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5 373 lectures / 7 commentaires04 avril 2011, 08 h 56
Potager "bio"Pour beaucoup, cultiver bio signifie simplement ne pas utiliser de produits chimiques. Pourtant ce n'est pas suffisant, le jardinage biologique implique en réalité une approche et une gestion radicalement différente.
Etymologiquement "bio" (du grec "bios") signifie "vie". Cultiver bio implique donc un respect de toutes les formes de vie en présence : minérales, végétales, microbiennes, animales et humaines. Ce n'est pas là une simple question de principe mais bel et bien une condition de base à un bon équilibre du microenvironnement que constitue un jardin (ou une exploitation agricole).
Les maladies ou autres invasions de "nuisibles" résultent toujours d'un déséquilibre. Ces déséquilibres sont la conséquence directe de la disparition de zones enherbées, des friches, de tas de bois ou de pierres, des mares... Autant de niches écologiques pour des nombreuses espèces animales garantes d'un équilibre naturel.
Ainsi, la Vie, sous toutes ses formes, devrait être au centre des préoccupations de tout jardinier ou agriculteur biologique. Mais qu'en est-il en réalité ?
Le jardinier (même bio) est persuadé qu'un jardin doit être impeccable. Les "mauvaises herbes" (en bio, on préfère le terme "adventices") ou autres ronciers n'ont pas leur place dans son royaume, les mulots, taupes ou autres serpents sont combattus sans relâche, les mares asséchées car source de moustiques... En faisant cela, le jardiner (bio ou non) pense bien faire et est fier de montrer son jardin parfaitement entretenu. En réalité, il détruit complètement ce fragile équilibre naturel, ce qui engendre inévitablement des maladies et attaques parasitaires. Il se voit donc contraint par la suite d'utiliser des produits de traitements. Bien sûr, ces produits peuvent être naturels et autorisés en bio (et c'est évidemment préférable).
Pourtant, même d'origine naturelle, certains produits ne sont pas sans conséquences pour la vie.
Ainsi, les pyrèthres naturels (extrait de fleurs de pyrèthre, plante du genre Chrysanthème), couramment utilisés comme insecticides en jardinage bio, sont certes inoffensifs pour les animaux à sang chaud mais ils sont toxiques pour les poissons et tous les insectes, y compris les auxiliaires tels que nos précieuses coccinelles (que l'on réintroduit artificiellement par la suite !).
De même, la roténone (extraites des racines de légumineuses tropicales), du fait des ces mêmes toxicités, est aujourd'hui exclue du cahier des charges de l'agriculture biologique mais reste dans les rayons des produits bio destinés aux jardiniers amateurs...
La bouillie bordelaise, fongicide bien connu, également autorisée en agriculture biologique est également sur le point d'être exclue du cahier des charges de l'AB (dès qu'un autre fongicide naturel efficace sera reconnu) du fait de l'accumulation de cuivres constatée dans les sols. Pourtant, inconscients des conséquences de son utilisation sur la terre (et donc sur la santé), les jardiniers amateurs l'utilisent fréquemment et souvent à des doses supérieures aux doses prescrites.
A ces produits, nous préférerons préserver des zones "sauvages" dans le jardin et limiter le désherbage (manuel) aux premières phases de développement des cultures à fort développement (ces plantes se satisfaisant parfaitement d'un certains enherbement à leurs pieds) assurant ainsi un équilibre propice au bon développement de nos végétaux et limitant les attaques.
Une population quelconque n'est en effet nuisible que si elle se trouve en quantité supérieure à ce qu'elle devrait ; ce qui n'est jamais le cas dans un jardin (ou une exploitation) ou l'on a pris soin de préserver des zones enherbées, des friches, des tas de bois, une mare... Les populations se régulent alors par elles-mêmes, de la façon la plus naturelle qui soit. Par ailleurs, certaines plantes sauvages peuvent attirer des "nuisibles" et préserver ainsi nos cultures.
J'ai par exemple observé l'été dernier la présence de colonies de pucerons sur des chardons volontairement préservés. Mes cultures sensibles telles que concombres ou fèves en était indemnes, alors que celles de mes collègues en étaient infestés. Au bout de quelques jours, ces colonies de pucerons avaient pratiquement disparues.
L''utilisation préventive de préparation à base de plantes est également recommandée. Les purins d'ortie ou de consoude sont aujourd'hui bien connues pour leurs facultés à renforcer la résistance des plantes aux maladies ou autres attaques parasitaires. La prêle est également relativement efficace en préventif contre le mildiou ou autres maladies cryptogamiques.
Des infusions à base de plantes agissent efficacement comme répulsifs. Ces préparations sont trop nombreuses (car spécifiques à tel ou tel autre insecte) pour être détaillée ici. Je conseille à ce sujet "Soigner le Jardin avec les Plantes" de Philippe Delwiche (édité par Nature et Progrès).
Contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd'hui, l'homme ne domine pas la Nature et ne la dominera jamais. Une pratique intelligente du jardinage intègre cette donnée fondamentale et consiste à accompagner plutôt que de vouloir maîtriser.
