
cyclone Katrina le 29/08/2005
crédit : GOES Project Science Office
Au lendemain du passage des cyclones de force 5 Katrina et Rita dans le Golfe du Mexique, la communauté scientifique s'interroge sur le lien entre l'occurrence et la violence des cyclones tropicaux et le réchauffement climatique.
Autant de cyclones mais plus violents
D'après une étude(1), publiée mi-septembre dans la revue Science par des chercheurs américains de l'Institut de technologie de Georgie et du Centre national de recherche atmosphérique, basé à Boulder (Colorado),
le nombre et la durée des cyclones est globalement stables depuis 35 ans à l'échelle planétaire.
Cependant, le nombre et la proportion d'ouragans de catégories 4 et 5 (le maximum sur l'échelle Saffir-Simpson qui fait référence) ont presque doublé depuis 1970.
Ce phénomène a été constaté notamment dans le Pacifique Nord, le Pacifique Sud-Ouest et l'océan Indien.
Curieusement, l'Atlantique Nord fait figure d'exception puisque le nombre de cyclones a nettement augmenté depuis 1995 selon le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Par exemple, en 2004, la Floride a essuyé sa pire saison depuis 118 ans avec 15 ouragans dont 6 majeurs (force de 3 à 5). Et en 2005, trois cyclones de force 5 (Katrina, Rita et le plus puissant Wilma) ont touché le Golfe du Mexique en quelques semaines...
A ce titre, le directeur du Centre national des ouragans, Max Mayfield a estimé le 25 septembre sur la chaîne CBS que "la haute saison des cyclones dure jusque mi ou fin octobre (...) Non seulement nous aurons d'autres tempêtes et cyclones, mais nous pourrions aussi avoir un ou deux cyclones majeurs". Les Etats-Unis ont subi cette année 17 tempêtes ou cyclones.
"Aussi bien cette année que l'an dernier, ce n'est pas le nombre important de cyclones qui me frappe, mais le fait que trois ou quatre d'entre eux aient touché terre", a commenté Max Mayfield qui a affirmé devant une commission sénatoriale que l'accroissement de l'activité cyclonique était lié à un cycle naturel qui revient tous les 25 à 40 ans dans l'Atlantique, et a rejeté tout lien avec le réchauffement climatique. Il a précisé que l'Atlantique avait déjà connu une recrudescence de l'activité cyclonique qui a commencé dans les années 1940 et a pris fin dans les années 1960. Il estime que le même phénomène est en train de se reproduire.
Dans l'Atlantique Nord, le nombre et la proportion de cyclones de niveau supérieur à 4 a moins augmenté que dans les autres régions cycloniques du globe, contrairement à ce que l'actualité pourrait nous faire croire...
Le réchauffement climatique pourrait jouer dans la formation des cyclones
"Notre compréhension actuelle de la dynamique des cyclones tend à indiquer une relation possible entre l'activité cyclonique et l'élévation de la température à la surface des océans", explique Peter Webster, l'un des auteurs de cette étude.
Le réchauffement de la Terre induit par les activités humaines qui rejettent massivement des gaz à effet de serre entraîne une hausse moyenne des températures à l'échelle planétaire. Ainsi, la température dans les zones tropicales des cinq bassins océaniques, où se forment les cyclones, a augmenté de 0,5 degré Celsius de 1970 à 2004. Or, l'une des conditions indispensable à la formation d'un cyclone est la température des eaux de surface qui doivent être d'au moins 26,5°C sur au moins 60 m de profondeur.
Il semble donc logique que nos émissions de gaz à effet de serre puissent jouer un rôle dans la multiplication et la violence des cyclones. En effet, la fréquence, l'intensité et la durée des phénomènes extrêmes (canicules, inondations, sécheresses...) seront accentuées dans le changement climatique en cours.
Dans une interview donnée par l'Internaute, Michel Desbois, directeur de recherche au laboratoire de météorologie du CNRS-Polytechnique confirme que la formation des cyclones est favorisée dans les régions tropicales où l'on observe une anomalie positive de température comme c'est le cas dans la région de Cuba où la température a augmenté d'un degré.
M. Desbois indique également "qu'avec le réchauffement de la planète ce n'est pas le nombre de cyclones qui augmente, mais leur puissance (...) Mais il est encore difficile d'évaluer l'impact réel de ce réchauffement car la force et le nombre des cyclones oscillent naturellement tous les 20-30 ans."
Hervé Le Treut, directeur de recherches au CNRS indiquait le 1er septembre à l'Agence France Presse que l'apparition de cyclones comme Katrina pourrait bien être la conséquence du réchauffement de la planète. On pourrait également s'attendre à une multiplication de leur nombre, ainsi qu'un changement de leur intensité et de leur trajectoire.
Selon le climatologue Kerry Emmanuel, qui a publié une étude en août dans la revue « Nature », les cyclones qui frappent l'Atlantique et le Pacifique se sont aggravés, à la fois en durée et en intensité, d'environ 50% depuis les années 1970. Pour autant, il se garde bien de lier cette tendance au réchauffement de la planète, notamment parce que la série est bien trop courte pour pouvoir généraliser.
Des données à prendre avec précaution et à nuancer
Cependant, pour Marcel Leroux, climatologue CNRS à l'université Lyon 3 et auteur d'un ouvrage critique sur le changement climatique (1), «les auteurs démontrent une relation statistique sans lien avec la réalité physique. On n'a jamais démontré que l'activité des cyclones est fonction de la température de l'eau de surface. Il s'agit d'un vieux serpent de mer lancé par des océanographes et repris par des modélisateurs pour son côté pratique dans les calculs.»
Des données effectivement reprises par la quasi totalité des scientifiques et qui nous laissent sceptiques sur les affirmations de M.Leroux...
De plus, les simulations des modèles sont contradictoires, certaines concluant par exemple à une diminution à l'horizon 2020 du nombre total de cyclones, actuellement d'environ 90 par an dans le monde.
Les auteurs de l'étude(1) restent cependant prudents. D'autres facteurs comme le courant marin El Nino ou l'humidité de l'air jouent aussi un rôle important dans l'intensité des tempêtes tropicales. Or, de par sa complexité, le cycle atmosphérique de l'eau (nuages, précipitations...) est un phénomène extrêmement difficile à modéliser.
De plus, «Attribuer l'intensification de la violence des cyclones au cours des trente dernières années au réchauffement atmosphérique nécessiterait de disposer de données globales sur une période plus longue et d'avoir aussi une meilleure compréhension du rôle des cyclones dans la circulation atmosphérique et océanique, même dans les conditions climatiques actuelles», concluent les auteurs de cette étude.
Une nouvelle fois, nous nous heurtons à un historique trop court et à une complexité qui font qu'il est très difficile de se prononcer avec certitude. Pour autant, ce n'est certainement pas une raison pour continuer de jouer aux apprentis sorciers avec le climat de la Terre dont l'incroyable stabilité est le garant de la survie de nos sociétés.
En savoir plus
Notes
(1) Webster, P.J., G.J. Holland, et al. 2005. Changes in tropical cyclone number, duration and intensity in a warming environment. Science 309(Sept. 16):1844-1846.
(2) Global Warming: Myth or reality? The erring ways of climatology. Edition Praxis Springer, 2005.
Auteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)
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