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Les mauvais élèves du marché électronique
13554 lectures28 août 2006, 14 h 16

Classement de Greenpeace sur les entreprises en électronique
crédit : Greenpeace
Greenpeace a publié le 25 août le "Guide pour une hi-tech responsable" qui classe les entreprises en fonction de l’emploi de substances chimiques dangereuses et de leurs pratiques de recyclage des déchets électroniques. En informant les consommateurs sur les performances des compagnies concernant ces deux critères, le guide servira à générer des produits électroniques sans toxiques pouvant être recyclés en toute sécurité. La grille de classement reprend les 14 plus importants producteurs de téléphones mobiles et d’ordinateurs, dont aucun, pour l’instant, ne peut se targuer d’être une entreprise "verte".
"Le guide fournira un outil dynamique pour verdir le secteur de l’électronique en déclenchant une course pour la première place, avance Yannick Vicaire, chargé de campagne toxique pour Greenpeace France. Par l’obligation de reprendre leurs produits obsolètes, les compagnies auront une motivation pour éliminer les substances chimiques dangereuses qu’elles incorporent dans leurs produits. C’est une condition sine qua non pour garantir une réutilisation et un recyclage des déchets électroniques dans des conditions saines"
Nokia et Dell arrivent ex æquo en tête du classement. Ces deux entreprises sont convaincues que les producteurs ont une responsabilité individuelle pour reprendre, réutiliser ou recycler les propres produits parvenus en fin de vie. Nokia est précurseur vis-à-vis de l’élimination des substances chimiques toxiques : depuis fin 2005, l’ensemble des nouveaux modèles de téléphones portables sont sans PVC(1) (ou polychlorure de vinyle, un plastique toxique) ; tous les nouveaux composants seront exempts de retardateurs de flamme bromés (RFB) (2) d’ici 2007. Dell s’est également fixée des objectifs ambitieux d’élimination de ces deux types de substances dangereuses.
Greenpeace attribue la troisième place à HP, suivie par Sony Ericsson (4ème), Samsung (5ème), Sony (6ème), LG Electronics (7ème), Panasonic (8ème), Toshiba (9ème), Fujitsu Siemens Computers (10ème), Apple (11ème), Acer (12ème) et Motorola (13ème).
Actuellement, c’est Lenovo qui arrive en dernière position malgré quelques points pour sa gestion des substances chimiques. Elle a déjà mis en place un programme volontaire de récupération de ses produits, mais elle doit encore s’améliorer sur l’ensemble des critères.
"Greenpeace regrette le mauvais classement d’Apple au sein de ce guide, puisqu’ils mettent en avant leur leadership en matière de design et de marketing. Tout ça ne se traduit hélas pas en terme d’innovation écologique" remarque Yannick Vicaire de Greenpeace France.
En effet, Apple est en faillite sur tous les critères. La compagnie n’endosse pas le principe de précaution, refuse de divulguer sa liste de substances contrôlées, ne fournit aucune échéance sur l’élimination du PVC et ne s’engage pas sur la substitution des retardateurs de flamme bromés (RFB). Apple ne semble pas meilleure en termes de schémas de retour des produits obsolètes et de recyclage, sauf pour la publication des quantités de déchets électroniques
recyclées.
Le guide sera mis à jour tous les trois mois. Les compagnies auront donc l’opportunité d’améliorer leur classement. Cependant, des points de pénalités seront soustraits dans le barème de classement si Greenpeace se rend compte qu’une entreprise ment, qu’elle pratique des "doubles standards" ou s’entache de pratiques douteuses . Pour l’instant, ce classement se fonde uniquement sur les informations que les compagnies mettent à disposition sur leur site Internet.
Le guide pour une Hi-Tech responsable classe les compagnies sur :
1. leur politique et leurs pratiques en matière de substances chimiques (5 critères)
2. leur politique et leurs pratiques en matière de récupération des produits électroniques obsolètes (e-déchets) et de recyclage (4 critères)
Sur les substances chimiques, les critères sont :
a. une politique chimique basée sur le Principe de précaution
b. gestion des substances chimiques : gestion de la chaîne d’approvisionnement à l’aide de listes de restriction/interdiction de substances dangereuses, politique d’identification de substances problématiques pour leur future élimination/substitution
c. échéance pour l’abandon progressif de tous les usages du PVC
d. échéance pour l’abandon progressif de tous les usages de retardateurs de flamme bromés (RFB), pas seulement ceux déjà interdits par la directive européenne RoHS (Restriction des Substances Dangereuses)
e. commercialisation de modèles déjà exempts de PVC et de RFB
Sur la Responsabilité Etendue du Producteur (REP) et le recyclage :
a. soutien à la Responsabilité (financière) individuelle du producteur – c’est-à-dire la prise en charge financière de la gestion en fin de vie de leurs produits, par la mise en place de programmes de retour/récupération et de réutilisation/recyclage des produits obsolètes de leurs propres marques.
b. Mise en place de programmes volontaires de retour et de recyclage dans tous les pays où leurs produits sont commercialisés, y compris en l’absence de législations nationales instaurant une responsabilité du producteur de déchets électroniques.
c. Fourniture d’informations claires pour les clients (dont les consommateurs) sur les services de retour/récupération/recyclage dans tous les pays où leurs produits sont commercialisés
d. Publication des quantités de déchets électriques et électroniques (DEEE) collectées et recyclées.
Notes
(1) Le polychlorure de vinyle (PVC) est un plastique chloré utilisé dans certains produits électroniques et pour l’isolation des fils électriques et câbles. Le PVC est l’un des plastiques les plus largement utilisés mais sa production, son utilisation et son élimination créent une pollution toxique. Des toxiques chlorés comme les dioxines et les furannes s’échappent lors de la production ou l’incinération (ou le simple brûlage) du PVC.
Les dioxines et furannes sont des classes de composés chimiques largement reconnues parmi les substances chimiques les plus toxiques jamais produites par l’homme, et de nombreux congénères présentent cette toxicité même à de très faibles concentrations.
(2) Les retardateurs de flamme bromés, utilisés dans les circuits électroniques et les boîtiers plastiques, se décomposent difficilement et s’accumulent dans l’environnement.
Une exposition prolongée peut provoquer des difficultés d’apprentissage et des problèmes de la mémoire. Ils peuvent aussi perturber le fonctionnement de la glande thyroïde et la régulation des hormones oestrogènes. Le TBBPA, l’un des retardateurs de flamme bromés utilisé dans les circuits électriques, est associé à des effets neurotoxiques.
La présence de retardateurs de flamme bromés à un niveau élevé dans les produits électroniques peut générer des dioxines et furannes bromés lorsque les déchets électroniques sont fondus, incinérés ou brûlés à l’air libre.
En savoir plus
Consulter
le "Guide pour une hi-tech responsable" (format PDF)
Auteur
Greenpeace ; date originale : 28 août 2006, 14 h 16
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
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