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Les effets de Tchernobyl sont pires qu'escomptés

22924 lectures / 5 commentaires20 avril 2006, 16 h 00

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Les effets de Tchernobyl sont pires qu'escomptésCentrale de Tchernobyl
crédit : International Atomic Energy Agency
Le nom de Tchernobyl n'est pas seulement attaché à la plus grande catastrophe nucléaire jamais advenue dans le monde. Tchernobyl est devenu synonyme du côté noir de la vie moderne - de la manière dont la technologie peut dérailler et des effets terrifiants que cela peut avoir. 20 ans après la catastrophe initiale, Greenpeace a publié un rapport consacré à ses effets, qu'elle juge plus étendus qu'on ne le pensait antérieurement.

La persistance de ces agents fait que les effets de Tchnernobyl se transmettent de génération en génération. La contamination liée à Tchernobyl est environ 100 fois supérieure à celle causée par les bombes cumulées d'Hiroshima et de Nagasaki. Les effets d'Hiroshima et de Nagasaki sont bien documentés, tandis que la spéculation demeure de mise en ce qui concerne ceux de Tchernobyl.

"Le nombre exact de victimes ne sera peut-être jamais connu, mais 3 millions d'enfants ont besoin d'être soignés", a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. "On ne saura qu'en 2016, au plus tôt, le nombre total de personnes susceptibles de développer des pathologies sévères."

La catastrophe n'est évidemment pas restée confinée à la zone évacuée à l'époque. Les nuages chargés de matières radioactives ont été charriés par les vents sur la moitié de la planète, l'Europe septentrionale ayant été particulièrement touchée. Principal agent radioactif de Tchernobyl, le césium 137 a une demi-vie de plus de 30 ans. "On va continuer à observer pendant des siècles les conséquences radiologiques (et, partant, sanitaires) de cet accident nucléaire", peut-on lire dans le rapport de Greenpeace.

"Plus de la moitié du césium 137 émis suite à l'explosion a été transporté dans l'atmosphère vers les autres pays européens. Hormis l'Ukraine, le Belarus et la Russie, au moins 14 autres pays d'Europe (Autriche, Suède, Finlande, Norvège, Slovénie, Pologne, Roumanie, Hongrie, Suisse, République tchèque, Italie, Bulgarie, Moldova, Grèce) ont été frappés par des radiations de niveau supérieur à 1 Ci/mètre carré, seuil à partir duquel une zone est réputée 'contaminée'", poursuit le rapport.

On relève des quantités moindres de radiation dans toute l'Europe, sur une zone s'étendant de la Méditerranée à l'Asie. Concernant la zone entourant immédiatement le site de Tchernobyl, les auteurs du rapport indiquent que "rien qu'au Belarus, en Russie et en Ukraine, l'incident a été à l'origine d'un surcroît de mortalité estimé à 200 000 décès entre 1990 et 2004."

Les principales victimes de l'incident ont été: les "liquidateurs" ou ouvriers de nettoyage généralement détachés sur les lieux de la catastrophe pour déblayer; les populations évacuées dans le périmètre immédiat de 30 km autour du site ; les personnes qui résidaient dans des zones en bordure de la zone d'évacuation; et les enfants issus de tous ces groupes.

Dans les zones contaminées bordant le site, les taux de cancer ont augmenté de 40 pour cent au Belarus pris globalement, et plus fortement encore dans les zones les plus proches de Tchernobyl, de 2,7 fois dans les zones contaminées de Russie, et de près de trois fois dans les territoires ukrainiens touchés. S'agissant du cancer de la thyroïde, "marqueur" de la catastrophe de Tchernobyl, les taux continuent encore d'augmenter. Durant la période 1988-1998, les taux de cancer de la thyroïde ont doublé, et triplé en 1994 dans les secteurs contaminés situés en Russie.

Les effets ne se limitent cependant pas au cancer de la thyroïde. D'autres atteintes thyroïdiennes se sont traduites par tout un éventail de maladies endocriniennes. Les taux de leucémie, d'autres cancers, de maladies respiratoires, digestives, hémato-vasculaires et immunitaires ont tous augmenté selon un rapport allant de deux à quatre. Les réponses immunitaires ayant été atteintes, de nombreuses personnes sont affectées par le "SIDA de Tchernobyl" qui expose les nouveau-nés à un nombre d'infections 2,9 fois supérieur à celui observé chez un enfant "normal".

Les effets de la contamination sur les systèmes reproducteurs et urogénitaux ont augmenté les incidences de poids insuffisant à la naissance et de mortinatalité en Europe centrale et septentrionale. Les taux de trisomie 21 et d'anomalies congénitales telles qu'anencéphalie, spina-bifida, malformations cardiaques, malformations du système nerveux central, palatoschisis et bec-de-lièvre ont par ailleurs tous augmenté en Europe centrale et septentrionale depuis la catastrophe de Tchernobyl.

