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Au carrefour de plusieurs traditions intellectuelles ; intégrant écologie, économie et socioculturel, le développement durable est une notion encore perçue comme relativement vague et difficile à mettre en place. Pourtant, cette démarche est, depuis la conférence de l'ONU à Istambul en 1996, officialisée dans plus de 100 pays.
Depuis le début des années 70, des scientifiques, des organisations non gouvernementales, des économistes, des représentants politiques, s'interrogent sur les limites des ressources naturelles face au processus de la croissance d'après guerre visant à "produire toujours plus" et face à l'explosion démographique des pays du Sud. L'ère industrielle s'est en effet avérée être particulièrement pénalisante pour les milieux et ressources naturels et les accidents environnementaux n'ont cessé de se multiplier (désertification, déforestation, accidents technologiques, marées noires, etc.).
En 1970, un groupe d'économistes se réunit (le club de Rome) pour publier un rapport appelé "The limit to growth" (les limites de la croissance), traduit en français par "halte à la croissance". Ce réquisitoire fait grand bruit en prônant la "croissance zéro" de la démographie humaine afin d'épargner les matières premières non renouvelables.
le trou record dans la couche d'ozone en automne 2003En 1972, des représentants de plusieurs pays du monde "soucieux du lendemain" participent à la "Conférence mondiale des Nations Unies sur l'environnement", à Stockholm. A cette occasion est proposée la création d'une "Commission mondiale sur l'environnement et le développement", présidée par le premier ministre norvégien Madame Brundtland, pour réfléchir sur les tendances du développement économique et les menaces pesant sur la planète et les espèces qui l'habitent.
En 1984, cette commission se réunit pour la première fois et s'engage à publier un rapport (à la demande de Javier Pérez de Cuellar - directeur général de l'Unesco) édité en 1987 sous le titre "Notre avenir à tous". Le principal message de ce rapport est qu'il faut "penser globalement et agir localement".
Le rapport Brundtland s'intéresse principalement à la protection de l'écosystème de la planète terre. Il ne s'agit pas de sacraliser les espaces vierges, de les préserver strictement des activités humaines mais de marquer des frontières fortes au delà desquelles les pollutions induites par la civilisation industrielle seraient interdites. Le rapport insiste sur la nécessité d'inventer "une croissance qui ne pénalise pas les générations futures sans toutefois sacraliser la nature". Il identifie deux risques susceptibles d'affecter la planète toute entière : les changements climatiques dus à l'accumulation des gaz à effet de serre et les graves atteintes à la couche d'ozone de la stratosphère par les produits fluoro-chlorés (CFC). Pour la première fois est mis en évidence qu'un développement mal maîtrisé, écologiquement irresponsable peut mener l'humanité à sa perte. Le développement doit désormais se faire dans le respect des équilibres écologiques naturels de la planète. On parlera à partir de là de "sustainable dévelopment" ou encore en français de développement durable, soutenable ou viable.
Le fossé entre les industriels et les défenseurs de la nature est à ce moment là infranchissable. L'environnement n'est pas une préoccupation prioritaire des sociétés occidentales. En revanche, des intellectuels, des scientifiques, écologues ou non, et des écologistes commencent à s'alarmer de l'état de plus en plus déplorable de l'air, des eaux et des sols. Le rapport Brundtland confirme que Stockholm est bel et bien un point d'ancrage historique qui marque la fin des années de forte expansion économique, appelées en France les "trente glorieuses".
Un certain nombre d'alertes et de signaux forts semblent donner raison à ceux que la société jugeait alors "alarmistes". La crise pétrolière de 1973, marque ainsi la prise de conscience de la vulnérabilité des ressources naturelles non renouvelables. Puis une série d'accidents et de catastrophes industrielles : Seveso (1976), Amoco Cadiz (1978), Bhopal (1984), Tchernobyl (1986), attestent des dangers auxquels peuvent être soumises les populations. D'autres événements, naturels cette fois, confirment ces dangers à l'échelle mondiale : sécheresse en Afrique, inondations catastrophiques en Asie, tremblements de terre en Amérique latine,... En France, on assiste à des inondations répétées.
Si la Conférence de Stockholm n'a pas, en 1972, retenu l'attention du monde, elle a néanmoins constitué le point de départ pour la mise en œuvre d'un cadre approprié à la prise en compte de l'environnement dans les politiques publiques. En France, sont créés en 1974, le premier ministère de l'environnement et la première division de l'environnement à l'IAURP (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région Parisienne). Dès lors des dispositions législatives et un cadre réglementaire sont mis en œuvre comme : la loi de protection de la nature de 1976 dans la suite de la politique des parcs naturels régionaux (1967), la loi de 1976 sur le classement des installations industrielles ainsi que divers textes législatifs sur l'eau et les déchets, la politique des parcs naturels régionaux,...
Cartographie de l'Ile-de-France d'après un SIGTout ceci ne peut se faire que par la mise en place d'outils d'observation et de gestion de l'espace et d'aide à la décision, comme la télédétection et les systèmes d'information géographique.
Parmi les actions retenues à Istanbul, il faut noter le programme d'élaboration d'indicateurs du développement durable qui figurait déjà dans les recommandations de l'Agenda 21 (chap. 40). L'objectif est de disposer à terme d'un ensemble d'indicateurs économiques, sociaux et environnementaux, harmonisés à l'échelle internationale et susceptibles de rendre compte des efforts nationaux vers la durabilité. En agrégeant des données multiples et d'origines diverses, les indicateurs quantifient et enrichissent l'information, la synthétisent. Des phénomènes souvent complexes, deviennent ainsi "visibles", ce qui permet de les suivre dans le temps, et d'agir en conséquence. Outils de communication et d'information qui caractérisent des situations statiques ou dynamiques, les indicateurs contribuent à la prise de décision allant dans le sens du développement durable.
Dans le domaine de l'environnement on ne dispose pas encore d'un ensemble homogène d'indicateurs permettant l'évaluation et la comparaison internationale, comme c'est le cas dans le secteur économique et social. Face à la demande croissante d'une description et d'une évaluation rigoureuse des actions environnementales, les propositions se multiplient aux échelles internationales et nationales et de nombreux experts s'attachent à faire progresser la réflexion. L'OCDE a, depuis 1989, élaboré et calculé un jeu d'indicateurs de l'environnement fondé sur un cadre méthodologique "Pression-Etat-Reponse" qui permet le suivi des conditions environnementales dans ses états membres. D'après la même méthode, le SoeS (service statistiques du ministère du développement durable) élabore des indicateurs des performances environnementales pour l'ensemble de la France.
Parallèlement, de nombreuses initiatives sectorielles et localisées illustrent sur le terrain les différentes interprétations du développement durable. Toutefois, ces expériences demeurent, soit relativement éloignées des préoccupations des citoyens, soit trop sectorielles.