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L'énergie hydroélectrique met à profit l'énergie de l'eau qui se déplace d'un point haut vers un point bas, essentiellement pour produire de l'électricité. Les projets de production d'énergie hydroélectrique englobent des projets de barrages-réservoirs, de centrales d'éclusées ou au fil de l'eau et de centrales dans le courant à toutes les échelles de projet. Cette diversité permet à l'énergie hydroélectrique de répondre aux importants besoins urbains centralisés ainsi qu'aux besoins ruraux décentralisés.
La production varie selon les aléas de l'hydraulicité (débit d'une année ou d'un mois donné par rapport à une année ou un mois considéré comme "normal").
L'usage de la force hydraulique remonte au début de notre ère. Jusqu'au moyen-âge, de nombreux moulins permettaient de fournir de l'énergie mécanique. Certains d'entre eux produisent encore aujourd'hui de l'énergie électrique renouvelable. La conversion des sites à la production d'électricité s'est faite à partir de la fin du XIXème siècle.
En France, les grandes installations hydroélectriques ont été développées au cours du XXème siècle sous le régime de la concession de force hydraulique : l'État confiait, généralement pour 75 ans, l'exploitation de la chute d'eau au concessionnaire en contrepartie de la réalisation, par ce dernier, des installations qui intègrent le domaine public hydroélectrique. Ceci a conduit à un important effort d'équipement qui a permis d'exploiter une grande partie du potentiel hydroélectrique français par de grands aménagements.
L'utilisation de la force motrice de l'eau peut s'envisager soit au "fil de l'eau" soit à partir de retenues obtenues par des barrages.
On distingue alors plusieurs techniques et centrales :
Les centrales au fil de l'eau ne disposant pas de capacité pour retenir l'eau, turbinent en continu le débit du cours d'eau.
En France, ce sont les centrales hydrauliques les plus nombreuses (environ 1 900 unités). En France, elles représentent la moitié de la production hydraulique et fournissent une production continue toute l'année.
Elles permettent de produire de l'électricité en retenant l'eau dans un réservoir (lac) situé en amont d'un barrage. Le passage de l'eau dans des turbines permet de produire de l'électricité. Cette technologie représente une puissance très rapidement mobilisable en période de pointe de consommation, en vidant davantage le réservoir.
En France, une centaine d'installations constitue un tiers de la puissance hydraulique installée (environ 9 000 MW fin 2012)
Ces centrales permettent un stockage quotidien ou hebdomadaire de quantités moyennes d'eau.
En France, il existe 150 centrales de ce type pour une capacité installée d'environ 4 200 MW.
Elles utilisent un réservoir amont et un réservoir aval entre lesquels l'eau est pompée vers l'amont en période de basse consommation quand l'électricité est peu chère et turbinée vers l'aval en période de pointe de consommation. Il ne s'agit pas à proprement dit d'un site de production mais davantage d'un centre de stockage d'énergie.
En France, il existe une dizaine de STEP pour une puissance cumulée de 4 500 MW.
"Il s'agit d'un procédé encore récent et peu développé. Le principe est d'équiper des canalisations d'eau potable de microturbines qui se servent de la gravité pour produire de l'énergie. Les puissances concernées sont très faibles – 380 kW pour les deux microturbines de l'agglomération de Nice, par exemple –, mais l'investissement initial est faible, l'impact environnemental quasi nul, et le débit, régulier et assuré" (Observ'er).
L'hydroélectricité est la seule énergie renouvelable et modulable et présente donc plusieurs atouts.
Il s'agit d'une source d'énergie renouvelable et nationale. Elle permet un stockage de l'énergie et la modulation de la production électrique, apportant ainsi une contribution appréciable à la stabilité du système électrique.
L'électricité ne se stockant pas, l'équilibre d'un système électrique ne peut être réalisé qu'en ajustant en permanence la production à la consommation, en étant capable de moduler quasiment instantanément la puissance produite et injectée sur le réseau. La possibilité de pouvoir moduler rapidement la production d'électricité revêt donc une importance particulière.
Cette source d'énergie n'émet pas directement des gaz à effet de serre, ni d'autres gaz polluants.
L'hydroélectricité, lorsqu'elle est associée à un réservoir (lac, barrage, etc.), est la seule énergie renouvelable modulable, avec de surcroît la possibilité de faire monter très rapidement la puissance électrique produite. Elle joue un rôle crucial dans la sécurité et l'équilibre d'un système électrique, en permettant :
En plus de la production d'énergie, l'exploitation des réservoirs des centrales hydroélectriques est souvent liée à leurs multiples usages, comme l'alimentation en eau potable, l'irrigation, la maîtrise des crues et des sécheresses et la navigation.
