformations.
- l'effet nécrosant : une pneumopathologie chronique peut malheureusement s'installer et devenir irréversible.
Les populations les plus fragiles (bébés, jeunes enfants, personnes âgées) sont très sensibles à ces gaz toxiques, ainsi que les insuffisants rénaux[2]. Ils peuvent développer une syndrome de dysfonctionnement respiratoire réactif. Ce syndrome ainsi que la bronchopneumonie et un oedème pulmonaire peuvent s'installer définitivement. On peut également assister aussi à une fièvre persistante.
Ce n'est pas tout, les gaz lacrymogènes peuvent également développer des douleurs abdominales et à des diarrhées. Le foie peut subir une atteinte nécrosante importante de type stéatose. Un oedème cérébral peut également apparaître.
Enfin n'oublions pas de souligner que les forces de l'ordre (principalement les CRS et gendarmes mobiles) sont régulièrement exposées aux gaz lacrymogène qu'ils utilisent, à cause de leurs entraînements, du vent pas toujours favorable et des renvois par les manifestants.
Des gaz incapacitants utilisés contre les gilets jaunes
Lucie, 35 ans, aide-soignante dans une clinique témoigne sur l'usage d'un gaz incapacitant lors de la manifestation des Gilets Jaunes du 16 mars 2019 :
« Samedi dernier j'étais sur les Champs Elysées avec mon ami (...) on était coincé : des barrages de flics nous empêchaient d'aller vers le Louvre ou Orsay. On était nassé ! Et là, pour la première fois de ma vie, j'ai été atteinte par un gaz spécial. J'en ai fait des manifs, je sais de quoi je parle...Une grenade est tombée à mes pieds et j'ai été recouverte d'une poudre grise. Immédiatement j'ai suffoqué, je ne pouvais plus respirer, mais plus grave, je ne tenais plus sur mes jambes, tout mon corps tremblait, je n'avais plus de coordination dans mes mouvements. Je suis tombée comme un légume. Tous les gens autour de moi tombaient aussi. Nos membres étaient tout flasques (...) C'est un gaz innervant, ça touche le système nerveux ! Dès que je l'ai respiré, je me suis mise à chialer, j'ai été prise de panique, je n'avais plus aucun contrôle sur mes réactions psychologiques. J'avais peur de tout et de tout le monde. Les flics me terrorisaient, et même mon copain me faisait flipper...Le médecin de l'hôpital qui m'a soignée m'a confirmé que c'était un gaz toxique qu'on utilise par temps de guerre et qui a des conséquences psychologiques ; il paralyse le système nerveux, émotionnellement on n'est plus maître de soi. Je ne pouvais même plus contrôler mon envie de faire pipi ! Pendant plusieurs jours je faisais sur moi, j'étais devenue incontinente comme une vieille de 80 ans (...) Impossible d'aller manifester. Mes camarades de Juvisy qui ont aussi été touchés par ce gaz ne sont pas venus aujourd'hui. Peut-être qu'ils ne reviendront jamais. Ce gaz te fout une trouille d'enfer ! Le psychiatre de l'hosto l'a constaté. Et puis j'ai craché du sang pendant cinq jours ; j'avais les poumons en feu ! Les infirmiers radiologues n'avaient jamais vu ça ! »
L'usage de ce gaz incapacitant lors de l'acte 18 des Gilets Jaunes a été confirmé par la Préfecture de police sollicitée par CheckNews : les forces de l'ordre ont utilisé, pour la première fois, de la poudre lacrymogène. Selon une source du Parisien au sein du ministère de l'Intérieur, celle-ci est « plus concentrée, plus incapacitante » que la formule classique, rapporte Sputnik.
Et les grenades explosives ?
Plus grave encore : la France est le seul pays en Europe à utiliser des grenades explosives lors des manifestations. On peut facilement les entendre, elles produisent :
- une déflagration localisée qui peut mutiler ou tuer ;
- une émission de gaz lacrymogène ;
- et un bruit très dangereux pour la santé (165 décibels dans un rayon de cinq mètres).
Cette grenade explosive c'est la GLI-F4.
Alors que plusieurs personnes ont été mutilées par ces grenades, les stocks de GLI-F4 ne sont plus renouvelés, "il a été décidé de ne plus fabriquer de cette grenade", a expliqué le ministère de l'Intérieur. Cette grenade a été utilisée massivement jusqu'à épuisement des stocks.
Depuis janvier 2020, la GLI-F4 est remplacée par la GM2L (Grenade Modulaire à Double effet Lacrymogène), une grenade assourdissante et lacrymogène qui n'a pas d'effet de souffle mais qui est bien plus puissante : "l'explosif qui est dans la GM2L est 1,6 fois plus puissant que celui de la GLI-F4. Ce sont des armes de guerre", s'insurge le neurochirurgien Laurent Thinès. En effet, la GM2L contient du C4, un explosif militaire.