Observez et laissez faire la nature, vous serez surpris des résultats.
Taki23 - 11/04/2011, 22:48
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A gilles je réponds qu'il ne devrait pas parler des jardiniers "bios" en généralisant. Beaucoup se posent les bonnes questions, telles qu'elles sont soulevées dans cet article.
Tout est question d'équilibre et, comme le dit Confucius ( ou tout autre sage !), la voie du Milieu est la Voie royale...
Mais parfois il y en a qui exagèrent ! comme ces campagnols terrestres qui nous font subir une perte de plusieurs centaines d'euros en se délectant de nos légumes-racines. Il existe un pic de cette population tous les cinq-six ans.
Il est vrai que les légumes supportent éventuellement de l'herbe au pied, mais lorsqu'on a choisi de limiter les arrosages, il faut surveiller la concurrence au niveau de l'eau pour les racines des plantes, notamment vis-à-vis des graminées.Un bon mulchage est plus intéressant.
A propos des mares, le jardinier "bio" préfèrera posséder une mare et l'on sait que si celle-ci a beaucoup de moustiques, c'est que l'équilibre faune/flore n'est pas atteint (mare jeune ou mal gérée).
Quant aux pyrèthres, le problème dépasse la simple utilisation en jardinage. En effet, à mon sens, un produit est "biologiquement" acceptable si sa production est correcte au niveau de l'environnement, mais aussi au niveau social. Or, en Afrique, là où il est cultivé (pardon, le pays m'échappe), sa culture entraîne de grandes différences économiques entre les paysans, ce qui dégrade le climat social. De plus, des terres sont sacrifiées à cette culture, poussant toujours plus loin et plus haut les gorilles ainsi menacés.
Enfin, les pucerons sont spécifiques d'une espèce ( au pire d'un genre) et donc cultiver des capucines pour attirer les pucerons des pommiers est une illusion. Car dans cet exemple du puceron cendré du pommier, les bêbettes vont exclusivement sur deux plantes selon leur cycle, le plantain et le pommier. Mais point n'est besoin d'arracher tous les plantains, car le puceron nait avec des ailes lorsqu'il a besoin de se déplacer et viendra donc de bien plus loin que le jardin.
C'est vrai que certaines adventices sont de bonnes compagnes. Les achillées, par exemple, de par leurs racines superficielles, obligent les plantes à enfoncer leur racines. La biodynamie reconnaît que le souci (introduit par l'homme) est favorable aux légumes, que la luzerne a des racines très profondes qui ainsi ne gênent pas les légumes aux racines plus superficielles, tout en fixant avantageusement l'azote atmosphérique...
Le principe des plantes pour soigner d'autres plantes, renforcer leurs défenses ou repousser des ravageurs, comme des aromatiques dont le parfum émis leurre le phytophage, est une voie d'étude prometteuse et les personnes qui s'emploient à l'encourager et à la promouvoir connaissent les pires ennuis de la part des gros fabricants de produits phyto, confer l'histoire du purin d'ortie. Que d'exemples, que d'observations et de recherches encore à mener... bref, que de perspectives pour les passionnés !
PS. : Ceci dit, Gilles, tu peux rire, car bien que plus que convaincue depuis des années,je n'ai pas le label bio. Je trouve décidément le terme et sa conception désormais trop galvaudés, ce qui est fort regrettable pour ceux qui se sont échinés depuis plus de trente ans à cultiver en bio contre vents et marées, passant pour des rigolos, des rêveurs ou des illuminés.
Gilles - 11/04/2011, 23:40
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Merci pour ces précisions et commentaires Taki23.
Méa culpa pour la généralisation. En effet, de plus en plus de jardiniers se posent les bonnes questions...mais il est également vrai que d'autres se contentent de remplacer les produits chimiques par des produits autorisés en bio ; et c'est cette deuxième catégorie de jardiniers que je souhaitais sensibiliser ici.
J'ai personnellement une préférence pour l'enherbement (sur des cultures déjà suffisamment développées, ce qui limite les problèmes de concurrence en eau) par rapport au mulchage car c'est une pratique plus naturelle en soi (et demandant par là même moins de travail pour des résultats similaires)
Je suis entièrement d'accord avec toi sur le fait qu'un produit ne peut être écologiquement acceptable que s'il l'est également d'un point de vue social. A ce sujet, on pourrait également parlé du guano, qui est exploité dans des conditions de travail indigne tout en détruisant les sites d'exploitation...
Pour ce qui est du Label bio, libre à chacun d'y souscrire ou non, l'essentiel n'est évidemment pas là, mais bel et bien dans l'approche que l'on a de la pratique agricole...
Taki23 - 13/04/2011, 21:48
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A Gilles...
Je comprends ta démarche de sensibilisation et effectivement, comme tu l'écris, c'est "bien dans l'approche que l'on a de la pratique agricole" qu'est l'essentiel.
