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Bilan 2002 / 2003 de la qualité de l’eau potable en France
9858 lectures / 1 commentaire10 septembre 2005, 00 h 13

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Un bilan de la qualité de l’eau distribuée en 2002/2003 vient d'être publié sur le site Internet du ministère de la Santé et des Solidarités, nous vous en proposons ici une synthèse.
L'eau c'est la vie
L'eau constitue est un élément essentiel pour le développement de la vie : l'eau représente 60 % du poids d’un adulte et 75 % de celui d’un nourrisson. Chez l’adulte, l’eau constitue 75 % des muscles et des organes. L’élimination par la voie urinaire, la sudation et la respiration engendre des pertes hydriques de l’ordre de 2,5 litres par jour que l’organisme doit compenser par des apports extérieurs. Ainsi, l’ingestion d’eau quelle que soit sa forme (eau du robinet, eau conditionnée, café, …) doit être au minimum de 1,5 litres par jour. L’eau contenue dans les aliments apporte à l’organisme environ 1 litre par jour.
L'eau constitue en outre une source d'apport en sels minéraux et oligo-éléments indispensables au fonctionnement de l'organisme : calcium, magnésium, chlorures,...
Les risques liés à la consommation d'eau
Actuellement, les principaux risques sanitaires susceptibles d’être engendrés par l’ingestion d’eau du robinet sont de deux types :
- le risque microbiologique : la contamination des eaux par des microorganismes pathogènes (bactéries, virus, parasites) est susceptible de provoquer des cas isolés de gastro-entérites voire une situation épidémique. La contamination microbiologique fait l’objet d’un suivi renforcé par les autorités sanitaires et les responsables de la distribution d’eau, dans la mesure où les effets néfastes sur la santé peuvent apparaître à court terme (quelques heures à quelques jours) et concerner un nombre important de personnes.
Les épidémies d’origine hydrique rapportées en France sont très rares : en moyenne une seule situation épidémique annuelle est rapportée en France au cours des dernières années. Les deux dernières épidémies d’origine hydrique importantes ont été recensées dans l’Ain en 2003 (800 cas de gastro-entérites) et en Saône-et-Loire en 2001 (400 cas de gastro-entérites).
- le risque chimique à moyen ou long terme lié à la présence de substances indésirables ou toxiques. Il est difficile d’évaluer de manière précise les pathologies réellement attribuables à l’eau d’alimentation dans la mesure où la part d’exposition liée à l’eau d’alimentation est souvent limitée et estimée à 10% des apports totaux pour de nombreuses substances chimiques.
Cependant, les effets sur la santé sont connus pour de nombreuses substances chimiques susceptibles d’être présentes dans les eaux : le saturnisme est engendré par le plomb à fortes doses, l’ingestion d’arsenic peut entraîner la survenue de cancer de la peau, la méthémoglobinémie peut être provoquée par l’ingestion de fortes quantités de nitrates, un excès de fluor dans l’eau peut conduire à une fluorose dentaire voire une fluorose osseuse, etc.
Des exigences de qualité basées sur les recommandations de l'OMS
Les exigences de qualité fixées pour l’eau du robinet sont fixées par une directive européenne transposée dans le code de la santé publique. Elles se fondent sur les valeurs guides proposées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière définit une valeur guide comme « étant une estimation de la concentration d’une substance dans l’eau de boisson qui ne présente aucun risque pour la santé d’une personne qui consommerait cette eau pendant toute sa vie. ».
En cas de dépassement des exigences de qualité, les autorités sanitaires évaluent les risques sanitaires et, si nécessaire, peuvent recommander à la population de ne plus consommer l’eau du réseau public pour les usages alimentaires.
Les risques sanitaires engendrés par des microorganismes pathogènes ou des substances chimiques ne sont pas spécifiques aux eaux du robinet mais peuvent également concerner les eaux conditionnées. C’est pourquoi des exigences de qualité sont également fixées pour les eaux conditionnées (eau minérale, eau de source).
Quelques recommandations dans la consommation d'eau du robinet
Le goût de chlore fait parfois que l’eau du robinet est injustement qualifiée comme étant de mauvaise qualité, notamment en raison de son goût. Toutefois, quelques règles de consommation très simples à mettre en oeuvre permettent de l’améliorer. Pour éliminer l’éventuel goût de chlore de l’eau, il convient de laisser l’eau quelques heures au réfrigérateur dans un récipient propre et fermé (bouteille, carafe).
Avant de remplir ce récipient et lorsque l’eau a stagné longtemps dans les canalisations (par exemple le matin au réveil ou après une journée de travail), il est recommandé de laisser couler l’eau quelques instants. Une vaisselle préalable, voire une douche si la salle d’eau est alimentée par la même colonne montante que la cuisine, permet d’éliminer l’eau ayant stagné dans les tuyaux sans la gaspiller. Cette pratique assure l’élimination de la plus grande partie des éléments métalliques dissous dans l’eau.