2 manifestants en ont déjà fait les frais lors de la Marche Des Libertés (une manifestation qui dénonçait le projet de Loi "Sécurité globale") du 5 décembre 2020 à Paris et lors d’une Free Party à Redon en juin 2021. Ces deux personnes ont eu leur main mutilée (doigts arrachés).
La France emploie de plus en plus de gaz lacrymogène
Le 10 novembre 2022, le Ministère de l’Intérieur lançait le plus gros appel d’offre de "grenades de maintien de l’ordre et accessoires destinés aux services de la police nationale et de la gendarmerie nationale". Cet appel d'offre concerne entre 4,5 et 13,4 millions de grenades de tous types pour les 4 années à venir ; budget total : 38 millions d'euro.
L’appel d’offre comprend des grenades lacrymogènes de deux types :
- celles, connues de tous les manifestants, de 56 millimètres et 40 millimètres, qui jonchent le sol après les manifestations, et qui peuvent être tirées jusqu’à 200 mètres, pour 9,44 millions d’unités.
- L’autre lot est celui des grenades explosives, les nouvelles GM2L.
Encore pire en novembre 2023 alors que la France achetait un nouveau stock de 78 millions d’euro de grenades lacrymogènes ! En seulement un an, le précédent stock de 2022 a été utilisé pendant les manifestations contre la réforme des retraites et les émeutes de juillet suite au meurtre de Nahel.
78 millions d'euro, c'est la plus importante commande de grenades de maintien de l’ordre en plus de dix ans. Elle comprend des grenades lacrymogènes, mais aussi des explosives et assourdissantes, dont certaines jamais encore employées...
La France rappelée à l'ordre par l'ONU et la Ligue des droits de l'Homme
L'emploi des gaz lacrymogène n'est pas anodin et particulièrement inacceptable lorsqu'il est sciemment projeté contre des personnes fragiles et pacifiques, ce qui est assez fréquent dans les manifestations, alors même que la loi ne l'autorise pas.
L'usage de ces moyens de répression excessifs participe à la fracture de plus en plus profonde entre les forces de l'ordre et les citoyens qui expriment leur mécontentement sur des sujets de société. Alors que nos politiques sont prompts à lancer des appels au calme et à affirmer que la violence ne résout rien, force est de constater qu'ils l'utilisent volontiers pour régler les conflits sociaux qui les dérangent.
A l'heure où la France régresse sur la démocratie[3], ce recours quasi systématique à des armes chimiques contre la population, y compris les plus fragiles, est tout à fait inacceptable. Un constat qui fait peine à voir dans le pays qui se gargarise d'être le berceau des droits de l'Homme...
L'emploi des lacrymogènes est tellement massif et régulier en France que le régime en place est qualifié de "lacrymocratie".
D'ailleurs, « La police aurait dispersé les foules à l’aide de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement, munitions que la France est le seul pays européen à utiliser lors d’opérations de maintien de l’ordre », dénonce un communiqué du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) du 15 juin 2023 qui demande à la France de "respecter et promouvoir le droit de réunion pacifique".
Les experts de l'ONU ajoutent : « Le manque de retenue dans l’usage de la force à l’encontre des membres de la société civile qui revendiquent de manière pacifique leur participation aux processus décisionnels concernant leur avenir, l’accès aux ressources naturelles, la protection des droits humains, la dignité et l’égalité, serait non seulement anti-démocratique, mais profondément inquiétant pour l’État de droit », ont déclaré les experts. « Nous appelons les autorités à entreprendre un examen complet de leurs stratégies et pratiques en matière de maintien de l’ordre afin de permettre aux manifestants d’exprimer leurs préoccupations et à faciliter une résolution pacifique des conflits sociaux. », ont ajouté les experts.
"L’arsenal des forces de l'ordre françaises est l’un des plus fournis et contestés en Europe, c’est pourquoi la LDH demande sa révision, et notamment sous les plus brefs délais l’interdiction des techniques d’immobilisation mortelles & des armes de guerre." a demandé la Ligue des Droits de l'Homme le 1er avril 2023.
Notes
- Les initiales « CS » proviennent de Corson et Stoughton, les deux chimistes qui ont synthétisé la molécule.
- Ces gaz toxiques sont rapidement absorbés par voie pulmonaire. Une grande partie est hydrolysée puis éliminée par les reins dans les urines.
- Absence de la représentation proportionnelle à l'Assemblée nationale, quasiment aucun référendum, corruption et mensonges des élites, entrave aux votes des députés, exercice de nombreux élus pourtant condamnés, justice partiale, Président de la République élu par une minorité, népotisme, liberté d'expression muselée et remise en cause, restrictions des libertés publiques, assignations à résidence, manifestations interdites, état d'urgence prolongé, surveillance généralisée des communications web, loi sur les fake news, censure des médias...
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🤢 L'emploi des gaz lacrymogènes est toxique pour la santé et la démocratie ; 16/11/2023 - www.notre-planete.info