Peux-tu me préciser comment tu fais avec l'herbe que tu laisses au pied des plantes, lesquelles et quand. J'observe aussi de mon côté comment se comportent les plantes jardinées avec certaines adventices. Tout, encore une fois, est question d'équilibre : par rapport à l'eau, à la lumière aussi. Je sais aussi que la concurrence n'est pas la seule relation entre les plantes et que les rapports de mutualisation, de complémentarité existent aussi.
Il faut toutefois aussi gérer la montée à graines, des graminées notamment.
De plus, les plantes que nous cultivons sont donc amenées par nos soins dans les jardins et ont souvent moins de résistance à la concurrence. C'est ainsi qu'elles disparaissent au fil des ans si elles ne sont pas "nettoyées".
Bref, j'aimerais bien en savoir davantage sur cette manière de faire car je ne suis pas une fana du désherbage...
Gilles - 14/04/2011, 14:13
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Bonjour Taki,
Avant toute chose, je tiens à préciser que mon objectif n'est pas une productivité maximum, mais une recherche d'équilibre, d'efficacité et de qualité.
Ainsi, les rendements obtenus avec cette technique d'enherbement (selon le correcteur d'orthographe,le mot n'existe même pas !) peuvent être légèrement inférieurs aux rendements avec un paillage ou un désherbage assidu...
D'autre part, cette technique n'est applicable qu'avec des cultures à fort développement : tomates, courges, concombres, choux... ; bien que je l'ai testé sur des carottes semées en juillet dernier (par obligation, n'ayant eu le temps de désherber mes derniers rang qu'une seule fois ; à ma grande surprise, les carottes enherbées étaient aussi belle et qui plus est, exemptes d'attaques de la mouche de la carotte, contrairement au rang voisin désherbés ! je compte refaire un essai cette année).
Je pense également que, du fait de la concurrence avec les adventices, cette technique ne peut être mise en oeuvre que sur une terre suffisamment riche (c'est le cas de la terre que je cultive)ou ayant bénéficié d'une fumure importante.
Ceci précisé, cette technique est des plus simple :
- j'effectue un sarclage (avec une houe à pousser) entre lignes dès la levée ou quelques jours après la plantation des cultures.
- j'effectue ensuite un désherbage manuel sur la ligne, entre les plants.
Ce premier désherbage me semble indispensable pour assurer un démarrage correct des cultures.
- je laisse ensuite pousser les adventices au plus tard jusqu'au stade de floraison (afin d'éviter l'essaimage des graines de graminées ou autres ainsi que le manque de lumière).
- A ce stade, je fauche les adventices (à la débroussailleuse, ayant des surfaces relativement conséquentes) et laisse les résidus de fauche sur le sol.
- je laisse ensuite se développer une deuxième génération d'adventices, les cultures étant alors suffisamment développées.
Mes observations :
- les plants et les légumes obtenus avec cette technique sont parfaitement sains,et ce sans aucun traitement.
- le sol reste frais et humide en fin de saison, sans aucun arrosage. ce qui, je pense compense la concurrence relative au niveau de l'eau.
- les rendements sont très correctes, quoique légèrement inférieurs aux rendements classiques. Mais ceci s'équilibre par un gain sur le temps passé au désherbage, mais également sur l'arrosage (en fin de saison) ainsi que sur les coûts et temps de traitements.
- le sol bénéficie d'un apport naturel de matières organiques végétales pour les saisons suivantes.
Voilà, si tu souhaites faire un essai, je serais curieux de connaître tes résultats et observations. Je ne dispose en effet que de ma propre expérience (j'opère ainsi depuis 3 ans) et serais donc très intéressé par une expérience similaire en d'autres conditions de sol ou de climat.
A bientôt.
Taki23 - 19/04/2011, 19:30
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Bonsoir Gilles,
Je m'aperçois que je ne suis pas loin de ta technique, selon la plante cultivée toutefois. En fin de saison, les entre-rangs sont souvent bien enherbés et effectivement, j'observe si la plante cultivée s'en ressent ou non. Je constate ainsi que le problème peut venir du fait d'une différence de développement entre l'adventice et la plante cultivée. En exemple : l'achillée millefeuille peut souvent faire bon ménage avec les cultures. Par contre, j'ai eu un mal fou à protéger la nigelle aromatique qui est une plante trop chétive et se laisse ainsi "dépasser". Tout est une question de bon sens et au cas par cas. Toujours est-il que mon coin des aromates a eu une grande liberté de développement l'an dernier. Quant au coup des carottes, j'en suis aussi persuadée car la mouche pond sur la terre, à proximité du collet.
Bonnes cultures, affaire à suivre.......
Younous Kane - 19/05/2011, 01:22
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bonjour gilles
merci de mettre à la disposition du public cet article precieux.rien à signaler c'est pertinent
Younous Kane - 19/05/2011, 01:24
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je vous invite dans on pays,mon village pour nous initier sur l'agriculture bio
Page mise à jour le 04/04/2011
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