Il est également déconseillé d’utiliser l’eau chaude du robinet pour la préparation des denrées alimentaires (café, thé, cuisson des légumes et des pâtes…) dans la mesure où une température élevée de l’eau favorise la migration des métaux constitutifs des canalisations dans l’eau.
De nombreux petits captages d’eau souterraine
La desserte en eau potable des habitations a débuté à la fin du XIXème siècle dans les zones les plus urbanisées. L’adduction en eau potable de l’habitat dans les zones rurales dispersées s’est développée plus tardivement et a connu un essor important entre 1960 et 1970.
Actuellement, la quasi-totalité de la population française est desservie par le réseau public d’eau potable.
L’eau potable qui arrive aux robinets des usagers est prélevée dans le milieu naturel (nappe d’eau souterraine, rivière, etc). Elle subit éventuellement un traitement dans une station de traitement d’eau potable avant d’être mise en distribution dans le réseau public.
6,5 milliards de mètres cubes (m3) d’eau sont prélevés annuellement dans le milieu naturel par près de 30 000 captages pour produire de l’eau potable.
15 000 stations de traitement d’eau potable
Avant d’être distribuées, les eaux brutes captées subissent des traitements, plus ou moins complexes selon la qualité des eaux, destinés à éliminer les éventuels polluants et à garantir la qualité de l’eau potable dans les réseaux, jusqu’au robinet du consommateur.
Plus de 15 000 stations de traitement assurent, quotidiennement, le traitement de 16 millions de mètres cubes d’eau brute.
La majorité des stations de traitement sont de petite taille et traitent des eaux d’origine souterraine.
Ainsi, la moitié des stations de traitement a une capacité de production inférieure à 100 m3/jour.
Ces dernières utilisent généralement des techniques de traitement simples (exemple : filtration rapide et désinfection des eaux). A l’opposé, quelques centaines de stations de traitement de grande capacité concernent une part importante de la production totale : la moitié des débits d’eau produits est traitée par moins de 2% des stations de traitement. Ces installations font appel aux systèmes de traitement les plus complets et traitent généralement des eaux d’origine superficielle.
27 000 unités de distribution d’eau
De la station de traitement (ou du captage lorsqu’il n’y a pas de traitement) jusqu’au robinet de l’usager, l’eau est acheminée par un réseau de distribution comprenant des réservoirs (châteaux d’eau, …), des canalisations et divers équipements (surpresseurs,…).
La notion d’unité de distribution désigne le réseau de distribution délivrant une eau de qualité homogène. On recense 26 845 unités de distribution (UDI) en France.
A l’instar des captages, des disparités géographiques importantes sont observées notamment entre les zones de forte densité urbaine et les zones de massifs montagneux moins densément peuplées : le nombre d’UDI par département varie de moins de 10 à près de 900.
La qualité de l'eau potable en France
Deux rapports publiés par la Direction générale de la Santé mettent en évidence la bonne qualité de l’eau d’alimentation vis-à-vis des exigences de qualité microbiologique et physicochimique (nitrates et pesticides), en particulier dans les grandes unités de distribution d’eau et dans les zones où les ressources en eau sont exemptes de pollution.
Tous les paramètres pris en compte (microbiologiques et physico-chimiques), le taux de conformité est de l’ordre de 99% pour les unités de distribution de plus de 5 000 habitants.
Cependant, dans certaines zones du territoire, la qualité de l’eau délivrée aux consommateurs n’est pas en permanence conforme aux exigences de qualité fixées par la réglementation. Cette
situation est observée, en particulier :
- lorsque la ressource utilisée pour la production d’eau potable est polluée et que les traitements
nécessaires à la potabilisation de l’eau n’ont pas été mis en place ;
- dans des petites unités de distribution où les équipements sont à un niveau insuffisant et où l’organisation de l’alimentation en eau potable mérite d’être renforcée.
Ainsi, la consommation de l’eau du robinet a dû être interdite dans quelques zones concernant 30 départements ; ces situations anormales ont concerné 164 000 personnes en 2003 (0,3 % de la population française) contre 416 000 entre janvier 1999 et septembre 2001.
Les principaux résultats du contrôle des paramètres microbiologiques en 2002 sont les suivants :
- 55 millions d’habitants ont été alimentés par une eau respectant les limites de qualité microbiologique. 5,8% de la population a reçu de l’eau dont la qualité n’a pas été conforme en permanence aux limites de qualité microbiologique ;
- 95,9% des prélèvements réalisés dans les UDI étaient conformes aux limites de qualité microbiologique. 99,7% des prélèvements étaient conformes pour les UDI de plus de 50 000 habitants contre 85,8% pour les UDI de moins de 500 habitants.
Les principales causes de non-conformités microbiologiques sont la contamination de certains captages d’eau et/ou la défaillance des systèmes de traitement d’eau. Toutefois, la qualité microbiologique des eaux d’alimentation s’améliore, en témoigne le taux de conformité qui a progressé de près de 10% au cours des dix dernières années.
