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L'acidification des océans menace les organismes marins

35210 lectures / 7 commentaires04 octobre 2005, 18 h 22

TerreCrédit : NASA
Dans 50 à 100 ans, les squelettes externes de certains organismes marins pourraient commencer à se dissoudre et à ne plus pouvoir se former menaçant la vie marine.

La cause ? L'acidification de l'eau de mer, entraînée par l'absorption par les océans du dioxyde de carbone en augmentation dans l'atmosphère. Ces travaux, menés par une équipe internationale composée notamment de chercheurs de trois laboratoires français (1) sont publiés dans la revue Nature du 29 septembre 2005.

En effet, l’océan mondial absorbe actuellement une quantité de dioxyde de carbone (CO2) sans précédent, ce qui augmente son acidité et menace probablement la survie à long-terme de beaucoup d'espèces marines, et plus spécifiquement les organismes contenant du carbonate de calcium dont la famille des coraux, les mollusques et crustacés ainsi que le phytoplancton. Selon les recherches présentées à un colloque organisé par la Commission Océanographique Intergouvernementale de l'UNESCO (COI) et le Comité de la Recherche Océanique du Conseil International pour la Science (SCOR) en mai 2004, ce changement pourrait perturber les chaînes alimentaires marines et altérer la biogéochimie des océans dans une proportion et d’une façon qui ne sont pas encore prévisible et compréhensible à ce jour.

L'océan est l'un des plus grands réservoirs naturels de carbone sur terre et il absorbe chaque année approximativement un tiers du dioxyde de carbone émis par les activités humaines. Selon les recherches menées par Christopher Sabine de la National Oceanographic and Atmospheric Administration aux Etats-Unis (NOAA, administration océanographique et atmosphérique nationale, agence d'Etat membre de la COI), l'océan a absorbé approximativement 120 milliards de tonnes de carbone produites par les activités humaines depuis 1800. L'IOC signale qu'environ 20-25 millions de tonnes de CO2 sont rajoutées chaque jour dans l’océan.

L'absorption du dioxyde de carbone par les océans est considérée comme un processus bénéfique qui réduit la concentration du CO2 dans l'atmosphère et atténue son impact sur les températures globales. Cependant, il y a une inquiétude croissante sur le prix à payer pour ce service. Pour les participants au colloque, il est maintenant bien établi que d’ici le milieu de ce siècle, le poids de l’accumulation du CO2 entrant dans l'océan mènera à des changements de pH ou d’acidité des couches supérieures qui seront d’une ampleur trois fois plus importante et 100 fois plus rapide que ceux subis entre les périodes glaciaires. Des changements aussi brutaux du système du CO2 dans les eaux de surface des océans n’ont pas été observés au cours de plus 20 millions d’années d’histoire terrestre, ont conclu les participants au colloque.

Les résultats initiaux des observations, des recherches et des modèles conduits jusqu'ici et présentés au colloque indiquent que dans un monde à fort taux de CO2 :
· l'océan serait globalement plus acide, et serait également plus stratifié dans les hautes latitudes. En outre les concentrations en nutriments dans les eaux de surface des régions de hautes latitudes seraient inférieures, les eaux de subsurface seraient moins oxygénées, et le phytoplancton subirait une exposition accrue à la lumière du soleil. Ces changements affecteraient beaucoup d'espèces et changeraient la composition des communautés biologiques dans une proportion et d’une façon qui ne sont pas encore prévisible et compréhensible à ce jour.
· Beaucoup d'organismes contenant du carbonate de calcium, dont certaines espèces de plancton et coraux, et également des organismes non carbonatés, ne pourraient plus se développer et se reproduire efficacement si le CO2 était supérieur et les niveaux de pH inférieurs. L’élévation des températures - combinées avec une augmentation du CO2 et une diminution du pH - constitue une menace sérieuse pour les récifs coraliens, menant probablement à l'élimination de certains récifs avant la fin de ce siècle

En utilisant des données récentes et 13 modèles numériques, une équipe d'océanographes Européens, Japonais, Australiens et Américains a simulé l'évolution des carbonates à partir des scénarios d'émissions de CO2 établis par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.(GIEC).

Le scénario standard (2) prévoit que dans environ 50 ans les eaux de surface les plus froides de l'océan, comme en mer de Weddell au large de l'Antarctique, vont devenir corrosives pour une forme de calcaire appelée aragonite. Ainsi les « ptéropodes » sont en danger, la coquille de ces mollusques planctoniques qui nagent dans la couche supérieure de l'océan étant en aragonite. Et si le CO2 atmosphérique continue d'augmenter, il est très probable que vers la fin de ce siècle l'eau de mer devienne corrosive pour l'aragonite dans tout l'océan Austral ainsi que dans une partie du Pacifique Nord. Ces organismes calcaires, très abondants dans ces régions, pourraient donc ne plus être capables de constituer leur coquille. Un tel environnement corrosif serait sans précédent depuis probablement plusieurs millions d'années.

Pour compléter ces estimations, des expériences en mer ont montré que les coquilles des ptéropodes vivants se dissolvaient effectivement quand l'eau de mer atteignait les conditions corrosives prévues pour l'année 2100. La diminution des ptéropodes pourrait provoquer des réactions en chaîne, puisqu'ils constituent la nourriture de base d'organismes allant du zooplancton à la baleine, en passant par des espèces commercialement importantes comme les saumons dans le Pacifique Nord.