'"On peut raisonnablement conclure que l'accident de Tchernobyl a été et continuera d'être un important facteur de morbidité et de mortalité dans toute l'Europe, de la Scandinavie, en passant pas l'Europe occidentale, jusqu'au sud où la Turquie enjambe la frontière entre l'Europe et l'Asie, et au-delà", relèvent les auteurs du rapport.

"Il sera impossible de recalculer a posteriori l'exposition à laquelle les populations ont été soumises [...]. Il faudrait mener des études pour clarifier autant que possible l'ampleur de la morbidité et de la mortalité résultant de l'accident de Tchernobyl."

Les ruines du site de Tchernobyl se situent à 100 km au nord de l'actuelle capitale de l'Ukraine, Kiev, le long de la frontière entre l'Ukraine et le Belarus. La centrale possédait quatre réacteurs refroidis à l'eau et modérés par du graphite. Cela signifie que des barres de graphite étaient utilisées pour contenir la réaction de fission de l'uranium 235.

Durant la nuit du 25 au 26 avril 1986, on effectuait un test à la centrale. La direction voulait voir si, dans l'hypothèse d'une panne de courant, les turbines de la centrale seraient en mesure d'assurer la marche des pompes primaires. Pour mener le test, la puissance du réacteur avait été ramenée à un quart de sa capacité opérationnelle et les systèmes de sécurité volontairement neutralisés.

Le test ne s'est pas déroulé comme prévu. La puissance de la centrale a baissé exagérément - de 99 pour cent - si bien qu'il a fallu l'augmenter lentement pour pouvoir mener le test. Une brusque "saute" s'est produite lors de la montée en puissance. L'arrêt d'urgence n'a pas fonctionné et le réacteur a explosé. On ignore les causes précises de la brusque montée en puissance et de l'explosion qui a suivi, mais les pistes actuelles tendent à incriminer un défaut de conception crucial - les barres de graphite utilisées pour contrôler la réaction.

Les barres de graphite ont pour fonction de modérer et de contrôler la réaction de fission - lorsqu'on les plonge dans le réacteur, la vitesse de la réaction diminue. Lorsqu'on les en retire, la vitesse de la réaction s'accroît. Les chercheurs pensent cependant qu'une insertion rapide de ces barres dans le réacteur pourrait en fait accroître subitement la vitesse de la réaction. Le graphite, une forme de carbone, est par ailleurs combustible.

L'enceinte de 1 000 tonnes du réacteur a été soufflée, et le graphite s'est enflammé, causant un gigantesque incendie. Les contenus du réacteur se sont déversés dans l'atmosphère. L'incendie a continué de faire rage pendant dix jours, rejetant continuellement des matières radioactives dans l'atmosphère. En 1989, plus de 800 000 personnes ont été impliquées dans les travaux de nettoyage autour de Tchernobyl. 300 000 d'entre elles ont reçu des doses de radiations supérieures à 0,5 sievert (Sv) ou plus, soit 500 fois la dose maximum annuelle préconisée par l'UE.

Les décès attribués à la catastrophe, et notamment aux opérations de nettoyage subséquentes, sont extrêmement difficiles à estimer. L'Union Soviétique d'alors n'a pas fourni de chiffres précis, ne se contentant que d'évoquer une vague catastrophe le 28 avril, environ trois jours après l'événement, et la décrivant comme un simple "accident". Une fois cette nouvelle diffusée, des chercheurs danois et allemands ont pu reconstituer ce qui s'était passé en menant leurs propres recherches, et ont déduit que Tchernobyl avait été le théâtre d'un MCA ("maximal crédible accident" - accident maximal crédible).

La distribution de comprimés d'iode n'a débuté que le 23 mai, soit quatre semaines après l'accident initial. Ces comprimés auraient pu empêcher l'iode radioactif de pénétrer dans la glande thyroïde des habitants de la région. Quatre semaines après, les effets des comprimés d'iode sur les 130 000 personnes évacuées auront été négligeables.

Le plus incroyable est que la centrale de Tchernobyl n'a été définitivement arrêtée qu'en 2000 et que nombre de gens ont effectivement regagné la zone contaminée aux alentours directs de Tchernobyl malgré le bouclage dont elle faisait l'objet. Quelque 1 500 personnes sont retournées dans le périmètre de 15 km entourant Tchernobyl, 50 à Tchernobyl même ou dans la proche localité de Pripyat, actuellement ville fantôme, construite à l'origine pour héberger les ouvriers de la centrale et leurs proches soit 45 000 personnes.

