Tortue de mercrédit : notre-planete.info
Le pillage de réserves de poissons protégées, la violation des droits de l’homme et les opérations mondiales de pêche illégale (qui rapporteraient plus d’un milliard de dollars) sont autant de délits consignés dans un rapport financé par le gouvernement australien, la Fédération Internationale des Ouvriers du Transport (ITF) et WWF, l’Organisation mondiale de protection de la nature.
Le rapport, « The Changing Nature of High Seas Fishing : How flags of convenience provide cover for illegal, unreported and unregulated (IUU) fishing », révèle le lien existant entre les opérations de pêche illégale dans les océans du monde entier et les pays dans lesquels on peut faire immatriculer un chalutier ou obtenir un pavillon de complaisance (PDC) pour une bouchée de pain. Le système de pavillon de complaisance fournit une couverture parfaite pour la pêche Illicite, Non déclarée et Non réglementée (INN, équivalent français de IUU), qui représenterait d’après l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 30% du nombre total de prises dans certaines grandes pêcheries.
Les recommandations du rapport seront extrêmement utiles pour les délibérations de la Communauté Internationale lors de la 60ème Assemblée générale des Nations Unies. Celle-ci réfléchira à une solution viable pour les pêcheries, laquelle consistera en des mesures luttant contre la pêche INN et les pavillons de complaisance. En d’autres termes, c’est une parfaite occasion pour certains pays de s’attaquer à ces problèmes épineux.
D’après le rapport, non seulement cette pêche clandestine met en danger des pêcheries du monde entier, mais elle peut également constituer une menace sérieuse pour les tortues de mer, les albatros, les requins ainsi qu’une quantité d’autres espèces prises accidentellement dans les filets lors de ces opérations illégales.
Le commerce de la pêche INN rapporterait près d’un milliard de dollars américains alors que l’achat d’un pavillon de complaisance ne coûte que quelques centaines de dollars. Environ 15% des flottes de pêche du monde navigue, soit sous le pavillon de complaisance, soit sous un pavillon d’origine inconnue.
« La pêche INN continue de tourmenter en haute mer dans l’Océan du sud, affirme le sénateur Ian Macdonald, ministre des Pêches, des Forêts et de la Conservation.
Pendant que les états responsables supportent les coûts d’une gestion durable et de l’application des lois, les pays PDC et les pêcheurs clandestins empochent les bénéfices et sapent ouvertement les règles internationales destinées à assurer la conservation et la gestion des ressources en haute mer.
Le rapport souligne également les atteintes aux droits de l’homme que constituent le travail forcé, l’abandon d’équipages dans des ports étrangers ainsi que des incidents suspects tels que le récent incendie qui s’est déclaré à bord du Simiez dans le port uruguayen de Montevideo dans lequel 11 membres chinois de l’équipage ont péri.
Le Belize, le Honduras, le Panama et St Vincent & Grenadines sont en tête de la liste des pays PDC qui comptent le plus grand nombre de gros navires de pêche immatriculés sous leur pavillon.
« Nous avons un besoin urgent de mettre fin au système corrompu qui permet aux propriétaires de chalutiers d’acheter des pavillons de complaisance et d’opérer clandestinement sans aucune limite en haute mer », a déclaré le Dr Claude Martin, directeur général de WWF International.
« Les pays PDC, dont certains n’ont aucun accès à la mer, immatriculent les navires de pêche en échange d’une modeste taxe, ferment souvent les yeux sur les pratiques illégales et n’exercent qu’un contrôle très limité sur la manière dont ces chalutiers opèrent. »
Le Secrétaire général de l’ITF, David Cockroft, a déclaré que des droits de l’homme étaient ouvertement bafoués sur ces navires clandestins, que de mauvais traitements de l’équipage et des standards de sécurité épouvantables étaient parfois aggravés par des conditions météorologiques difficiles rendant les opérations de pêche particulièrement dangereuses.
« Non seulement la pêche sous le pavillon de complaisance menace les pêcheries et l’environnement marin, mais elle comporte également un coût humain non-négligeable », continue-t-il. «Les navires INN opèrent souvent avec une main d’œuvre non protégée, pouvant être battue, affamée et exploitée sans aucune rémunération : des marins socialement et légalement invisibles risquant leur vie dans l’une des industries les plus dangereuses au monde. »
Les données du registre de trafic maritime de la Lloyd (une société de classification dont les fichiers sont destinés aux assureurs), montrent que les pays européens sont au sommet de la liste des pays dans lesquels résident les propriétaires ou les dirigeants de navires de pêche opérant sous le pavillon de complaisance, dont l’Espagne et les îles Canaries qui représentent à eux seuls près de la moitié du total européen.
Le sénateur Macdonald a annoncé que l’Australie mettrait dorénavant toute son énergie à faire prendre conscience de l’ampleur du problème à tous les pays et qu’il chercherait à obtenir que ce sujet soir à l’ordre du jour de la prochaine assemblée du Groupe de travail sur la haute mer qui doit se dérouler à Paris en mars 2006. Il utilisera également d’autres forums internationaux pour obtenir le soutien de pays ayant le même sentiment qu’un changement est nécessaire et faire ainsi bouger les choses.
Notes
Le rapport « The Changing Nature of High Seas Fishing : How Flags of Convenience can provide cover for pirate fishing », co-écrit par Matthew Gianni et Walt Simpson, est le point culminant de près d’un an d’investigation et de recherches sur les pavillons de complaisance et la pêche INN en haute mer.
Le rapport est disponible en ligne.
L’étude a analysé les informations disponibles du registre maritime Lloyd entre 1999 et 2005 sur les chalutiers immatriculés jusqu’aux 14 pays en tête de liste qui fonctionnent avec des registres publics ou « pavillons de complaisance » pour les grands navires de pêche.
Les 14 plus importants pays à appliquer la politique du pavillon de complaisance sont le Belize, la Bolivie, le Cambodge, Chypre, la Guinée Equatoriale, la Géorgie, le Honduras, les îles Marshall, l’île Maurice, les Antilles néerlandaises, le Panama, St Vincent & Grenadines, la Sierra Leone et le Vanuatu.
Source
Organisation mondiale de protection de la nature
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Stéphanie Philippidès - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)