En créant des chutes d'eau artificielles lors de la construction d'un ou de plusieurs ouvrages, la ligne d'eau et la pente naturelle du cours d'eau sont modifiées. Les eaux courantes se transforment alors en une succession de retenues d'eau stagnante : les conséquences sur l'écosystème et l'environnement ne sont pas anodines :
Lorsque ces ouvrages sont associés à une prise d'eau ou une dérivation alimentant un moulin par exemple, ils contribuent à l'uniformisation du débit du cours d'eau à un très faible niveau sur une grande partie de l'année et réduisent la fréquence des variations de débits liées en particulier aux petites crues.
La rivière est un flux continu de matériaux solides, fins ou grossiers, arrachés au bassin versant. De manière générale, l'obstacle peut entraîner un blocage du flux de sédiments et un déficit à l'aval, déséquilibrant la dynamique du cours d'eau et affectant la morphologie du lit. Transport solide et transport liquide étant naturellement équilibrés dans la dynamique fonctionnelle d'un cours d'eau, le déficit génère souvent une érosion du lit en aval de la retenue et provoque la disparition des substrats favorables à la vie et à la reproduction des espèces aquatiques. Selon l'importance du piégeage des sédiments par l'obstacle, on assiste à des phénomènes d'érosion et d'enfoncement du lit à l'aval pouvant aboutir au déchaussement de ponts et autres ouvrages d'art.
Alors que cette source d'électricité est mise en avant pour sa contribution quasi nulle à l'effet de serre, un rapport accusait en 2002 les barrages d'émettre, via leurs réservoirs, d'importantes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre. En effet, le processus naturel de sédimentation des limons du fleuve et la décomposition de grandes quantités d'organismes vivants et de matières organiques qui sont enfouies lors de leur dépôt dans le réservoir, entraînent des réactions de fermentation, qui émettent du méthane. Toutefois, en contrepartie, l'écosystème du réservoir, constitué par des algues, diverses variétés de planctons et des poissons, va prélever naturellement du dioxyde de carbone à l'atmosphère. Un équilibre qui dporterait finalement la contribution des barrages à 1% des émissions de GES dans le monde selon Atle Harby, chercheur à SINTEF.
Les possibilités de déplacement des espèces sont fortement réduites en raison des obstacles à l'écoulement, plus ou moins infranchissables, et de la segmentation du cours d'eau induite par la succession d'obstacles.
Ainsi, sur les 292 plus grands systèmes fluviaux du monde en 2005 (représentant 60% du ruissellement dans le monde), plus d'un tiers (105) ont été considérés comme fortement touchés par la fragmentation, et 68 modérément touchés (e-Journal de l'eau de l'UNESCO No. 254, 07/2011).
Or, la fragmentation des aires de répartition favorise l'isolement des populations. Ce cloisonnement empêche tout échange génétique entre les différents groupes d'une même espèce, augmente les risques en cas de pathologies et réduit les possibilités de fuite et d'éventuelles recolonisations lors de perturbations accidentelles (pollutions,...). La biodiversité est donc affectée.
Selon les statistiques du Ministère de l'Environnement, 60 000 seuils et barrages sont recensés sur les cours d'eau métropolitains. L'essentiel de ces ouvrages est abandonné et ne fait plus l'objet d'un usage clairement identifié ni même d'un entretien quelconque. La majeure partie est constituée de seuils inférieurs à 5 m dont la prolifération constitue l'impact majeur sur l'état des milieux aquatiques.
Parmi ces ouvrages des milliers sont d'anciens seuils de moulin ou de prise d'eau d'irrigation ou d'alimentation d'étang, abandonnés depuis des siècles dont les impacts cumulés perdurent.
Selon les estimations, les ouvrages seraient responsables de la diminution de 44% de la densité d'anguilles depuis 1983 tandis que les turbines des centrales hydroélectriques provoqueraient un taux de mortalité des anguilles retournant en mer de l'ordre de 10% à 20% pour les moins dommageables.