Sources
Greenpeace, Chernobyl.info

En savoir plus
Consulter le rapport complet de Greenpeace (en anglais - format PDF)

Auteur

© Communautés européennes, 1995-2010

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info


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5 commentaires sur cette actualité

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commentaire Pierre Darmangeat / Indre-et-Loire - 20/04/2006, 17:32

Bonjour,
Quiconque s'intéresse au nucléaire en général et à Tchernobyl en particulier, doivent absolument visiter le site de la CRIIRAD (www.criirad.com/).
Ce message n'enlève rien au mérite de Notre planète Info qui fait un remarquable travail, bien au contraire !
À bientôt.

commentaire Pierre Darmangeat / Indre-et-Loire - 21/04/2006, 01:13

Désolé, je me suis trompé : il faut écrire "criirad.org", et non ".com"
(À titre d'information, les commentaires de l'actu du 07/09/2005 "Tchernobyl, l'ampleur réelle de l'accident", font froid dans le dos et dresser les cheveux sur le tête. À ne pas lire avant de dormir : cauchemars de désespoir assurés !)

commentaire cattellat. habitant Berlin en 1986 - 03/05/2006, 11:34

je suis étonnée que Berlin ni l'Allemagne ne soit mentionné dans les zones contaminées; pensez-vous vraiment que nous ayons été épargnés? J'ai un cancer donc ablation de la thyroÏde en 2002, ma fille qui était agée de 9 ans quand nous habitions Berlin au moment de l'accident a un nodule sur la thyroÏde. Mon cancer n'est pas classé dans les cancers génétiques. Nous dépendions du Gouvernement Militaire Français qui s'est toujours voulu rassurant, nous assurant qu'il n'y avait aucun risque alors que la radio berlinoise délivrait en boucle des conseils de précautions : non consommation de lait frais, de légumes et fruits etc...J'ai dû en 2001 vendre mon magasin suite à dépression nerveuse et depuis, je suis vide de toute raison de vivre-drôle de chimie que cette thyroîde dont l'ablation n'est côtée qu'à 5% auprès de la COTOREP car moins spectaculaire qu'un membre coupé mais pourtant la réduction de la personnalité est à 80%!!!!merci

commentaire waret grosjean PIGNANS VAR - 06/05/2006, 06:50

TCHERNOBYL ...20 ans déjà 17 ans que je suis malade comment ne pas y penser chaque matin prendre les hormones de substitution.. j'ai une thyroidite de HASHIMOTO maladie auto immune et du coup j'ai tout perdu ma santé , mon travail , une qualité de vie ! j'ai une analyse de sang qui prouve que ma thyroide fonctionnait avant TCHERNOBYL , pas de pathologies thyroidienne dans ma famille donc pas héréditaire j'habitais a EZE dans les Alpes Maritimes ce week end du 1er mai je me souviens avoir été promener mon berger allemand au fort de la Revére...ma chienne est morte qq années plus tard d'un cancer.
Mais en France , nos pathologies sont connues mais pas reconnues , allez sur le site www.forum-thyroide.net , lisez les messages des malades , leurs angoisses , leurs inquiétude , leurs attentes leurs besoins ...TCHERNOBYL dégâts du passé , du présent du futur ....du passé n'oublions pas les liquidateurs , les mineurs les enfants morts ...du présent les malades qui se battent chaque jour pour vivre malgré la maladie ....du futur plus jamais ça ...mais pourquoi personne ne parle des effets mutagénes ? Des effets de la radioactivité poison invisible , inodore , incolore ....Le pire est que actuellement en France on est pas mieux soigné nous malades avons besoin de nos hormones de synthéses nécessaire et vitale pour notre équilibre hormonal ...le médicament EUTHYRAL n 'est plus dans nos pharmacies , otages des firmes pharmaceutiques ....Et que en tant que malade on vit avec un revenu inférieur a 500€ par mois ne permettant pas d'aller consulter les médecins autant que nécessaire...on parle de meilleurs dépistages ! mais pourquoi y a t-il autant de dépistages ? On parle beaucoup de cancers mais on se garde bien de parler de la thyroidite de HASHIMOTO maladie qui porte le nom du médecin qui a trouver cette maladie aprés HIROSHIMA .
En 1986 la France n'a pas su ou n'a pas voulu protéger les enfants de son pays , blessés meurtries par la maladie , trahis par la cicatrice au cou beaucoup de malades sont exclus du monde du travail ....il est temps que les pouvoirs publics en France prennent en considération nos souffrances morales , physiques et financiéres....et qu'on donne aux malades les moyens de vivre dans la dignité humaine et que le monde médical soit plus à l'écoute de nos maux et arrête de culpabiliser le malade

commentaire paris - 10/04/2009, 22:33

Tchernobyl l'enfanté du communisme

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