Un problème planétaire qui réclame une réponse internationale
Même si les changements climatiques ont des répercussions locales très différentes suivant la géographie de la région affectée, l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre atteint, via le brassage des masses d'air, toute la planète et donc tous les écosystèmes. Il s'agit donc d'un problème planétaire qui réclame des réponses claires et engagées au niveau international.
En effet, pour stabiliser les concentrations de GES à des niveaux acceptables pour l'humanité, la baisse des émissions doit être comprise entre 60 et 80% par rapport aux rejets actuels.
A ce titre, plusieurs conférences, conventions et organisations internationales se succèdent précisant à chaque fois, tant que possible, les conséquences prévisibles et les mesures à mettre en place.
Historique
Ainsi, nous pouvons retenir quelques dates clés :
1951 : création de
l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM)
1957 : année géophysique internationale : mesure du CO2 atmosphérique, suivi d'El Niño, forages polaires...
1979 : organisation de la première conférence mondiale sur le climat qui permet le lancement d'un programme mondial de recherche qui fait dorénavant autorité :
le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Le monde scientifique se mobilise alors dans des travaux relatifs au changement climatique via le Programme de Recherche Mondiale sur le climat (PRMC,
WCRP en anglais).
1986 : l'ICSU, le Conseil International pour la Science lance le
Programme international géosphère-biosphère qui apparaît pour renforcer les connaissances en chimie, biochimie, écologie et biologie.
1988 : les sept pays les plus riches du monde (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon) créent le
Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Evolution du Climat ou Intergovernmental Panel on Climate Change (GIEC ou IPCC) sous l'égide du PNUE et de l'OMM. Le GIEC est célèbre pour ses rapports qui font autorité et ses scénarios prévisionnels sur l'ampleur des changements climatiques. Les discussions internationales s'animent notamment autour des informations données par le GIEC.
1989 : seconde conférence mondiale sur le climat à La Haye.
1991 : création du Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM). Approvisionné financièrement par des contributions volontaires des pays développés, il a pour objectif d'aider les pays en développement à faire face aux défis environnementaux dont les changements climatiques.
1992 : signature de la Convention-Cadre des nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) à Rio de Janeiro, il s'agit de " prévoir, prévenir ou atténuer les causes de changement climatique et en limiter les effets négatifs ".
1995 : le deuxième rapport d'évaluation du GIEC confirme la responsabilité des activités humaines dans les changements climatiques et préconise les actions préventives, en vertu du principe de précaution.
Première session de la Conférence des Parties à Berlin.
1997 : troisième session de la Conférence des Parties : le Protocle de Kyoto.
1998 : quatrième session de la Conférence des Parties : le Plan d'action de Buenos Aires. Il est prévu l'élaboration progresive des règles de mise en oeuvre du Protocole de Kyoto : le système d'observance, le fonctionnement des échanges de crédits d'émission, l'échange d'informations, la coopération Nord-Sud.
2000 : sixième session de la Conférence des Parties à La Haye.
2001 : troisième rapport d'évaluation du GIEC et nouvelles fourchettes de prévisions sur l'évolution du climat.
Négociations de Bonn et de Marrakech : accords sur la mise en oeuvre des mécanismes prévus par le Protocole de Kyoto.
2003 : conférence de Milan : rapprochement Nord-Sud et introduction des puits de carbone dans le Mécanisme pour un Développement Propre.
2005 :
entrée en vigueur du Protocole de Kyoto.
Le Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Evolution du Climat (GIEC)
Le GIEC, créé en 1988 à la demande du G7 est chapeauté par deux instances de l'ONU, l'Organisation météorologique mondiale (OMM-WMO) et le Programme des Nations Unies sur l'Environnement (PNUE). Plus connu sous son sigle anglais (IPCC - Intergovernmental Panel on Climate Change), il a pour mandat de faire régulièrement le point sur l'état des connaissances sur le changement climatique.
Il a déjà publié trois "Rapports d'évaluation". Le Rapport de 1990 a débouché sur la signature, au sommet de Rio (1992), de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC-CCNUCC) et celui de 1995 (SAR) sur l'adoption du protocole de Kyoto deux ans plus tard.
