tests réalisés le 13 juin 2005 sur une famille françaisecrédit : WWF-France
Les résultats de la première enquête menée par le WWF en vue de détecter la présence de produits chimiques dans le sang des citoyens de toute l’Europe viennent d’être publiés. Ils révèlent la présence de 73 produits chimiques dangereux dans le sang des membres (grands-mères, mères et enfants) des 13 familles qui se sont soumises à une analyse de sang, des familles provenant de 12 pays de l’UE(1). Le nombre le plus élevé de produits a été détecté dans la génération des grands-mères (63 produits). Cependant, la jeune génération est
contaminée par un nombre plus élevé de produits chimiques (59) que la génération des mères (49). De plus, les concentrations de certains produits détectés dans le sang des enfants étaient les plus élevées de toutes les générations.
L’enquête Générations X du WWF (qui a analysé des citoyens européens âgés de 12 à 92 ans) confirme les résultats des enquêtes précédentes menées sur des membres du Parlement européen, des ministres de l’UE, des scientifiques et des célébrités. Elle montre que nous sommes tous les cobayes involontaires d’une gigantesque expérience dénuée de tout contrôle.
La présence de 107 produits chimiques différents a été recherchée dans les échantillons de sang : des produits persistants, bio-accumulables ou qui agissent comme perturbateurs hormonaux et qui appartiennent à cinq groupes principaux de produits chimiques(2). Les résultats montrent que tous les membres des familles analysées sont contaminés par un cocktail d’au moins 18 produits chimiques différents, pour la plupart des produits présents dans des biens de consommation de la vie de tous les jours. De nouvelles substances utilisées à grande échelle, comme les retardateurs de flammes bromés, les produits chimiques perfluorés ou les muscs synthétiques, qui sont contenus dans des biens de consommation utilisés tous les jours (ordinateurs, textiles, cosmétiques ou appareils électriques…) se retrouvent plus fréquemment et à des taux plus élevés dans le sang de la jeune génération. Par contraste, la génération des grands-mères est la plus contaminée par des produits plus anciens et interdits, comme le DDT et les PCB.
"Il est choquant de constater que des produits chimiques toxiques utilisés quotidiennement sont en train de contaminer le sang de nos enfants", a déclaré Karl Wagner, Directeur de la Campagne DetoX du WWF. "Quelles preuves supplémentaires faudra-t-il encore pour que l’industrie et les politiciens européens reconnaissent qu’il est impossible de contrôler efficacement les produits chimiques dangereux ? Le projet de réglementation européenne REACH fait actuellement l’objet d’une attaque en règle dirigée par l’industrie chimique, et des législateurs européens semblent laisser complaisamment celle-ci prendre les devants en
ignorant la responsabilité qui leur incombe de protéger notre santé“.
Le retardateur de flammes TBBP-A, utilisé dans la fabrication de circuits imprimés pour les appareils électroniques a été détecté dans le sang de 18 membres des familles analysées (3 grands-mères, 7 mères et 8 enfants). C’est chez un enfant qu’a été détectée la concentration la plus élevée de ce produit. 17 des 31 retardateurs de flammes du groupe des EDP existant à l’heure actuelle ont été détectés dans le sang des enfants : par comparaison, seuls 10 de ces produits ont été détectés chez les grands-mères et 8 chez les mères. Et la plus forte concentration en Bisphénol A, un produit chimique oestrogène (qui imite les hormones) utilisé entre autres pour la fabrication de certaines bouteilles en plastique et de CD a été détectée
chez un enfant.
Ces résultats sont particulièrement préoccupants étant donné que la plupart des produits chimiques décelés ne se décomposent que très lentement, sont persistants dans l’environnement et s’accumulent dans notre organisme à des taux toujours plus élevés durant toute notre vie. L’enquête pose dès lors la question de savoir si les générations à venir seront plus exposées à des produits chimiques potentiellement carcinogènes ou qui agissent en tant que perturbateurs endocriniens et qui sont susceptibles d’entraîner des effets négatifs à long
terme sur la santé.
Notes
(1) L’enquête Générations X du WWF a été menée en Allemagne, en Belgique (2 familles), au
Danemark, en Finlande, en France, en Grèce, en Hongrie, en Italie, en Lettonie, au Luxembourg, en Pologne et en Suède.
(2) Le WWF a recherché la présence de 107 produits chimiques différents appartenant à cinq groupes principaux et trois substances principales : 12 pesticides organochlorés (y compris le DDT), 44 polychlorobiphényles (PCB), 33 retardateurs de flammes bromés, 8 produits chimiques perfluorés « anti-adhésifs » (PFC) comprenant les PFOS et les PFOA, 7 muscs synthétiques (utilisés dans l’industrie cosmétique et les produits d’entretien), 2 antibactériens (le triclosan et son résidu le méthyl-triclosan) et le monomère plastique polycarboné Bisphénol A (un perturbateur endocrinien).
Cette enquête a été menée avec le soutien de l’EEN (EPHA Environment Network) et d’Eurocoop (European Community of Consumer Cooperatives).
Actualités connexes
04/06/2007
Le règlement REACH est entré en vigueur24/01/2006
Evaluer l’impact de la pollution chimique sur notre santé18/11/2005
Le projet REACH sur les substances chimiques a été adoptéAuteur
Organisation mondiale de protection de la nature