
crédit : notre-planete.info
Lundi 24 octobre, des militants de Greenpeace ont délivré un message aux ministres de l'agriculture et du développement de l'Union Européenne réunis à Luxembourg et à Leeds (UK) dans le but de parvenir à un accord politique sur une série de mesures volontaires visant à combattre l'exploitation illégale des forêts et à améliorer la gouvernance dans le secteur forestier (1).
Les militants ont exposé une banderole sur laquelle il était inscrit "Interdisez le bois illégal maintenant". Puis ils ont remis aux représentants politiques une lettre fabriquée à partir de ce bois illégal issu des forêts primaires, qui continue d'inonder le marché européen (2).
Si l'UE n'adopte pas de législation pour interdire les importations de bois illégal en Europe et soutenir ainsi la gestion durable des forêts dans le monde, ses efforts pour stopper la destruction des forêts primaires dans les pays les plus pauvres resteront vains.
"Combattre l'abattage illégale du bois et son commerce avec des mesures volontaires, c'est aussi efficace que de demander à des entreprises de payer volontairement leurs impôts. Assurer la légalité des produits forestiers ne doit pas être un vœux pieux, mais une pré condition pour faire du commerce en Europe." précise Sébastien Risso de l'Unité européenne de Greenpeace. "Tous les efforts pour lutter contre le commerce de bois illégal resteront vains tant que l'UE ne se dotera pas d'une législation contraignante pour juguler la demande européenne en bois bon marché, issu de l'exploitation illégal et non-durable."
En tant que principal marché d'importation, l'UE est un des acteurs clés de ce commerce. Il n'existe aujourd'hui aucune législation en Europe qui permette aux douanes et aux autorités judiciaires de saisir une cargaison de bois illégal ou de lancer une enquête en cas de fortes présomptions. Les importateurs et les commerçants de bois ne sont pas tenus pour responsables de ce qu'ils achètent et vendent sur le marché européen. Les entreprises peu scrupuleuses et les réseaux de crime organisé peuvent continuer sans risque à détruire les dernières forêts anciennes de la planète et à en tirer de larges bénéfices.
L'approche préconisée par la Commission européenne repose sur des accords volontaires de partenariat entre l'UE et les pays producteurs de bois. L'objectif est d'améliorer la gouvernance dans le secteur forestier et de mettre en oeuvre un système de licence d'exportation visant à garantir la légalité des produits forestiers exportés vers l'UE. Dans ce cadre, des négociations doivent débuter l'année prochaine avec cinq pays candidats : le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Ghana, l'Indonésie et la Malaisie.
Greenpeace continue d'attirer l'attention sur certaines faiblesses de ce système :
- Il repose sur un engagement volontaire ;
- Il ne s'applique qu'à un nombre limité de produits forestiers (3);
- Du bois illégal continuera d'être exporté vers des pays tiers, non-partenaires comme la Chine, pour être “blanchi”, transformé, puis réexporté sans risque vers l'UE ;
- Il s'appuiera sur les systèmes déjà en place dans les pays producteurs, systèmes souvent corrompus et peu fiable.
D'autre part, l'action de la Commission se limite au problème de la légalité et n'aborde pas la question pourtant essentielle de la gestion durable des forêts. Greenpeace craint que sans objectifs sociaux et environnementaux ambitieux et sans une participation active de la société civile et des populations locales, ces accords de partenariat et ce système de licence ne soient détournés de leurs objectifs initiaux et n'aboutissent finalement qu'à un simple “blanchiment” des activités forestières illégales et non-durables.
Au cours des dix derniers jours, Greenpeace a multiplié les révélations concernant des importations massives de bois provenant d'entreprises impliquées dans l'abattage illégal et la destruction des forêts primaires : du Bassin du Congo vers l'Italie ; de la Papouasie Nouvelle-Guinée vers la Grande-Bretagne en transitant par la Chine ; et de l'Amazonie Brésilienne vers l'Espagne.
Notes
(1) - La Commission européenne a publié en mai 2003 un plan d'action concernant l'application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux (FLEGT)
consultable en suivant ce lien (format PDF)
(2) - Les représentants politiques sont Margaret Beckett (Ministre britannique), qui a présidé le Conseil de l'Agriculture à Luxembourg ; Hillary Benn (Ministre britannique), qui a présidé le Conseil informel du Développement à Leeds ; et le Commissaire européen au Développement, Louis Michel.
(3) - Le système de licence couvrira initialement les grumes, le bois scié et le contre-plaqué. Dans le cadre de chaque accord de partenariat, la liste pourra être élargie à la demande d'un pays partenaire.
En savoir plus
Greenpeace boards ship importing rainforest destruction to Italy (en anglais)
Greenpeace forests campaign: Save or Delete (en anglais)
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Greenpeace