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Bilan positif de la conférence de Montréal

19961 lectures / 4 commentaires10 décembre 2005, 23 h 05

conférence de MontréalBill Clinton et Paul Martin, Premier ministre canadien à Montréal le 9 décembre 2005
crédit : AFP
La conférence de Montréal a pris fin sur un accord et d'importantes satisfactions pour l'après Kyoto en 2012

10 000 participants, 180 pays, des centaines de ministres de l'Environnement réunis du 28 novembre au 9 décembre 2005 pour deux réunions parallèles : la première réunion de suivi du protocole de Kyoto et la 11ème conférence (COP-11) de suivi de la Convention climat.

La dernière assemblée plénière a entériné une série d'accords essentiels à la survie du processus engagé à Rio de Janeiro en 1992, puis à Kyoto en 1997, pour lutter contre le changement climatique.
La Conférence de Montréal, sous présidence canadienne, avait notamment pour objectifs de faire le point sur les suites à donner au fameux Protocole de Kyoto dont l'application est enfin possible depuis l'adhésion de la Russie l'année dernière, et aussi d'associer les Etats-Unis, qui ont toujours rejeté les contraintes sur les émissions de gaz à effet de serre.

Un bilan satisfaisant pour l'avenir de l'après Kyoto
"Maintenant, l'humanité est mieux équipée pour affronter le pire danger écologique qui nous menace", a déclaré, les larmes aux yeux, le président de la conférence, le ministre canadien de l'Environnement Stéphane Dion, à la clôture des travaux samedi à l'aube.
"Nous avons achevé notre marathon de Montréal mais la route est si longue devant nous. Oui ! Nous allons réconcilier l'humanité avec sa planète", s'est il exclamé. "Si nous ne faisons rien de plus qu'aujourd'hui, les émissions auront augmenté de 50% d'ici 2030 alors que nous devrions les diminuer d'autant", a-t-il rappelé.
Saluant une "réunion très réussie", la ministre britannique Margaret Beckett, représentante de la position européenne a également souligné "l'atmosphère très positive" dans laquelle elle s'était déroulée.
"Ce fut l'une des conférences de l'Onu sur le changement climatique les plus productives. Ce plan fixe le cap d'une action future sur le changement climatique", a déclaré Richard Kinley, secrétaire par intérim de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC).

En effet, les délégués ont notamment adopté une feuille de route accordant sept ans - d'ici 2012 - aux pays signataires du protocole pour négocier et ratifier de nouveaux accords. Une majorité de pays s'est montrée favorable à des objectifs plus ambitieux de diminution des gaz à effet de serre.

Les négociations sont ouvertes pour l'après Kyoto
Le bilan de cette conférence est effectivement porteur d'espoirs, via la mise en place de discussions futures pour poursuivre les efforts internationaux.
Un accord de principe a été trouvé entre l'UE, le Japon, le Canada et le groupe des 77 (dont la Chine et l'Inde) pour dialoguer sur les suites à donner à Kyoto, sans pour autant s'engager dans un processus de négociations. « Le texte est plus faible que souhaité mais l'essentiel est que le processus soit lancé », commentait en coulisses un officiel français.
Un autre représentant français appréciait la volonté d'engagement des pays en développement : «L'essentiel, c'est de voir nos partenaires du Sud désireux d'engager un dialogue. Maintenant il faut cristalliser cette volonté politique.»
Ainsi, les parties à la Convention, «décident d'engager un dialogue pour explorer et analyser des approches stratégiques pour des actions de coopération à long terme pour faire face au changement climatique, sans préjuger de négociations, d'engagements, d'un processus, d'un cadre ou d'un mandat» de négociations «sous la Convention cadre des Nations unies».

De plus, de nouveaux engagements devraient être pris pour les pays industriels engagés juridiquement par le Protocole de Kyoto qui s'efforceront donc de limiter leurs émissions au delà de 2012, date d'échéance du traité.
De plus, la mise en œuvre du protocole de Kyoto se renforce :
- adoption d'un système d'«observance» des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, afin de surveiller la bonne application du protocole de Kyoto.
- création d'un fonds pour l'adaptation des pays pauvres
- signatures de nombreux accords dans le cadre des Mécanismes pour un Développement Propre (MDP) : les pays industrialisés et les entités qui en sont issus peuvent aider au financement et à la réalisation de projets et de politiques de réduction d'émissions dans les pays en développement. En échange, ces premiers pays reçoivent des droits d'émissions supplémentaires à la hauteur des rejets évités.
A cet effet, le bureau chargé de valider les MDP va obtenir des financements supplémentaires (18 millions de dollars en 2006, contre 6 millions en 2005). Ce sont les industriels, porteurs de nouvelles technologies plus propres, qui sont devenus les premiers promoteurs de ces mécanismes qui rassurent également les milieux financiers.

