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Nuisances sonores aériennes et perception du bruit

8001 lectures / 4 commentaires11/05/2006, 15:13
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Nuisances sonores aériennes et perception du bruit
Un avion à réaction survole à basse altitude les toitures
de pavillons de la banlieue Parisienne

crédit : Valérie JACOB - Ademe 1999
Le bruit est régulièrement décrit par les Français comme une gêne majeure. Des recherches récentes ont mis en évidence la complexité de la relation entre le bruit mesuré et la nuisance éprouvée : non proportionnalité entre la proximité des sources et la gêne ressentie, effets sanitaires difficilement mesurables, lien fort avec la qualité de vie ressentie, poids de l’activité professionnelle...

Les nuisances sonores apparaissent souvent comme une gêne majeure éprouvée par les populations, d’où l’exigence d’en déterminer les caractéristiques.

La Directive européenne de juin 2002 relative à l’évaluation et à la gestion du bruit dans l’environnement est assurément le pivot du contexte réglementaire actuel et à venir. Des efforts de recherche sont donc nécessaires pour obtenir une meilleure compréhension des aspects fondamentaux de :
- la génération et la propagation du bruit ;
- sa perception, sa représentation et son vécu ;
- les nuisances sonores pour les opérateurs publics et privés, tout en prenant en compte l’acceptabilité par les citoyens.

Depuis quelques années, le Ministère de l’Écologie et du Développement durable et l’Ademe financent un certain nombre de recherches dans ce domaine. Des travaux portent notamment sur la gêne causée par les bruits des avions dans le voisinage des aéroports. Ils ont été conduits principalement sur l’exemple de l’aéroport de Roissy-Charles De Gaulle.

À la lumière de ces recherches, les approches acoustiques (qui étudient les propriétés des ondes sonores) et psycho-acoustiques (qui s’intéressent au fonctionnement du système auditif et du cerveau) ont montré leurs limites pour rendre compte des situations de gêne. En effet, la relation entre le bruit physiquement mesuré et la nuisance sonore éprouvée est particulièrement complexe. Les chercheurs ont donc été conduits à approfondir la question de la perception du bruit.

En premier lieu, la gêne ressentie par les habitants ne se révèle pas en relation directe avec la plus ou moins grande proximité des aéroports. En effet, elle dépend des caractéristiques de chaque événement sonore (intensités et fréquences), du rythme de succession de ces événements, du bruit de fond perçu par le riverain, de la sensibilité de l’oreille , de facteurs personnels, etc.

Ensuite, si la gêne est réelle, il est difficile de savoir exactement quelles sont ses conséquences sur la santé mentale et physique des riverains. Les études concernant les effets portent par exemple sur le temps et l’architecture du sommeil, sur les performances scolaires dans les écoles exposées au bruit ou encore sur les statistiques de prescriptions de médicaments à visée neuro-psychiatrique.

Par ailleurs, il a été observé une corrélation très forte entre la gêne ressentie du fait du bruit et un "indicateur de qualité de vie" construit à partir de quelques critères sans rapport avec la nuisance sonore : vie de couple, perspectives d’avenir des enfants, situation financière, relations au travail... Les gens qui sont "bien dans leur vie" au regard de cet indicateur minimisent ou relativisent la gêne perçue (sans cependant l’ignorer). En revanche, ceux qui "vont mal" au regard de cet indicateur ressentent cette gêne beaucoup plus durement.

Une autre observation qui a été faite est que les nuisances sonores en question sont mieux supportées (toutes choses égales par ailleurs) par des personnes qui travaillent dans l’aéronautique et les services aéroportuaires. Il a ainsi été suggéré de loger de préférence à proximité des aéroports ceux qui en vivent...

Si l’étude des aspects psychologiques et socio-économiques des nuisances a permis de dégager des éléments de connaissance utiles, elle a aussi mis en lumière des difficultés et des complexités qui nécessiteraient des efforts de recherche suivis. En particulier, la corrélation observée entre la gêne ressentie et l’indicateur de qualité de vie énoncée plus haut peut induire un effet pervers dit de déqualification de l’espace à proximité des aéroports.

