Sauver un oiseau, sauver une vie
> Une rencontre inhabituelle
Un samedi matin : alors que je me rendais à mon cours, j’empruntais comme à l’habitude l’escalier menant à la salle. La cage d’escalier se présentait sous la forme d’une tour percée à chaque demi étage par des fenêtres et dominée par une toiture vitrée.
Tout en gravissant les marches, je constatais avec surprise et effroi la présence d’un petit rouge-gorge qui volait, en se projetant en direction des vitres qui laissent passer la lumière du soleil. Bien malheureusement, l’oiseau leurré par leur transparence risquait à chaque tentative de s’assommer mortellement pour recouvrer sa liberté.
L’oiseau se retrouvait prisonnier dans la cage d’escalier : les fenêtres présentes ne pouvaient s’ouvrir sans clé spécifique et étaient parfois inacessibles. De plus, à chaque étage des portes coupe-feu rendaient impossibles toute retraite.
Nul doute que cet oiseau s’etait par malheur faufilé derrière une personne accédant aux étages et demeurait prisonnier de sa trop grande curiosité. En outre, peut-être avait il déjà passé la nuit précédente ici.
Dorénavant, il était voué à une mort quasi certaine faute d’alimentation ; d’autant que les derniers cours se terminaient avec le week-end, laissant l’endroit désert pendant deux jours.
Dans ce contexte, l’oiseau fût d’autant plus apeuré que des personnes passaient à proximité sans précaution particulière à son égard. Il poursuivait donc inlassablement ses tentatives de sortie par les fenêtres, en vain.
Je pouvais cependant déjà constater une certaine forme d’épuisement chez le rouge-gorge.
> Première tentative de sauvetage
Ma première réaction fût d’essayer de l’attraper, toutefois, le volatil était encore bien loin de se laisser abattre et il continuait de parcourir sans cesse l’espace où il était confiné. Ceci dura pendant une bonne dizaine de minutes pendant lesquelles je m’essoufflais davantage que l’oiseau à monter et à descendre les marches.
Perché à un endroit inaccessible, je décidais de laisser l’oiseau ici alors que le cours devait débuter.
> Une obsession incomprise
Au fur et à mesure de l’avancement du cours, je réfléchissais activement à la manière de libérer cet oiseau. Sa vie était entre mes mains et la pause m’incitait à tout faire pour lui rendre sa liberté.
Je décidais d’en parler autour de moi pour quérir de l’aide et ouvrir ces fenêtres.
Les réactions furent contrastées passant du désintéressement total "bah, il sortira bien tout seul (...) c’est qu’un oiseau (...) on est samedi on trouvera personne pour ouvrir" à la compassion "oh le pauvre petit oiseau, qu’est ce qu’il va lui arriver", à la réflexion "comment pourrait on faire pour l’aider ?".
Je décidais donc, seule (puisque personne d’autre ne s’en souciait), d’interroger les appariteurs de l’université (personnes chargées de la maintenance), malheureusement absents le week-end. Les rares personnes que j’ai pu consulter m’ont certifié qu’aucune ouverture de fenêtre n’était donc possible.
On s’interroge à ce titre sur la sécurité et la surveillance du site le week-end, comme en témoigne d'aileurs l’état de délabrement des locaux.
> L’ultime tentative de sauvetage
Obstinée par l’idée de sauver une vie, celle de ce rouge-gorge, je me rendis de nouveau dans la cage d’escalier : il était posé sur la rampe de l’escalier, fatigué. C’était l’occasion de l’attraper. Il usa alors de ses dernières forces pour tenter de m’échapper ne songeant même plus à sortir par les fenêtres.
Après 5 bonnes minutes de poursuite, il se posa sur une marche, exténué. Je m’approchai doucement, avec beaucoup de délicatesse et de patience, et tendis calmement la main vers lui. L’oiseau, tremblant de tout son être, me fixa avec intensité et effroi. Il se laissa néanmoins prendre dans le creux de mes mains.
Avec énormément de précaution, tant les oiseaux ont le cœur fragile, je le posai au pied d’un buisson à l’extérieur : il était sain et sauf.
Je le laissais sur place, tétanisé, pendant que j’allais chercher de l’eau et quelques miettes de gâteau pour le réconforter et l’assister dans sa récupération.
Après s’être reposé pendant 15 minutes et avoir bu quelque peu sous mon regard, il profita de quelques secondes d’inattention de ma part pour s’envoler. Je l’ai regardé partir, le cœur gonflé de joie pour lui.
L’intérêt de cette véritable rencontre qui se termine bien et aussi de montrer que nous pouvons tous agir en faveur de la nature en y consacrant un peu de notre temps. N’oublions pas qu’il s’agissait d’une vie, celle d'un oiseau qui participe aussi à l’égaiement de nos jardins et nos villes devenues si tristes.
Plus grave est de constater l’indifférence que soulève ce type de situation que l’on pourrait aisément mettre en parallèle avec notre égoïsme de tous les jours envers le malheur des autres.