
Antananarivo est une ville bâtie sur les collines, toute en dénivelés. Rouler là-bas consiste donc à monter ou descendre des rues souvent très étroites. Le parc automobile est constitué, pour l’essentiel, de voiture de « millionnaires ». En kilomètres parcourus s’entend ! La plupart sont des 2 CV, des 4 L ou des Peugeot 203. Pour le visiteur français de plus de 40 ans, c’est un vrai voyage dans le temps : il y retrouve les rues de son enfance. Un vrai rassemblement de voitures anciennes. La raison en est évidente : Madagascar est pauvre. Alors on se débrouille…et on dérouille. Les voitures sont rafistolées encore et encore, tant que la caisse ne tombe pas en poussière. Aussi, tant que le synthofer, les soudures et le fil de fer permettent de maintenir l’impression de voitures en état de rouler, elles roulent. Et la sécurité ? la sécurité est un luxe, un rêve; d’ailleurs, ici, personne n’y songe. Quant à l’entretien, il n’est pas tout ; il faut aussi remplir le réservoir. Ce qui n’est pas simple, lorsque souvent, l’on n’a pas de certitude le matin qu’on aura de quoi manger le soir..
Aussi, pour économiser l’essence, les malgaches ont développé, depuis des décennies, une technique inédite de conduite : la "voiture lancée". Le principe est simple. Il consiste à lancer la voiture puis à couper le moteur. La voiture est alors en roue libre, exploitant les lois de la gravité et de l’inertie pour parcourir le plus de chemin possible sans l’intervention du moteur.
Le passager se retrouve alors dans une voiture silencieuse (hormis un vrai concert de couinements divers), qui « vole » dans les descente puis "atterrit" sur les plats, l’expérience du conducteur permettant d’exploiter chaque millimètre possible avant de relancer le moteur. Bien sûr, dans les montées, il faut faire tourner l’engin. Mais au 1 er feu, chacun tourne la clé. Moteurs éteins, ce sont encore quelques micro-grammes d’essence économisés. Toujours ça de pris. Et à la longue, ça fait des litres !
Comme les cigarettes vendues à l’unité, l’essence est vendue par bouteilles d’un litre, sur le bord de la route, voire d’un demi-litre. Beaucoup de voitures arrivent à la "station service" poussées par leurs conducteurs : difficile d’évaluer ce qui reste dans le réservoir quand la jauge ne fonctionne plus depuis longtemps. Si c’est un taxi, les clients poussent aussi, résignés.
Ces petits scenarii du quotidien peuvent faire sourire l’étranger de passage : difficile pour nous d’imaginer que l’on n’ait pas de quoi payer son plein. Presque un problème de riche d’ailleurs, ou de chauffeur de taxi, car à Madagascar comme dans tous les pays pauvres, posséder une voiture, même usée jusqu’à la corde, est un rêve inaccessible pour la majorité.
La « voiture lancée » n’est donc qu’une manifestation banale de la difficulté de vivre dans un pays pauvre. Un exemple parmi tant d’autres de cette "galère du quotidien".
Dans ce contexte, le passage brutal du prix du baril de pétrole de 20 à 65$ est une catastrophe pour tous ces pays pauvres et non producteurs de ce précieux liquide. Un choc capable de paralyser leurs économies fragiles, en stoppant les activités de transport par route, toujours vitales, surtout lorsque le pays est enclavé (Mali, Niger, Tchad, Centrafrique, etc..).
Ce choc pétrolier, c’est aussi la ruine des artisans taxis, dont l’activité pallie l’absence de systèmes de transports en commun dans les villes : on s’y entasse à 5 ou 6 clients à charge pour le chauffeur de trouver l’itinéraire « optimal » pour amener chacun à sa destination. Même problème pour les "bâchées", ces véhicules prévus pour 8 passagers et où l’on s’entasse à plus de 20.
Il faudra maintenant augmenter les prix : pour les clients ce sera autant de moins sur des budgets qui, souvent, permettent à peine de manger. Et à la première panne d’importance, le taxi sera remisé faut de moyens pour réparer.
Ne restera plus alors, pour tout le monde, que la marche à pied..
PS : La pauvreté est une maladie que nos pays riches entretiennent en ne respectant pas les lois que nous avons imposé au reste du monde : celles du commerce international. En effet, en subventionnant massivement nos exportations de produits agricoles, nous empêchons l’émergence des nouveaux acteurs du sud. Le coton d’Afrique de l’Ouest est le plus compétitif du monde. Mais face au coton américain, lourdement subventionné par les USA, impossible de conquérir des marchés et de maintenir des prix de vente raisonnables. C’est un exemple parmi d’autres de la duplicité des rapports internationaux et une bonne illustration de la manière dont la pauvreté est imposée par nous à de nombreux pays du sud.
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