Le troisième rapport (TAR) a été publié en 2001, au moment où le président George Bush a décidé de ne pas ratifier Kyoto. Le quatrième (AR4), dont la publication s'étale tout au long de 2007, devrait encadrer les négociations à venir sur les suites à donner au protocole de Kyoto qui expire le 31 décembre 2012.
Le GIEC se divise en trois groupes de travail : le Groupe I traite des bases scientifiques de l'effet de serre, le Groupe II des impacts du changement climatique et de l'adaptation au phénomène et le Groupe III de la maîtrise et de la réduction des gaz à effet de serre.
L'organisation est originale à plus d'un titre. En premier lieu elle associe, non seulement des chercheurs d'une multitude de disciplines (scientifiques et économistes notamment), mais aussi des politiques. En deuxième lieu sa tâche n'est pas de mener ses propres études mais d'évaluer celles des autres. Ainsi, ses membres doivent "expertiser l'information scientifique, technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique provoqué par l'homme"
Comme l'a rappelé, à l'ouverture de la réunion de Paris le 29 janvier 2007, la vice-présidente du Groupe I, Mme Susan Solomon (Etats-Unis), elle doit fournir une "information pertinente mais non normative", manière de dire qu'elle ne doit pas faire de recommandations aux décideurs.
Chaque groupe de travail publie une somme d'un millier de pages, exploitant les meilleurs articles publiés dans son domaine. Il rédige aussi un "Résumé pour décideurs" d'une quinzaine de pages et un "Résumé technique". L'AR4, comme le troisième rapport, comportera un ultime volume, une synthèse d'une trentaine de pages des travaux précédents, accompagnée elle aussi d'un Résumé pour décideurs, elle est attendue pour le 17 novembre 2007. Les experts des gouvernements interviennent principalement en fin de processus. Ils négocient mot à mot avec les auteurs le libellé de chaque Résumé pour décideurs (
La lettre de la SNDD - Numéro 14 de février 2007).
La Convention-Cadre des nations Unies sur les Changements Climatiques de 1992
En 1992 à Rio (Brésil), se tenait la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement, dite "Sommet de la Terre", au cours de laquelle des centaines de pays adoptèrent la convention sur les changements climatiques.
La Convention-Cadre des nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) a reconnu l'existence de changements climatiques induits par les activités humaines. Il a alors été déclaré que les pays industriels, en tant que principaux responsables devaient lutter contre ce phénomène.
L'objectif énoncé par la CCNUCC est de "stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique". Et ce en convenant "d'atteindre ce niveau dans un delai suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre d'une manière durable."
La CCNUCC est entrée en vigueur en mars 1994. Les pays développés, les pays en transition vers une économie de marché et l'Union Européenne s'étaient engagés à stabiliser leurs émissions de GES au niveau de 1990 pour l'an 2000.
De plus, les pays développés et la Communauté européenne figurant à l'annexe II de la Convention devront soutenir financièrement et technologiquement les pays en développement.
Ceci révèle l'importance qui est donnée aux changements climatiques affectant tous les domaines fédérés par le concept de développement durable.
Le protocole de Kyoto
La 3ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, s'est tenue à Kyoto (Japon) en décembre 1997. Le protocole qui en est issu, engage juridiquement et quantitativement les 38 pays industrialisés signataires à réduire de 5,2% leurs émissions de gaz à effet de serre pour l'horizon 2008/2012, par rapport à leurs émissions de 1990
Cependant, pour l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto, deux conditions sont indispensables :
- au moins 55 pays doivent le ratifier
- parmi eux, ceux visés par l’annexe 1 de la Convention (c’est-à-dire pays de l’OCDE sauf Mexique et Corée, et pays dits en transition), doivent cumuler au moins 55 % des émissions de CO2 en 1990.
Pays de l'annexe I dont la part d'émissions de dioxyde de carbone en 1990 est supérieure à 2%Crédit : notre-planete.info d'après
UNFCCC
Or, George Bush a retiré les Etats-Unis (responsable de près de 36% des émissions de gaz à effet de serre) du Protocole de Kyoto en mars 2001 ; la Russie représentait 17,4% des émissions en 1990.
Au 24 novembre 2005, 156 Etats avaient ratifié le Protocole. Les pays de l'annexe 1 qui ont des objectifs chiffrés représentent dorénavant 61,6% des émissions.
