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Canicule et augmentation de la consommation électrique : un cercle vicieux

27038 lectures / 3 commentaires22 juillet 2006, 21 h 17

Canicule et augmentation de la consommation électrique : un cercle vicieuxLes cours d'eau se réchauffent compromettant la production d'électricité
crédit : notre-planete.info
Les vagues de chaleurs qui touchent une partie de l'hémisphère Nord et notamment la France entraînent une hausse importante de la consommation électrique qui montre certaines limites de notre système de production d'électricité.

Une nouvelle fois, l'été est chaud, trop chaud. Pour se prémunir de ces températures excessives qui peuvent être dangereuses pour notre santé, nous faisons appel à divers types de ventilations et climatisations qui dépensent beaucoup d'énergie électrique.

Pour faire face à cette demande, EDF réclame auprès des pouvoirs publics, des mesures complémentaires et préventives afin de garantir la sécurité d’approvisionnement de l’électricité en France.
En effet, bien qu'ayant optimisé au maximum sa production notamment dans le cadre du plan aléas climatiques, EDF a été contraint d’acheter de l’électricité sur les marchés de gros pour garantir l’alimentation du territoire français.
Ce fut notamment le cas le 19 juillet où EDF avait annoncé avoir acheté 2 000 mégawatts d'électricité à l'étranger.

La problématique réside dans la hausse des températures des cours d'eau exploités par EDF pour refroidir les centrales nucléaires et thermiques qui fournissent 95 % de l'électricité. Normalement, EDF ne devrait pas utiliser ces cours d'eau trop chauds car l'eau restituée après refroidissement des centrales a des températures encore plus élevées ; ce qui peut alors nuire aux écosystèmes aquatiques.
Pour autant, il faut bien répondre à la forte hausse de la demande en électricité nécessaire pour... nous refroidir, ce qui explique le souhait d'EDF qui réclame la mise en œuvre un dispositif déjà appliqué lors de la canicule de 2003. Il s'agit de dérogations pour "prélever et restituer l’eau de refroidissement à des températures légèrement supérieures aux normes en vigueur de façon temporaire et exceptionnelle, comme à l’été 2003" selon un communiqué d'EDF.

Par exemple, "les centrales nucléaires situées sur la Garonne et le Rhône, dont la production participe à maintenir l’équilibre de l’offre par rapport à la demande, fonctionnent d’ores et déjà selon les modalités de situations exceptionnelles définies dans les arrêtés réglementaires", c'est à dire que l’eau restituée en aval doit ainsi être maintenue, en moyenne journalière, en dessous de 27 °C à Bugey au lieu de 24° habituellement et de 30° au lieu de 28° à Golfech".

Ainsi, les cours d'eau connaissent des records de chaleur qui seront accentués par les besoins d'EDF qui fait face à une hausse de la consommation électrique, ceci au détriment des écosystèmes aquatiques.

Le Réseau "Sortir du nucléaire", dans un communiqué, "exprime sa plus grande colère face aux dérogations demandées par EDF. Une fois de plus, EDF souhaite sacrifier l'environnement au profit de la production nucléaire."
EDF qui signale qu'une "surveillance renforcée de la faune et flore des fleuves et des rivières a d’ores et déjà été mise en œuvre pour la préservation de ces milieux, fragilisés par la situation climatique. Un dispositif similaire avait été mis en place en 2003, lors de la précédente vague de chaleur et aucun impact sur la faune ou la flore n’avait été constaté."

Le réseau poursuit en rappelant que "la canicule de 2003 avait déjà mis à mal le nucléaire français. Des réacteurs ont été arrosés par EDF, d'autres ont été arrêtés ou ont fonctionné à puissance réduite, mettant la France en situation de pénurie et l’obligeant à acheter à prix d’or de l’électricité à ses voisins."

Le réchauffement climatique en cours, vraisemblablement illustré par les états caniculaires que nous connaissons, va accroître la pression sur la demande énergétique et donc sur la production d'électricité issue à près de 86% des centrales nucléaires en France qui montrent clairement leurs limites ici.
Pour autant, les solutions sont connues et scandées depuis des décennies :
- réduire notre consommation électrique (de nombreux leviers sont possibles) ;
- diversifier les sources de production d'électricité (énergies renouvelables) ;
Sur le premier point, EDF invite tous les Français "à effectuer les gestes quotidiens qui permettent d’économiser l’énergie et toutes les équipes d'EDF restent mobilisées pour maîtriser une situation sans précédent en Europe."

Comble de cette problématique, plus notre climat se réchauffe, plus nous émettons des gaz à effet de serre qui augmenteront l'occurrence des canicules. On appelle cela un cercle vicieux qui pourrait bien venir à bout, de nos sociétés. Si si...

Sources

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 22 juillet 2006, 21 h 17 - Tous droits réservés

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3 commentaires

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avatar Sebastien Hess - 26/07/2006, 13:36

Toute source de production d'énergie a un rendement maximal qui dépend de la différence de température entrela source de chaleur et la source froide. La température des coeurs nucléaires étant la plus haute l'énergie nucléaire est plus rentable qu'une centrale thermique par exemple. cela veut dire que pour une production d'électricité donnée elle rejette moins de chaleur. Le problème n'est donc pas réellement lié au mode de production d'électricité mais à la trop forte consommation, due en partie a la hausse du parc de climatiseurs depuis la canicule de 2003.



D'une facon générale la meilleur facon de polluer moins reste de consommer moins

avatar Olivier Quirion - 02/08/2006, 11:39

Tout à fait d'accord sur la conclusion, le problème est avant tout lié à nos consommations, à nos comportements et parfois à des construction mal conçues qui sont invivables sans clim.

Une précision toutefois, les centrales nucléaires sont des centrales thermiques, ce n'est "que" le combustible qui change. Elles ont un rendement aussi médiocre que tout autre générateur thermodynamique - En gros un peu plus de 60% de l'énergie primaire est dissipée en chaleur lors de la production d'électricité et 7 ou 8% de ce qui reste réchauffe les pattes des oiseaux sur le réseau de distribution avant d'arriver à notre compteur (effet joule).

Il existe d'ailleurs officiellement dans la Réglementation Thermique française un coefficient de conversion qui tient compte de ces pertes pour le calcul de l'énergie primaire dépensée avec un chauffage électrique. Ce coefficient est de 2,58 avec les moyens de production actuels à plus de 70% nucléarisés, c'est à dire qu'il faut dépenser 2,58 kWh d'énergie primaire pour 1 kWh utilisé au final pour se chauffer (ou se raffraîchir...).

En terme de rendement ou de rentabilité il y a mieux, par exemple il est clairement plus efficace de décentraliser la production au plus près de la consommation en cogénérant quand c'est possible chaleur et électricité - le rendement passe à 60 % ou davantage - ou en utilisant des ressources locales : vent, soleil, biomasse...

La cogénération au bois par exemple permet de produire de l'électricité de façon efficace et économe. L'avantage est aussi à mon avis d'impliquer d'avantage les collectivités locales, et les consommateurs finaux d'énergie par une produciton concrète qu'ils peuvent voir près de chez eux et non pas éloignée cachée et faussement présentée comme intarissable. Les réserves prouvées et probables d'uranium en années sont assez voisines des réserves en gaz ; de l'ordre de 60-70 ans au rythme actuel de consommation d'après l'Uranium Institute...

avatar Christophe Magdelaine - 02/08/2006, 11:47

@Olivier Quirion : merci pour ce commentaire très intéressant !

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