
Zone industrielle à Saint-Petersbourg
crédit : AFP
180 pays se réunissent à partir d'aujourd'hui à Montréal dans le cadre de la première Conférence des Parties au Protocole de Kyoto, notamment pour discuter de "L'après-2012"
Cette réunion internationale sera la première réunion de suivi du protocole de Kyoto et la 11ème conférence (COP-11) de suivi de la Convention climat, l'accord-cadre de l'ONU sur l'effet de serre (1994) dont Kyoto (1997) a durci les dispositions. La conférence se tiendra à Montréal du 28 novembre au 9 décembre 2005.
Elle a va notamment faire le point sur les suites à donner au fameux Protocole de Kyoto dont l'application est enfin possible. En effet, un article du Protocole de Kyoto oblige les parties à réfléchir à sa prolongation après sa date d'échéance.
La conférence de Montréal devrait attirer de 8 000 à 10 000 participants, dont une centaine de ministres de l'Environnement pour ses trois derniers jours, selon l'ONU qui l'a qualifiée d'"historique".
Rajendra Pachaury, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souhaiterait(1) que les décideurs politiques s'attachent aux mesures d’atténuation et d’adaptation tout en intensifiant la recherche sur le changement climatique. Il ajoute que "les fonds investis dans la recherche sur le changement climatique ne suffisent certainement pas pour le moment : pour la modélisation, pour des études régionales afin d’évaluer l’impact du changement climatique dans chaque région et pour des possibilités. Le plus gros de la recherche actuelle a lieu en Amérique et en Europe – il faut intensifier la recherche en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ce sont ces régions-là qui subiront de plein fouet les effets du changement climatique."
Le Protocole de Kyoto est entré en vigueur
La 3ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, s'est tenue à Kyoto (Japon) en décembre 1997. Le protocole qui en est issu, engage juridiquement et quantitativement les pays signataires à réduire de 5,2% leurs émissions de gaz à effet de serre pour l'horizon 2008/2012, par rapport à leurs émissions de 1990. Avec l'annonce de la ratification russe le 18 novembre 2004 (la Russie est responsable de 17% des émissions mondiales), le protocole de Kyoto a pu entrer en vigueur 90 jours après.
Les divergences affichées
Tous les grands pays industrialisés se sont engagés sur la voie du Protocole de Kyoto, sauf les Etats-Unis qui considèrent le protocole économiquement trop contraignant (notamment pour leurs industries) tout en développant de leur côté des nouvelles technologies de pointe plus propres. Cependant, les Etats-Unis qui se placeront en tant qu'observateurs aux sessions consacrées au protocole, participeront de plein droit aux travaux de la Convention, qu'ils ont ratifiée.
Les européens souhaitent que l'après 2012 remportent enfin l'adhésion des Etats-Unis mais aussi celle des nouveaux poids lourds économiques comme la Chine, l'Inde et le Brésil, qui à moyen terme seront les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de la planète.
Un pari difficile car il pourrait également entraver le développement de ces pays qui ne sont pas responsables du réchauffement climatique actuel. En effet, les Etats-Unis et l'Europe totalisent à eux seuls près de 60% des rejets de gaz à effet de serre (GES) de la planète émis entre 1900 et 2000.
Les pays participants au G8 de Gleneagles en Ecosse avaient pourtant adopté
une déclaration commune : "nous en savons assez pour agir maintenant afin de commencer à ralentir et, pour autant que la science le justifie, à freiner et à inverser l'augmentation des gaz à effet de serre".
D'ailleurs, M. Blair avait également rappelé à cette occasion que les grands pays émergents ne s'engageraient jamais dans la maîtrise de leurs rejets polluants si les Etats-Unis restaient à l'écart des efforts de la communauté internationale.
La Chine fait pourtant preuve de plus d'ouverture vis à vis des thèses européennes, contrairement à l'Inde responsable à hauteur de 2% des émissions de GES depuis 1900. L'Asie devrait émettre, en 2010 plus de 9 milliards de tonnes de CO2, devenant alors le premier pollueur de la planète devant l'Europe (7 milliards de tonnes) et même l'Amérique du Nord (7,7 milliards de tonnes) selon l'Agence Internationale de l'Energie.
