
crédit : Helen Kettles
Au crédo « J’aime la nature, je la préserve » a répondu récemment l’explosion mondiale des Aires Marines Protégées (MPA). Ces oasis de biodiversité séduisent au fur et à mesure les propriétaires, petits et grands, d’espaces maritimes d’intérêt patrimonial.
Le succès de ces banques d’espèces sur mesure dépend beaucoup de la capacité de contrôle contre la pêche illégale des heureux possesseurs. C’est pourquoi, en plus de devoir travailler dur pour créer ces espaces privilégiés, il faut lutter d’autant plus pour les conserver en l’état.
Or, parmi les mille et unes motivations qui entraînent le braconnage, une, plutôt indiscutable, est à considérer avec prudence, la faim.
Aux Iles Fidji, dans le parc marin du village de Waitabu, une richesse caractéristique des récifs coralliens est en train de renaître. Elle assurera à terme un appui à la Sécurité Alimentaire des villageois et un petit pécule pour l’achat de matériel scolaire, de vêtements…
Cet endroit expérimente actuellement une explosion de sa population en même temps que des conflits d’usage du littoral, qui, il faut le rappeler, est partagé selon les grandes familles villageoises. Cette parcellisation, notamment induite par l’importance capitale de la mer dans la survie des îliens, est aujourd’hui mise à mal par l’appauvrissement du récif et des remaniements des droits de propriété traditionnels.
Les insulaires ont donc opté pour une sanctuarisation d’une partie du récif (tabu), aux dépens des captures par pêche à court terme, dans l’idée de créer un pool de richesse capable d’alimenter les territoires de pêche (qoliqoli) voisins dans le futur.
Les résultats d’une étude de six mois parlent d’eux-mêmes : cela prend beaucoup de temps, voire trop pour des familles nombreuses, pauvres, et fatalement désireuses d’exploiter le stock de poissons et d’invertébrés comestibles accumulé ces dernières années. Une gestion du type jachère, déjà utilisée depuis plusieurs milliers d’années sur place, est une alternative prônée par quelques impatients. Cependant, le système traditionnel de gestion du récif, applicable ces derniers millénaires pour des populations en effectifs restreints, paraît complètement obsolète de nos jours.
La réponse du milieu à un repos biologique est en effet très lente comparée au rythme de rotation espéré par les villageois. Il n’y a pas de solution miracle actuellement, le blanchiment généralisé du corail, les coups de boutoir du climat ainsi qu’une santé moyenne du milieu n’autorisent pas un pronostic optimiste en terme de récupération de cet écosystème.
Pourtant des observations troublantes sont effectuées sur ce site depuis son établissement :
Les jeunes coraux de genre Acropora, issus des recrutements postérieurs au cyclone Amy, croissent plus rapidement que prévu. D’autres auteurs ont aussi montré une forte relation entre les poissons habitant les récifs frangeants et leurs congénères des étages littoraux inférieurs. Les bénitiers importés par les villageois, et suivis depuis plusieurs années, sont en pleine forme, et affichent des taux de croissance de champions. Alors, existe-t-il, à l’inverse du sentiment général, une « boîte à outils » écologique capable de contrecarrer cette situation de crise ? Quelle serait cette solution apportée par Dame Nature ? Comment la quantifier et par la même occasion nuancer les pronostics ? Et si les récifs n’étaient pas en phase finale, mais en longue maladie ?
Ces éléments remettent sur le tapis les bonnes vieilles coutumes fidjiennes et le lexique agricole de l’utilisation de la mer. Horreur ! La création des MPA consentie initialement par les autochtones n’aurait alors d’autre utilité que de laisser s’enrichir une parcelle pour mieux l’appauvrir ensuite ! Les MPA, nouveaux jouets du ’conservationnisme’ marin, n’existeraient-ils pas depuis bien plus longtemps que l’on pourrait croire ? Poussée par un environnement hostile, chaotique, l’Humanité de la région des cyclones aurait misé sa Sécurité Alimentaire sur de bonnes pratiques agraires, finalement pas tant que ça distantes de la réalité de terrain. Rappelons-nous, ces civilisations se sont développées par l’empirisme, un pan entier de leur science est né du tiraillement de l’estomac et par la même occasion de l’apprentissage encyclopédique de la mer. Alors, à quel Saint se fier ?
Fidji, destination lointaine pour touristes fortunés, est un cas d’école de l’ambiguïté sous-jacente à la protection de l’environnement conjuguée à la lutte contre la faim. Le temps d’une catastrophe écologique, les Hommes sont confrontés à un choix primordial : privilégier mon espèce ou celles qui me font vivre ? Jésus, lui, préconisait d’apprendre aux Hommes à pêcher pour qu’ils puissent se nourrir à souhait. Désormais il leur faut apprendre à prélever avec parcimonie pour pouvoir protéger moins et manger plus.
Tristan GUENEUC
Elève ingénieur agronome
Agrocampus Rennes
Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes
tristan.gueneuc@caramail.comActualités connexes
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