Le départ de ceux qui ont les moyens de se loger ailleurs et l’afflux de ceux qui ne les ont pas y augmente la proportion de personnes défavorisées, donc plus susceptibles de ressentir fortement les nuisances sonores. De surcroît, ces personnes pourront être sous-représentées dans les enquêtes en raison d’une tendance également observée : l’importance, dans cette population défavorisée, des refus de répondre à des "enquêtes de sociologues"… Cet effet de déqualification de l’espace mériterait d’être évalué.

Concernant l’évolution de la législation, un décret fixant des nouveaux coefficients à la taxe sur les nuisances sonores aériennes, actuellement perçue pour chaque décollage d’un appareil de plus de 20 tonnes, a récemment été publié au journal officiel.

A compter du 1er janvier 2005, la taxe sur les nuisances sonores aériennes s’est substituée au "volet bruit" de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). L’objectif était alors de collecter les 55 millions d’euros par an estimés nécessaires par le Plan national d’action contre le bruit d’octobre 2003. Or, les coefficients de la taxe étaient loin de permettre d’atteindre ce montant : la modernisation des flottes aériennes, le remplacement des appareils les plus bruyants et l’accroissement des demandes d’aide à l’insonorisation rendaient nécessaires de revoir les coéfficients afin d’atteindre 55M€ de produit dès 2006. Les nouveaux coefficients applicables depuis le 1er janvier 2006 permettent une meilleure adéquation, aéroport par aéroport, entre les ressources et les besoins (augmentation du nombre de personnes éligibles aux aides).

Conséquence directe : une revalorisation de 80% des sommes affectées à l’insonorisation des logements proches des dix principaux aérodromes français. Cette augmentation de la taxe abondera les fonds destinés aux aides financières dont bénéficient les riverains pour l’insonorisation de leurs logements.

Note
La taxe sur les nuisances sonores aériennes finance, depuis le 1er janvier 2005, le dispositif d’aide à l’insonorisation autour des dix principaux aérodromes français : Paris - Charles-de-Gaulle, Paris-Orly, Toulouse-Blagnac, Lyon-Saint Exupéry, Toulouse-Blagnac, Bordeaux-Mérignac, Nantes-Atlantique, Strasbourg-Entzheim, Bâle-Mulhouse, Marseille-Provence et Nice-Côte d’Azur. Le produit de cette taxe, perçue pour chaque décollage d’un aéronef de plus de 20 tonnes, est affecté à l’exploitant de la plate-forme où ce décollage a lieu. Son montant dépend du groupe de classification acoustique de l’aéronef concerné, de sa masse au décollage et de l’heure de décollage.

Auteur :
Mathieu Jahnich (D4E)

En savoir plus
Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIDB)

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Auteur

e-meddiat, le webzine du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable

4 commentaires sur cette actualité !

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BOUCHERIE DENIS PESSAC (gironde) - 26/09/2008, 14:30
nous avons depuis cet été, un nombre d'avions incaculable qui envahit notre espace. Ils passent au dessus de la maison c'est terrible. Vers quel organisme ou autre peut on se retourner afin de faire comprendre que la nuisance sonore est exitentielle. Peut être est ce passager, mais franchement c'est pénible, je travaille chez moi, et par moment c'est fatiguant.
merci de bien vouloir me répondre.

denis.boucherie2627@orange.fr
lefebvre gouvieux () - 05/05/2008, 09:34
Bonjour, nous observons une forte augmentation du trafic aérien , de plus des avions qui volent bas, au dessus de nos maisons, qu'en est-il, cela augmenterai-il encore, que faire pour faire connaitre notre mécontentement?
Merci de transmettre à qui de droit.
Madame LEFEBVRE
Duval, Oise - 19/05/2006, 16:57
Comme le sugère l'article, le bruit est mesurable, la nuisance est beaucoup plus complexe. Il y a quelques années j'étais logé pour quelques nuits en banlieue parisienne "verte" dans un environnement tranquille. je suis réveillé très tôt le dimanche matin par un bruit de moteur deux temps qui me fait immédiatement penser à une course de mobylettes autour du parc... Je me sens très affecté par ce bruit. Je sors et quelqu'un me dit "désolé, pour des raisons de sécurité, on abat des arbres au bord de la route..." Je rentre me coucher, le bruit n' a pas diminué mais il ne me gêne presque plus et je me rendors ! A méditer... C.D.
Eric Paris 18ème - 15/05/2006, 10:32
Bonjour,

Il ne faut pas oublier que même dans Paris nous sommes gênés périodiquement, réveillés en pleine nuit (1h 3h 5h, etc.) par les avions.