Les Etats-Unis poursuivent leur perte de légitimité internationale
Les Etats-Unis qui refusent toujours de s'engager sur des contraintes d'émissions en gaz à effet de serre ont pour autant accepter de dialoguer sur les efforts à mener lorsque le Protocole de Kyoto sera arrivé à son terme en 2012. Rappelons que les Etats-Unis considèrent que le Protocole de Kyoto est une entrave à leurs intérêts économiques.
Paula Dobriansky, chef de la délégation américaine avait insisté sur la détermination américaine de ne pas prendre part aux discussions de l'après Kyoto malgré les demandes de nombreux pays industrialisés et la pression de la présidence canadienne. Les américains auraient notamment été choqués par les propos du Premier ministre canadien Paul Martin qui les avait appelés, mercredi, à «écouter la conscience du monde». Même l'Australie, qui refusent toujours de s'engager, se détachait de la position implacable des Etats-Unis en soutenant le projet de compromis canadien.
Notons qu'en début de semaine près d’un quart des Sénateurs américains (dont 4 républicains) ont demandé par écrit au président Bush de participer aux discussions de Montréal. D'ailleurs, les américains ont adhéré de nombreuses fois à la démarche du Protocole et l'idée d'une "coopération à long terme" a ainsi été approuvée par la délégation américaine sous la pression de la présidence canadienne, avec le soutien des Européens notamment. Selon des sources diplomatiques, les Etats-Unis ont accepté le compromis de la présidence canadienne, qui propose "un dialogue sur des actions de coopération à long terme pour faire face au changement climatique", ceci sous la forme de quatre "ateliers de discussions" au maximum d'ici décembre 2007.

Par ailleurs, les maires américains qui étaient présents à la conférence, ont signé un accord (Climate Protection Agreement) par lequel ils s’engagent à appliquer les réductions de GES fixés par Kyoto. L’ensemble des villes concernées représentent environ 40 millions d’habitants.
Notons, dans le même ordre d'idée, que des chercheurs de l’Université de Vermont ont montré que près d’un quart de la population américaine vit dans un Etat, une ville ou un district qui a adopté des mesures de lutte contre l’effet de serre. Avec le Climate Protection Agreement, ce sera plus d’un tiers des Américains (soit la moitié du produit intérieur brut (PIB)) qui profiteront de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre selon les calculs de Brendan Fisher et Robert Costanza. Un critère qui devrait nuancer fortement la vision souvent trop critique que nous avons sur les efforts des Etats-Unis.

Ce pas positif des américains pourrait ainsi inciter les nouveaux poids lourds de la planète (Chine, Inde, Brésil...) à s'engager davantage alors qu'ils deviendront d'ici une dizaine d'année les premiers pollueurs de la planète.

La "surprise russe"
Alors que les Etats-Unis, toujours réfractaires, souffraient d'une assez mauvaise réputation, c'est la Russie qui a surpris ces négociations en bloquant aux dernières heures la conclusion des travaux.
En effet, elle s'est opposée publiquement à l'adoption de l'accord concernant le prolongement de Kyoto, tant que les pays en voie de développement ne s'engageraient pas dans des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce qui masquait en fait une stratégie pour les pays d'Asie centrale dont les émissions ont fortement baissé et qui auraient donc pu monnayer cette baisse, ont indiqué des experts.

Plus d'une vingtaine de pays appuyés par la présidence canadienne ont réussi à débloquer la situation en faisant reculer Moscou avant que la conférence ne finisse sur un nouvel échec.

Les ONG de défense de notre planète plutôt satisfaites
Les différentes ONG internationales qui se sont associées étroitement aux discussions notent sur les derniers jours les efforts consentis et la responsabilité du discours des différentes parties. "Cette première rencontre historique des parties a reconnu l'urgence de la menace du climat pour les plus pauvres de la planète et à terme pour nous tous", a souligné Bill Hare de Greenpeace.
Les Amis de la Terre, notent un "accord historique", qui "montre clairement que l'avenir réside dans des technologies plus propres".
"La communauté internationale aurait pu abandonner face aux tactiques de l'administration (du président américain George) Bush et d'autres, mais ce ne fut pas le cas", s'est réjouie Jennifer Morgan, experte du Fonds mondial de la nature (WWF).

Elles avaient notamment ovationné le discours de Bill Clinton : "Rien ne justifie davantage, aujourd'hui, l'application du principe de précaution que le changement climatique".

La prochaine conférence sur le changement climatique devrait se tenir au Kenya en 2006.

Liens

Site officiel de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques - Montréal 2005

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 10 décembre 2005, 23 h 05 - Tous droits réservés

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4 commentaires

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avatar Bernard, ile de france - 11/12/2005, 13:36

On se demande un peu ce qu'il y a de si positif, a priori, juste le fait de dire que l'on va discuter ....... un peu etonnant quand lors des discrours beaucoup délaraient que pour la planète la situation etait plus qu'urgente......

avatar Christophe Magdelaine - 12/12/2005, 10:03

@Bernard : vous avez raison, cela nous semble bien abstrait mais dans ce genre de conférences internationales qui mobilisent de nombreux acteurs et délégations aux points de vue très différents, c'est toujours positif de parvenir à quelques accords notables et à une volonté de discuter...

avatar Gaëtan, Strasbourg - 14/12/2005, 14:28

Bernard a tout à fait raison! Il n'y a rien de concret, pas de nouvelles mesures et ni bien sur une vrai politique de réduction des effets anthropiques. De plus, je me demande pourquoi il faut un accord international, les pays qui veulent réduire les GES n'ont pas besoin d'attendre les autres pour le faire!

avatar Bernard,Haute-Savoie - 15/12/2005, 10:48

Je trouve louable les efforts de conscience planétaire à condition qu'ils soient suivis d'effets concrets,de prises de décisions fermes pour le respect de Notre-Mère La Terre.Trop souvent nous nous comportons comme des enfants ingrats et égoïstes,devenons adultes,il est temps !.

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