Les forêts émettent du méthane en quantité non négligeable Une découverte inattendue place les végétaux comme émetteurs de méthane, un puissant gaz à effet de serre...
Le méthane (CH4) est majoritairement (depuis 1990) émis par l'élevage intensif des bovins, les déjections animales, les cultures (comme le riz), la fermentation des déchets organiques, les feux de forêts, l'utilisation du bois pour le chauffage et la cuisson, l'inondation de vallées lors de la mise en eau des barrages (avec la décomposition de la biomasse noyée) et lors du transport et de l'exploitation du gaz et du pétrole (fuites de grisou dans les mines de charbon, de gaz avec les gazoducs, torchères...).
Le méthane est un gaz à effet de serre majeur dont le pouvoir de réchauffement global est 23 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Alors que sa proportion dans l'atmosphère a augmenté de plus de 150% depuis le début de l'ère industrielle, le méthane serait également émis directement par les végétaux, via les feuilles et les herbes sèches, ceci sans présence de bactéries.
Le méthane est connu pour être produit par des micro-organismes dans un milieu anaérobie, c'est à dire pauvre voire dépourvu d'oxygène. Or, Franck Keppler, de l’Institut Max Planck (Allemagne), et ses collègues viennent de découvrir que des débris de plantes étudiées en laboratoire, en présence d'oxygène, émettaient également du méthane, dans des quantités non négligeables.
Plusieurs expériences ont été réalisées dans un air privé de méthane ou encore en stérilisant les plantes pour être sûrs qu’il n’y avait pas de bactéries, afin de conforter leurs résultats.
De même, des tests effectués sur des plantes vivantes ont révélé que les émissions de méthane augmentaient avec la température et l’ensoleillement.
Ces résultats, encore inexplicables, bouleversent les connaissances actuelles sur le fonctionnement des végétaux et sur le cycle du méthane. Ils ne manqueront pas de stimuler les scientifiques note dans la revue Nature le néo-zélandais David Lowe, spécialiste de la chimie atmosphérique.
Dans le même temps, ils confirment la présence d’importantes concentrations de méthane observée récemment par satellite au-dessus des forêts tropicales. Et ils pourraient notamment expliquer la baisse constatée des émissions mondiales de méthane (- 20 millions de tonnes par an) constatée entre 1990 et 2000, période où plus de 12% de la forêt tropicale a disparu dans la déforestation.
Les premières estimations, fruits de l'extrapolation de ces nouveaux résultats, considèrent que le méthane émis par les végétaux serait compris entre 62 à 236 millions de tonnes par an, soit 10 à 30% de la production actuelle.
Rappelons bien évidement que les plantes ne sont pas responsables de l'augmentation récente (+ 150% depuis le début de l'ère industrielle) de la concentration en méthane dans l'atmosphère. D'une part parce que l'augmentation est corrélée avec le début des émissions industrielles et d'autre part parce qu'il y a de moins en moins de forêts sur Terre.
Par contre, les conséquences dans la prise en compte des gaz à effet de serre dans l'évolution du climat de la Terre sont importantes et il faudra dorénavant intégrer ces nouvelles données dans les simulations climatiques.
Il s'agit notamment de reconsidérer les flux naturels : les auteurs de l'étude estiment que pour chaque kilogramme de CO2 assimilé par une plante, 0,25 à 1 gramme de méthane est libéré.
Admettons qu'un gramme de CH4 soit émis, vu que le méthane a un pouvoir de réchauffement global 23 fois supérieur au CO2, on pourrait dire que pour 1000 g de Co2 séquestrés par la plante, 23 grammes d'équivalent Co2 sont émis, une valeur encore bien faible.
Ces résultats pourraient diminuer légèrement les impacts des programmes de reboisement de 1 à 4 %.
Au final, l’équipe de Franck Keppler signale que ces résultats doivent être étayés et précisés notamment en fonction des espèces, de la température, de l'humidité, de la luminosité... Celui-ci explique que "D'un point de vue scientifique, ceci est fascinant. Nous avons voulu partager cette découverte ! À ceux qui se demandent s'ils doivent commencer à abattre les arbres, je leur demande d’imaginer un monde sans aucun arbre, que nous restera-t-il à la fin ?"
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Auteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)