Début 2004, suite à une demande, j'ai reçu le message suivant, (je ne parle que pour Paris, mais je sais qu'il y a des zones encore plus touchées) :

Le trafic aérien en Ile-de-France a connu un développement sans précédent au cours des quinze dernières années, avec un doublement de la fréquentation des aéroports parisiens. En 2001, ce sont près de 731 000 mouvements d'avions qui ont été enregistrés au-dessus de l'agglomération parisienne. Ce chiffre s'inscrit toutefois en retrait de près de 2,2% par rapport à celui relevé en 2000, suite aux évènements tragiques du 11 septembre dernier.
Mais ce léger tassement, purement conjoncturel, ne semble pas devoir infléchir durablement la tendance de fond qui devrait se traduire en Ile-de-France par une croissance soutenue du trafic dans les années à venir.
L'évolution du nombre de vols transitant au-dessus de la Capitale est bien entendu assez étroitement liée à cette tendance de fond. Les spécialistes estiment qu'environ 10% du trafic total a vocation à survoler Paris ou sa proximité immédiate.
Si le bruit du trafic routier reste de loin la principale nuisance sonore à Paris, le bruit des avions est plus durement ressenti dans les lieux habituellement calmes, comme les cours, les rues peu circulées ou les quartiers les plus résidentiels.
Néanmoins, l'entrée en vigueur en mars 2002 du nouveau dispositif de circulation aérienne en Ile-de-France, pourrait avoir une incidence très sensible, à la fois sur le nombre de vols au-dessus de la Capitale et sur la localisation des zones les plus survolées. Les statistiques transmises annuellement par les Aéroports de Paris apporteront les premiers éléments de réponses dans les prochains mois.
Pour des raisons de sécurité, Paris bénéficie, depuis un arrêté du 20 janvier 1948, d'un régime réglementaire particulier interdisant le survol de son territoire en dessous d'un plancher fixé à 2000 m. En 2001, environ 200 infractions ont été relevées, contre 139 en 2000. Les contrevenants sont passibles de sanctions disciplinaires. Les sanctions pénales, également prévues par le législateur, n'ont pour leur part jamais été appliquées. La DGAC (Direction Générale de l'Aviation Civile) reste seule compétente en matière de réglementation aérienne et d'application des sanctions prévues par les textes.
Le non-respect du plancher des 2000 m, et au-delà les survols de Paris à des altitudes légèrement supérieures, posent des problèmes évidents de sécurité et portent atteinte à la qualité du cadre de vie des Parisiens. Un relèvement de ce plancher permettrait de progresser sur ces points. L'an dernier, le Conseil de Paris a d'ailleurs adopté à l'unanimité un voeu allant en ce sens.
Enfin, si le survol de Paris n'est pas illégal à une altitude supérieure à 2000 m, il n'est en théorie pas prévu : le dispositif de circulation aérienne en Ile-de-France ne prévoit aucune trajectoire nominale au-dessus de la Capitale. Le non-respect des trajectoires de vol, aujourd'hui largement dénoncé, touche toute l'agglomération. Pour y remédier, l'ACNUSA (Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires) a demandé le 20 mars 2003 que l'enveloppe dans laquelle les avions évoluent soit définie et garantie en latéral et en vertical.

L'observatoire du bruit à Paris a réalisé, avant la réorganisation de mars 2002, un état des lieux du bruit lié au survol de la capitale par les avions, en effectuant une campagne de mesure au nord de Paris (Montmartre) et une campagne au sud de Paris (parc de Montsouris). Dans les prochains mois, l'observatoire renouvellera ces campagnes de mesures afin d'évaluer l'impact de la réorganisation du ciel francilien pour l'environnement sonore des parisiens.

Actuellement, si vous souhaitez obtenir des informations précises sur des vols dont vous relevez l'horaire de passage, vous pouvez vous adresser à :

Maison de l´Environnement de CDG
Adresse Postale :
Maison de l'Environnement Roissy Charles de Gaulle Zone de Fret 2 Route du noyer du chat
BP20101 - 95711 Roissy CDG Cedex
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