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Les démographies galopantes des pays en développement, l'effet de la pollution sur les eaux de surface et souterraines, la distribution inégale des ressources en eau et les graves sécheresses ont forcé les agences de l'eau à rechercher de nouvelles sources innovatrices d'approvisionnement. Les eaux usées deviennent une autre manière de répondre à la demande en eau, associant l'approvisionnement en eau au développement de systèmes d'égouts et aux questions d'urbanisation.
Étant donné que plus de 70% de l'eau est utilisée par l’agriculture et les autres 30% partagés pour les besoins de consommation humaine, commerciale et industrielle, les autorités locales reconnaissent le grand potentiel de la réutilisation des eaux usées en agriculture, en particulier dans les zones de pénurie (1).
Les avantages offerts par la réutilisation des eaux usées (déchets bruts ou traités) ont connu une promotion à travers le monde entier, sur la base de vraies expériences. En Israël 67% des eaux usées est utilisé pour l'irrigation ; en Inde 25 % et en Afrique du Sud 24 %. En Amérique latine, le plus grand projet des eaux usées se trouve dans la Vallée d'Amezquital, à Mexico, où 83 000 hectares sont irrigués avec des eaux usées brutes (2).
Aujourd'hui en Amérique Latine, environ 400 m3/s des eaux usées brutes s’écoulent dans les eaux de surface et presque 500 000 hectares de terres agricoles sont irrigués avec des eaux usées, principalement des eaux brutes (3). En Colombie, la réutilisation de l'eau est plus informelle que planifiée. Seuls 8% des 6 millions de m3 des eaux usées brutes journalières sont traités (4).
Plusieurs pays manquent d’informations fiables sur la réutilisation de l'eau, avec pour résultat que la réutilisation de l’eau directe ou planifiée est faible, par rapport aux vastes domaines de terres agricoles irriguées avec des eaux de surface polluées. La qualité de cette eau est en général plus mauvaise que la qualité des eaux usées brutes.
L'utilisation croissante des eaux usées brutes ou traitées à des diverses fins à travers le monde a contribué au développement de lignes directrices pour protéger l'environnement et la santé publique. À cet égard, la qualité de l'eau réutilisée est d’une importance capitale.
Les organisations mondiales et les chercheurs travaillent ensemble pour limiter les risques que présentent les eaux usées pour les paysans et pour les consommateurs de produits irrigués avec ces eaux usées. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a élaboré en 1998 des lignes directrices pour la qualité microbiologique de l'eau : une irrigation illimitée avec une qualité microbiologique de 1 œuf nématode/l et >=1 000 bactéries coliformes fécales/100 ml (les œufs de nématodes sont des œufs de vers intestinaux tels que le ténia ou l’ascaride qui affectent la santé humaine). Diverses normes ont émergé depuis lors dans les différents pays, pour mesurer la qualité microbiologique de l'eau destinée à la réutilisation, par exemple l’Agence pour la Protection de l’Environnement (APE) aux Etats-Unis a adopté des lignes directrices très strictes.
Le Mexique a introduit des normes : inférieur ou égal à 5 oeufs nématodes/l, et pour une irrigation sans limite introduit une moyenne journalière inférieure ou égale à 2 000 de bactéries coliformes fécales /100 ml et une moyenne mensuelle inférieur ou égal à 1 000 bactéries coliformes fécales /100 ml. Ces lignes directrices ont été conçues pour protéger suffisamment les groupes à risque et pour être réalisable avec la technologie et les ressources disponibles (5)
Un des défis de l’ingénierie environnementale et des gouvernements locaux consistera pour faire face à la réutilisation des eaux usées à établir des technologies plus appropriées, pour leur permettre d’atteindre les normes acceptables. Le traitement des eaux usées domestiques doit envisager deux objectifs essentiels : la protection de la santé publique et la celle des écosystèmes aquatiques.
- La protection de la santé publique est particulièrement importante dans les pays tropicaux ayant une forte incidence de maladies infectieuses. Les agents pathogènes sont répandus dans l'environnement à partir des excréta ou des eaux usées brutes (6)
- La pollution de l'écosystème aquatique contribue dans le même temps à la perte de la valeur économique de l'eau et à la pollution de l'environnement qui a une influence négative sur le bien-être des communautés vivant à côté de l’extrémité de la canalisation de déchets.
Dans ce contexte, plusieurs questions se posent : par exemple, les lignes directrices sur la qualité microbiologique établies par l'OMS sont-elles suffisamment bonnes ? (7). Quelles sont les implications économiques de l'investissement initial et des coûts d'exploitation et d’entretien pour atteindre cette norme ? Les lignes directrices sont bonnes, mais on ne peut pas atteindre des avantages, simplement en imposant des objectifs ambitieux au niveau de l'agriculture. Il y a de nombreux exemples contradictoires où les cibles de qualité sont élevées pour l'irrigation des cultures, mais où les normes de qualité microbiologique de la nourriture destinée à la consommation humaine sont beaucoup plus flexibles.
La norme européenne (92/46/EEC), établie pour le beurre par exemple, est de 1 000 bactéries coliformes /100 grammes du produit, alors que pour le lait et la glace elle est respectivement de 100 et 10 000 bactéries coliformes /ml. Un autre exemple peut être trouvé dans les sandwichs : la salade dans un sandwich peut contenir 104 (10 000) bactéries coliformes /100 grammes, tandis que la norme OMS (1989) pour la salade comme produit agricole est beaucoup plus stricte à 103/100 ml.
Nous pouvons conclure qu'il y a un besoin d’options technologiques pour protéger la santé des populations, mais elles devraient employer une quantité modérée d'énergie à moindre coût. Une qualité appropriée est nécessaire à la réutilisation de l'eau, sans prétendre qu’il soit nécessaire d’atteindre un risque de niveau zéro, en particulier en prenant en compte les normes pour les produits alimentaires qui ont un risque potentiel plus élevé.
Références
(1) Asano, T. 1991. Planification et mise en oeuvre des projets de réutilisation de l'eau. Wat. Sci. Tech. 24 (9), 1-10
(2) Gijzen, H. 2000. Traitement des eaux usées et potentiels de réutilisation à moindre coût. Une approche de production plus propre à la gestion des eaux usées). IHE, Delft.
(3) Peasey, A., Blumenthal, U., Mara, D.D., and Ruiz-Palacios, G. 2000. Examen de la politique et des normes de réutilisation des eaux usées dans l'agriculture : Une Perspective Latino-américaine. Task No : 68-part II. WELL. Londres.Grande Bretagne.
(4) Departamento Nacional de Planeación (DNP). 2002. Documento CONPES 3177, Acciones Prioritarias y Lineamientos para la Formulación del Plan Nacional de Manejo de Aguas Residuales en Colombia. Bogotá, D.C.
(5) Ursula J. Blumenthal, et al. 2000. Lignes directrices pour la qualité microbiologique des eaux usées traitées utilisées dans l'agriculture : recommandations de révision des lignes directrices de l'OMS. Bulletin de l'Organisation Mondiale de la San
(6) Mara, D.D. 1995. Traitement et réutilisation des eaux usées dans l'agriculture. Journal des ressources en eau. 71-74.
(7) OMS. 1989. Lignes directrices pour un usage sûr des eaux usées et des excréta en agriculture et en aquaculture. Genève. Organisation Mondiale de la Santé.
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