Le poids démographique des pays asiatiques couplé avec leur entrée massive dans la société de consommation fait bondir les dépenses énergétiques et donc les émissions de GES.
La position de L'Europe
Selon, le bulletin mensuel "C'est dans l'air" de novembre 2005 du CITEPA, lors du Conseil Environnement du 17 octobre 2005, les Ministres de l’UE-25 ont convenu de leur position pour les négociations dans le cadre de la 11e Conférence des Parties à la Convention Climat. Tout en soulignant leur engagement à l’égard des conclusions du Conseil européen de printemps 2005 (22-23 mars), les Ministres n’ont fait aucune référence explicite aux objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES proposés à cette occasion (réduction de 15 à 30% d’ici 2020).
Le Conseil Environnement s’est toutefois déclaré "résolu à oeuvrer à l’élaboration d’une stratégie à moyen et long terme selon l’approche définie par le Conseil européen du printemps 2005 qui souligne la nécessité de la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation à une action internationale qui soit efficace et appropriée dans le [cadre] du processus [de la Convention Climat]".
Les Ministres ont également souligné :
- qu’une future stratégie mondiale de lutte contre le changement climatique devrait stimuler l’innovation technologique, en dosant de façon optimale les politiques d’incitation et de contrainte ;
- que la 1ère réunion des Parties au Protocole de Kyoto (COP-MOP), qui se déroulera pendant la COP-11, devrait initier le processus pour envisager de nouveaux engagements à prendre par les pays développés pour la période au-delà de 2012. En outre, le Conseil attend avec intérêt le lancement d’un processus entre toutes les Parties à la Convention Climat pour étudier les possibilités de mettre en oeuvre des actions supplémentaires visant à atteindre son objectif ultime (stabilisation des concentrations de GES). A cette fin, il convient d’élaborer un dispositif post-2012, s’appuyant sur les expériences acquises jusqu’ici pour lutter contre le changement climatique, y compris les instruments fondés sur le marché mettant l’accent sur l’efficacité environnementale, un meilleur rapport coût-efficacité, et en élargissant le nombre de pays participants en fonction de leurs responsabilités communes mais différenciées et de leurs capacités respectives (article 3.1 de la Convention Climat). Enfin, les Ministres insistent également sur la nécessité de fixer, pour un tel processus, un calendrier précis, et de prévoir un mécanisme pour le faire avancer.
Le réchauffement climatique a commencé
Dorénavant, un consensus scientifique international clair, relayé et confirmé par de nombreuses études nous informe que les activités de nos sociétés de consommation réchauffent, en émettant massivement des gaz à effet de serre, notre atmosphère qui réagit ensuite par certains bouleversements climatiques.
De plus, ce qui change par rapport aux variations climatiques naturelles que l'Homme a pu connaître, c'est que la vitesse moyenne du réchauffement sera supérieure à tout ce qui a pu se produire, avec une élévation de température jamais atteinte dans l'histoire de l'humanité.
Enfin,
la multiplication des catastrophes naturelles d'origine hydro-météorologiques et l'apparition de cyclones majeurs comme Katrina, Rita puis Wilma en quelques semaines pourraient être des signes tangibles d'un changement climatique même si l'incertitude règne encore dans ce domaine.
Dans un discours publié aujourd'hui, Lord May, le président de l'Académie britannique des Sciences (Royal Society), estime que les conséquences du réchauffement planétaire peuvent être comparées à celles d'"armes de destruction massive". En effet, il souligne que "les impacts du réchauffement planétaire sont nombreux et graves", citant la hausse du niveau de la mer, la modification du régime des eaux et "la fréquence accrue des événements extrêmes, inondations, sécheresses et ouragans".
Il rappelle à ce titre que les dégâts occasionnés par
Katrina représentent "1,7% du produit intérieur brut" de 2005 des Etats-Unis et "il est concevable que la partie américaine du du Golfe du Mexique devienne effectivement inhabitable d'ici à la fin du siècle".