Les coraux sont également menacés par cette acidification, particulièrement ceux baignés dans les eaux froides, comme l'Océan Atlantique Nord, qui devraient se dissoudre en premier. Car si leur squelette de carbonate de calcium est indispensable pour leur propre développement, celui-ci fournit également l'habitat aux poissons hauturiers, aux anguilles, aux crabes, aux oursins... le squelette externe de ces derniers étant aussi menacé directement par l'acidification.

Préciser l'impact de ces changements sur les écosystèmes et la biodiversité est un défi que les recherches futures devront relever.

Notes

(1) Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE/IPSL : CEA – CNRS)
Laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentations et analyses numériques (LOCEAN/IPSL : CNRS – IRD – MNHN – Université Paris 6)
Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS : CNRS – CNES – IRD – Université Toulouse 3)
(2) Scénario IS92a « business-as-usual »

Références

Anthropogenic ocean acidification over the twenty-first century and its impact on calcifying
organisms, Orr J. et al., Nature, 29 septembre 2005
The Oceans in a High CO2 World (colloque de l'UNESCO)

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 04 octobre 2005, 18 h 22 - Tous droits réservés

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7 commentaires

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avatar theolevertige@yahoo.fr; - 01/12/2005, 13:52

Excellente idée que cette fiche dans un contexte ou curieusement on oublie que le droit de la mer et la convention des nations unies dur le droit de la mer sont les plus universelles et globales des instruments juridiques avec des liens puissant avec le droit climatique et atmosphérique, le droit de l'eau, de la biodiversité etc...



O. Chantrel Dr en droit.

membre de l'AIDM



avatar Spacej 65 spacej7@gmail.fr - 28/01/2008, 17:04

J'ajoute une concéquence supplémentaire causée par l'extinction des coraux. Si les barrières corallines sont anéanties, les côtes tropicales, voire des îles entières seraient menacées par les houles qui risqueront de les dévaster. Sinon le résumé qui a déjà été est excellent pour résumer l'acidification des océans.

avatar Alain Briant 38 230 Chavanoz - 23/02/2008, 19:11

bien sûr... tout ce processus est tellement logique et si évidemment prévisible! on va droit dans le mur, on le sait et à une vitesse qui s'avère bien plus grande que ce que l'on supposait. Mais pour l'instant, que ce soit dans la presse, à la TV, dans les propos généraux, etc... on ne note qu'un étonnement , une espèce d'attitude de spectateurs incrédules "responsables mais pas coupables", ou dans le meilleur des cas des reactions de prises de conscience vite oubliées pour retourner à la gabegie de la vie quotidienne.

Les scientifiques sont là pour tirer la sonnette d'alarme mais les gouvernements font malheureusement preuve de beaucoup d'incurie.

Et le scenario est tout tracé, dans un futur très prochain on se rendra compte que c'était de toutes façons bien trop tard, que l'on ne pourra plus revenir en arrière sinon essayer désespérement de limiter la "casse" en adoptant des positions drastiques qui feront hurler les populations. Sans être certain pour autant de sauver l'humanité.

On le sait bien qu'on a rendu la Terre exangue et qu'elle n'en peut plus. On le sait bien que les hommes sont trop nombreux et que C'EST LA CAUSE PRINCIPALE.

Mais que faire ????

Je pleure pour nos enfants et petits enfants.

avatar coach4444 - 04/12/2008, 21:43

Parfaitement d'accord en rajoutant tout de même qu'il n'est pas totalement trop tard si on prend en locurence ces mesures drastiques aujourd'hui et je rapellerais également qu'il n'ya pas que l'avenir de l'humanité en jeu mes celui de millions et million d'espèces différentes que l'on oublit toujours à notre profit (pourtant bien qu'il y ait beaucoup d'homme l'humanité est miniscule par rapport à l'ensemble des autres êtres vivants). Sinon je trouve également cet article très bien il résume bien le problème et m'aidera pour mon travail sur l'acidification des océans.

avatar Eloïse 21 - 15/10/2009, 19:36

Je trouve cette article très bien, il est compréhensible, accessible à tous. Il reste neutre, presque comme une étude objective, alors qu'on aurait envie de crier : « bouge- toi, ta planète se meurt par ta faute ! »

Il ne faut pas beaucoup de temps pour lire cette fiche, mais ce qu'on y apprend marque et va peut-être faire bouger les choses. (J'espère !)

avatar Crab2 France - 07/12/2009, 18:57

BIOTECHNOLOGIE (de la) ; et du Vert...

.

Quel est le génome qui empêche le Vert d'entrer dans le fruit?

.

Le temps de prendre ma plume et d'écrire ces quelques mots durant mon temps de respiration l'air que j'ai rejeté contenait environ 4 et 5% de C02

.

«Le vin, c'est la lumière du soleil captive dans l'eau.»

Galilée

.

Le CO2 est la ''matière sombre'' qui menace les océans.

.

Crab.

avatar Michard Gil Paris (michargf@noos.fr) - 17/06/2010, 10:10

L'affaiblissement du taux de production de l'aragonite (et de la calcite) va entrainer une augmentation de l'alcalinité de l'eau de mer superficielle ce qui, dans une certaine mesure, s'oppose à la diminution du pH. Comment cela est il pris en compte dans les modèles ?

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