Nous pouvons suivre
l'évolution de la ratification du Protocole de Kytoto (format PDF).
Heureusement,
l'annonce de la ratification par la Russie du protocole de Kyoto a permis son entrée en vigueur en janvier 2005.
Pour exemple, il est ainsi prévu que les émissions à l'horizon 2008/2012 soient de respectivement :
- Etats-Unis -7%
- Japon -6%
- Union Européenne -8%, avec :
- Allemagne -21%
- France 0%
- Grande-Bretagne -12,5%
- Danemark -21%
- Portugal +27% (jusqu'à 27% d'émissions supplémentaires possibles vu ses faibles rejets)
- Norvège +1%
- Islande +10%
- Ukraine 0%
Une première étape qui engage la responsabilité des pays industrialisés
L'entrée en vigueur du protocole de Kyoto n'est qu'une première étape, modeste, dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En effet, afin de contenir le réchauffement moyen de la Terre a 2°C maximum (seuil à partir duquel les bouleversement climatiques ne seront plus gérables), il faudra réduire de moitié les émissions mondiales de GES d'ici à 2050. Ce challenge signifie que les pays industrialisés devront diviser leurs émissions par 4 afin de laisser la possibilité aux pays en développement de poursuivre leur croissance.
En effet, le Protocole de Kyoto, n'inclut pas, au moins jusqu'en 2012, des pays en voie de développement tels que
l'Inde,
la Chine et le Brésil, qui abritent pourtant plus d'un tiers de la population mondiale et qui deviendront dans quelques années les premiers émetteurs de gaz à effet de serre de la planète.
Les mécanismes de flexibilité
Sous l'influence des Etats-Unis, trois mécanismes de flexibilité (qui permettent donc plus de souplesse dans l'application du protocole de Kyoto) ont été élaborés pour réaliser des réductions à moindre coût et surtout permettre aux pays industrialisés de différer la mise en oeuvre de mesures nationales fortes pourtant nécessaires.
- Le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP) : les pays industrialisés et les entités qui en sont issus peuvent aider au financement et à la réalisation de projets de réduction d'émissions dans les pays en développement. En échange, ces premiers pays recoivent des droits d'émissions supplémentaires à la hauteur des rejets évités.
- La Mise en Oeuvre Conjointe (MOC) : les pays industrialisés peuvent aider à la réalisation de projets de réduction d'émissions dans les pays dits "en transition vers une économie de marché" (pays de l'Est et Russie) et bénéficier en retour de crédits d'émissions.
- Le système international d'échanges de Permis d'Emissions Négociables (PEN) : les droits d'émissions non utilisés peuvent être vendus et achetés au sein d'une bourse mondiale.
Le danger des puits de carbone
L'évolution des taux de CO2 est compliquée par son cycle qui touche tous les milieux : océans, sols, faune, flore, air. Ainsi, la moitié seulement du CO2 rejeté par les activités humaines s'accumule dans l'atmosphère, l'autre moitié étant absorbée par les puits de carbone que sont les océans, les sols, la faune et la végétation déjà bien mal menés.
Le Protocole de Kyoto prévoit la possibilité de recourir aux puits de carbone pour obtenir des permis d'émissions. Or, vu les niveaux de CO2 constatés et surtout les changements climatiques enclenchés, il est envisageable que les puits de carbone que sont les arbres, en disparaissant libèrent le gaz carbonique qu'ils contiennent portant les émissions de 35 à 40 milliards de tonnes ! En effet, selon une étude de l'institut britannique de météorologie Hadley " la biosphère terrestre intervient comme un puits de carbone jusqu'en 2050 environ, puis se transforme en source" d'émission, car à terme les végétaux rejettent le CO2 au préalable stocké. De plus, des études française et britannique craignent que les océans et les forêts deviennent insuffisants... Sur ce point, les océans qui participent aussi massivement à l'absorption de CO2 grâce aux courants marins et au plancton, seront moins efficaces.
Dans tous les cas, aucun plan réaliste de sylviculture ne pourrait compenser les rejets de CO2 des sociétés humaines.
La séquestration du carbone dans les couches géologiques profondes ou dans les fonds marins est également en expérimentation tout en posant des problèmes techniques et écologiques.