Or, toutes les espèces de poissons ont besoin de circuler sur un linéaire plus ou moins long de la rivière afin d'accomplir leur cycle de vie : reproduction, alimentation, croissance... Les grandes espèces migratrices amphihalines - anguilles, saumons, aloses, lamproies...-, qui peuvent avoir un parcours long de plusieurs centaines de kilomètres entre l'estuaire et l'amont des bassins versants, sont particulièrement concernées. Cette progression vers les lieux de croissance ou de reproduction est de plus en plus difficile, voire totalement impossible. Il en résulte un retard ou une absence des géniteurs sur les lieux de ponte et par conséquence, une réduction du renouvellement des populations. Résultat : une nette diminution des effectifs, voire l'extinction de l'espèce. Le saumon sauvage, considéré comme vulnérable en France, a ainsi disparu de la plupart des grands fleuves français : Rhin, Seine, Garonne... ; il est aujourd'hui très menacé sur l'axe Loire-Allier.
Dès 1865, une loi a acté l'importance de stopper les impacts des barrages sur la circulation des grands migrateurs (saumon, aloses, anguilles, etc.) dont les populations commençaient à baisser sérieusement, remettant en cause l'alimentation des populations rurales qui en dépendaient. C'est pourquoi, les premiers décrets de classements de cours d'eau imposant des échelles à poissons sur les barrages à construire ont été pris au début du 20è siècle. Après 1984, cette obligation s'est petit à petit imposée aux ouvrages existants sur ces cours d'eau.
Afin de préserver des milieux aquatiques de qualité, un autre type de classement a été instauré depuis les années 1980, qui interdit tout nouveau barrage hydroélectrique sur les cours d'eau classés.
La loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA) du 30 décembre 2006 a prévu la révision de ces classements afin qu'ils permettent plus efficacement de respecter les obligations liées à la directive-cadre sur l'eau.
De nombreux projets pharaoniques de barrages sont en construction dans les pays en voie de développement. Même si ils pourrotn fournir une énergie électrique conséquente, ces barrages menacent directement des millions d'autochtones qui vivent sur les rives des fleuves convoités.
Ainsi, de tels projets sont souvent menés sans véritable concertation, entraînent la destruction des pêcheries des riverains et l'inondation de terres agricoles fertiles. Par conséquent, les autochtones sont obligés de se déplacer, alimentant notamment les bidonvilles des villes surpeuplées.
Vu ces conséquences négatives sur l'environnement et les Hommes, les grands barrages sont décriés par de nombreuses ONG.
Ainsi, Ronack Monabay des Amis de la Terre France dénonce : "Contrairement à ce que disent les promoteurs des grands barrages, ils ne constituent pas une source d'énergie renouvelable. Ils ont altéré 60 % des rivières et des cours d'eau du monde. De leur fait, les écosystèmes d'eau douce voient disparaître espèces et habitats plus vite que n'importe quel autre écosystème. Des millions de personnes dépendant des rivières pour leur survie ont été déplacés suite à leur construction".
Caterina Amicucci de CRBM poursuit : "Aujourd'hui sous couvert de 'se mettre au vert', les banques du monde entier se ruent sur les grands barrages. La Banque européenne d'investissement a dépensé depuis 2003 près d'un milliard d'euros dans les pays du Sud pour construire des grands barrages, alors qu'ils servent principalement les intérêts économiques des constructeurs (Suez, EDF, etc.) et des grandes industries en quête d'électricité bon marché pour produire des marchandises destinées à l'exportation".
Pourtant, l'Association internationale pour l'hydroélectricité (AIH), dont EDF est l'un des membres fondateurs, s'est doté d'un Protocole d'évaluation de la durabilité des barrage hydroélectriques (HSAP : Hydropower Sustainability Assessment), un outil volontaire pour que les constructeurs auto-évaluent la durabilité des barrages. Trompeur et insuffisant selon les ONG qui exigent que les entreprises, les gouvernements et les institutions financières internationales comme la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement, se conforment strictement aux recommandations de la Commission mondiale des barrages et aux normes internationales telles que les conventions de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et la Déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones (UNDRIP). Ils exigent également que les gouvernements et les institutions internationales stoppent le financement aux grands barrages et réorientent prioritairement leurs portefeuilles énergétiques vers des énergies réellement renouvelables.
Nguyen Viet Dung, le directeur adjoint de l'organisation vietnamienne Pan Nature a expliqué : "Le futur de millions de personnes qui dépendent du bassin du Mekong ne peut pas être sacrifié sur l'autel de cette initiative privée. Ce ne sont pas des citoyens de seconde zone. Les constructeurs de barrages devraient se conformer aux mêmes normes sociales et environnementales strictes auxquels ils sont soumis chez eux. Ce n'est pas ce que le protocole de l'AIH leur demande de faire".
Page mise à jour le 02/04/2013
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