"La réunion de Montréal pourrait être constructive, juge-t-il, si elle débouchait au moins sur le lancement d'une étude" sur les réductions de gaz à effet de serre nécessaires pour stabiliser les concentrations de ces substances dans l'atmosphère à un niveau "inférieur ou supérieur" à 550 parties par million. Une telle étude pourrait "sensibiliser les responsables politiques", "aujourd'hui davantage préoccupés" par l'impopularité de mesures contre le changement climatique "que par les conséquences pour la planète d'une action trop tardive".
Les mécanismes de développement propre
Sous l'influence des Etats-Unis, un mécanisme de flexibilité (qui permet donc plus de souplesse dans l'application du protocole de Kyoto) a été élaboré pour réaliser des réductions à moindre coût et surtout permettre aux pays industrialisés de différer la mise en oeuvre de mesures nationales fortes pourtant nécessaires. Il s'agit du Mécanisme pour un Développement Propre (MDP) : les pays industrialisés et les entités qui en sont issus peuvent aider au financement et à la réalisation de projets de réduction d'émissions dans les pays en développement. En échange, ces premiers pays reçoivent des droits d'émissions supplémentaires à la hauteur des rejets évités.
Le résultat de cette conférence pourrait être le renforcement de ce mécanisme, point sur lequel toutes les parties sont d'accord...
En savoir plus
Note
(1) Dans une interview donnée dans le numéro 16 de l'Usine à GES.
Liens
Site officiel de la
Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques - Montréal 2005
Le changement climatiqueActualités connexes
06/10/2009
Entretien sur le climat avec le président du GIEC "le monde développé n'a vraiment rien fait"02/06/2009
Pourparlers à Bonn sur le changement climatique18/11/2008
Les émissions en gaz à effet de serre des pays industrialisés augmentent toujours03/12/2007
La conférence de Bali sur le réchauffement climatique s'ouvre vers l'après-Kyoto13/06/2007
Quel climat pour demain ? Le scénario catastrophe se confirme05/02/2007
La science comme fondement pour l’action contre le changement climatique06/11/2006
Ouverture de la 12e conférence sur le climat à Nairobi30/10/2006
L'Europe doit intensifier ses efforts pour atteindre les objectifs de Kyoto05/09/2006
La Californie s'engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre24/07/2006
Diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 !02/06/2006
"Le changement climatique, vous pouvez le maîtriser"17/03/2006
Le plus grand projet au monde pour capturer du dioxyde de carbone16/02/2006
Premier anniversaire du protocole de Kyoto02/02/2006
Changement climatique : accord européen sur les gaz fluorés05/01/2006
Vers une hausse de 50% des émissions de CO2 d'ici à 203029/12/2005
L'Europe va t'elle respecter ses objectifs pris à Kyoto ?10/12/2005
Bilan positif de la conférence de Montréal26/11/2005
L'acte 2 du Protocole de Kyoto doit se préparer dès maintenant !14/11/2005
Rendez Vous Climat 2005 : 1er bilan annuel du Plan Climat03/11/2005
Discussions informelles à Londres sur les technologies propres12/10/2005
La Grande-Bretagne s'attaque à la réglementation environnementale11/10/2005
Les climats évoluent plus rapidement que jamais03/09/2005
Changement climatique : 2°C de plus en Méditerranée ?01/08/2005
Il existe un projet alternatif à Kyoto : le pacte du charbon23/07/2005
L'Europe peut parvenir à un avenir sobre en émissions08/07/2005
Les pays du G8 reconnaissent la nécessité d'"agir maintenant"08/10/2003
La science du changement climatique au service de la condition humaine18/01/2003
Pour l'indispensable participation des pays en développement à Kyoto09/12/2002
L'Union Européenne peine à satisfaire le protocole de Kyoto13/06/2002
L'Australie refuse de ratifier le protocole de Kyoto19/02/2002
L'alternative américaine au protocole de Kyoto10/11/2001
Le protocole de Kyoto sera donc appliqué04/11/2001
Le protocole de Kyoto de nouveau refusé par les Etats-Unis29/10/2001
Finalisation de l'accord de Bonn à MarrakechAuteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)