Les habitants se protègent des émanations toxiques à Abidjan, le 13/09/2006Crédit : AFP
Une crise environnementale et sanitaire sans précédent touche la Côte d'Ivoire : des produits chimiques issus d'un navire étranger et déversés fin août dans des décharges publiques d'Abidjan ont intoxiqué des milliers de personnes.
Selon Greenpeace, le Probo Koala, un navire russe battant pavillon panaméen, parti d'Espagne il y a plusieurs mois, a accosté à Abidjan, le plus grand port d'Afrique de l'ouest le 19 août pour une vidange.
Le liquide à vidanger – des boues issues du raffinage pétrolier, riches en matière organique et en éléments soufrés très toxiques (hydrogène sulfuré, H2S et mercaptans) – aurait alors mystérieusement été notifié sous la qualification d'"eaux usées", ce qui lui a permis de s'affranchir des exigences de traitement.
Ainsi, dans la nuit du 19 au 20 août, 528 tonnes de déchets hautement toxiques ont été déversés dans des décharges publiques de plusieurs quartiers d'Abidjan. Ce n'est qu'après le départ du navire, qui vogue actuellement vers l'Estonie, que les autorités se sont rendues compte de la supercherie.
Depuis, des émanations toxiques s'échappent des décharges et ont déjà affecté des milliers de personnes. Un dernier bilan émanant du ministère de la Santé a recensé au total 10 décès, 69 hospitalisations et 102 806 consultations.
Une catastrophe sanitaire
"Nous avons recensé au total à ce jour 8 887 personnes venues consulter les centres de santé" pour des symptômes liés à cette pollution, a déclaré lundi 11 septembre le directeur général adjoint de la branche santé du ministère, Jean Denoman, à la télévision publique ivoirienne. Des chiffres qui vont aller en augmentant, car nous recevons entre 1 000 et 1 500 personnes par jour" dans les centres de santé, a ajouté M. Denoman.
Déjà 6 personnes sont mortes, 23 ont été hospitalisées et plus de 15 000 consultations ont été enregistrées.
Les symptômes rencontrés par les victimes sont des vomissements, éruptions cutanées, malaises, diarrhées et maux de têtes.
La présidence ivoirienne a mobilisé 36 centres de santé (dont deux mobiles) et assuré la gratuité des soins et des médicaments pour les victimes de la pollution.
Les premières réponses à la crise
Outre l'intoxication, cette catastrophe sanitaire a entraîné la démission du gouvernement du Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny le mercredi 6 septembre, coupable selon lui de "négligences" dans cette affaire, tout en maintenant un comité interministériel chargé de mettre en place le plan de crise.
Une crise qui dépasse pourtant les autorités ivoiriennes qui ont indiqué ne pas posséder l’expertise nécessaire pour évaluer pleinement le problème et limiter les dégâts selon le PNUE.
A ce titre, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (HOCHA) a confirmé qu’un appel à une aide internationale a été lancé le 4 septembre, sur la base d’un plan à court et moyen terme estimé à 13,5 million de dollars.
Dans un premier temps, les déchets seront isolés dans un bunker en construction tandis que des spécialistes de l'ONU et français du traitement des déchets toxiques sont arrivés vendredi à Abidjan afin d'évaluer l'étendue de la pollution.
Le Premier ministre ivoirien Charles Konan Bannyqui a annoncé à la télévison nationale jeudi 14 septembre au soir que les déchets toxiques seraient enlevés par le groupe français Séché. "Dès dimanche, cette entreprise commencera l'enlèvement des déchets toxiques et la dépollution de sites".
De plus, M. Banny a confirmé, en s'appuyant sur le rapport des experts français que "l'eau potable n'est pas contaminée" et que "la nappe phréatique n'est pas atteinte".
"Diverses mesures préventives" ont été prises par le gouvernement, selon le premier ministre, afin de "protéger la chaîne alimentaire, en application du principe de précaution" : les zones agricoles et les pêcheries qui sont proches des sites pollués seront fermées et/ou mises en observation.
Enfin, Raymond Tchimou, le procureur de la République du tribunal de première instance du Plateau d'Abidjan, a annoncé les premières arrestations, au nombre de sept, dont les dirigeants de trois sociétés travaillant au Port d'Abidjan, Puma Energie, Waibs et Tommy. Les responsables de cette pollution, encourent une peine de 15 à 20 ans de prison selon le procureur.
Une violation des conventions internationales
A la demande du gouvernent de la Côte d’Ivoire, le Secrétariat de la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination administré par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a lancé une enquête visant à établir si les déchets toxiques déversés aux abords de la ville d’Abidjan sont issus d’un trafic illégal en provenance d’Europe.
"Cette double violation fragrante du droit international transforme la Côte d'Ivoire en un pays-poubelle, déclare Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France. D'abord de la convention de Londres régissant l'immersion des déchets, et ensuite de la convention de Bâle, qui interdit le transfert des déchets dangereux entre pays de l'OCDE et pays non membres de l'OCDE."
Achim Steiner, Directeur exécutif du PNUE, déclarait quelques jours auparavant "que le commerce international continue à se développer et des contrôles de plus en plus sévères au niveau national font augmenter les coûts du stockage des déchets toxiques dans les pays développés." Ce qui multiplie "les occasions et les incitations économiques pour le transport illégal des déchets".
Notes
Conformément à la Convention de Bâle, un pays exportateur de déchets toxiques doit d'abord obtenir une autorisation écrite auprès du pays importateur et une autorisation détaillant les contenants et la destination des déchets doit accompagner le chargement tout le long du trajet.
Dans le cas de commerce illégal, l'exportateur responsable est obligé de reprendre ses déchets et payer les coûts des dégâts et du nettoyage.
Dans le cadre de l'application de la Convention, l'Union européenne interdit toute exportation de déchets dangereux de ses pays membres vers des pays en voie de développement. (PNUE)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)