Les principaux résultats du contrôle des nitrates en 2002 sont les suivants :
- 98% des débits d’eau produits étaient conformes à la limite de qualité de 50 mg/L ;
- des teneurs en nitrates comprises entre 40 et 50 mg/L ont été constatées dans 5,6% des installations de production. De telles teneurs en nitrates dénotent l’état d’une ressource fortement dégradée susceptible de devenir prochainement impropre à la consommation humaine en l’absence de mise en oeuvre de mesures adaptées (protection de la ressource, abandon du captage, mélange d’eau, traitement, etc) ;
- le taux de non-conformité des eaux produites à partir d’eau souterraine est supérieur d’un facteur 36 à celui des eaux produites à partir d’eau de surface.
Dans certains départements, la qualité de l’eau distribuée s’est nettement améliorée au cours des dernières années vis-à-vis des teneurs en nitrates, en raison notamment de l’abandon de l’exploitation des captages d’eau les plus pollués au profit de nouvelles ressources, de la protection des ressources en eau, de la mise en place de traitements adaptés ou d’un raccordement à un autre réseau d’adduction de meilleure qualité. A titre d’exemple, en Bretagne, ces mesures concomitamment au régime climatique favorable de ces dernières années, ont eu pour conséquence de faire baisser la proportion de la population ayant reçu de l’eau dont la qualité était non-conforme, une fois ou plus vis-à-vis des nitrates, de 13,3% en 1999 à 1,3% en 2004.
Le cas des pesticides
Afin de mieux évaluer la fréquence et le niveau de conformité aux limites de qualité, un nombre de plus en plus important de pesticides est recherché dans les eaux mises en distribution : de 217 pesticides recherchés en 1997, ce nombre est passé à 285 en 2001 puis à 369 en 2003.
332 pesticides sur les 369 recherchés ont été détectés dans les eaux mises en distribution au cours de la période 2001 à 2003. Ces détections représentaient 11,7% des mesures. L’atrazine et l’atrazine-déséthyl étaient les pesticides le plus souvent détectés (plus de 10 000 détections) suivis par la simazine (2 100 détections).
99,0% des mesures réalisées dans les eaux mises en distribution mettaient en évidence une absence de pesticides ou une présence de pesticides à des teneurs inférieures à la limite de qualité réglementaire entre 2001 et 2003. Les mesures réalisées sur les eaux mises en distribution d’origine souterraine se sont avérées conformes dans 98,9% des cas, contre 99,8% pour celles d’origine superficielle.
La qualité de l’eau vis-à-vis du paramètre pesticides s’améliore depuis quelques années en raison notamment :
- du renforcement des mesures de lutte contre les pollutions diffuses et de la mise en oeuvre par les collectivités d’actions visant à protéger les captages d’eau ;
- de l’évolution des pratiques d’utilisation des pesticides par certains acteurs (agriculteurs, collectivités locales…) ;
- de l’abandon des captages d’eau les plus pollués ;
- de la mise en oeuvre de traitements spécifiques des eaux (filtration sur charbon actif, rétention membranaire…) ou de mélanges d’eau, quand cela s’avère nécessaire.
Cependant, dans certaines zones, des efforts importants doivent être engagés ou poursuivis afin de rétablir rapidement la qualité de l’eau.
D’une manière générale, les pesticides ont été davantage détectés dans les eaux d’origine superficielle que dans celles d’origine souterraine. En revanche, les dépassements des limites de qualité ont été plus souvent observés pour des eaux d’origine souterraine. Cette situation s’explique par le fait que :
- la production d’eau d’alimentation à partir d’eau d’origine superficielle implique généralement, par la qualité des eaux brutes, la mise en oeuvre d’un traitement plus poussé, incluant éventuellement l’élimination des pesticides ;
- des petits captages d’eau souterraine sont contaminés et les collectivités gestionnaires, souvent de petite taille, n’ont pas mis en place à ce jour les mesures correctives nécessaires.
Cet état des lieux met en évidence que l’eau du robinet était en 2003 globalement de bonne qualité vis-à-vis des pesticides. 91% de la population, soit plus de 51 millions d’habitants, était alimentée par une eau dont la teneur en pesticides était conforme en permanence aux limites de qualité réglementaire. Cette situation concernait 16 979 unités de distribution d’eau.
4,6 millions d'analyses efectuées
Pour contrôler la qualité sanitaire des eaux d’alimentation fournies par les réseaux de distribution publique, 4,6 millions d’analyses sont réalisées chaque année par des laboratoires agréés sous la responsabilité des services déconcentrés du ministère chargé de la Santé (DDASS).
Ces analyses portent sur des paramètres microbiologiques et physico-chimiques. La qualité de l’eau est déterminée en comparant les résultats d’analyses aux exigences de qualité réglementaires fixées pour 54 paramètres.
Améliorer la qualité de l’eau potable en préservant les captages d’eau des pollutions ponctuelles et diffuses est une action prioritaire du Plan National Santé-Environnement adopté en juin 2004 par le gouvernement. Dans ce cadre, le ministère de la Santé et des Solidarités a chargé les préfets, par circulaire du 31 janvier 2005, d’élaborer un plan d’action départemental visant d’ici 2010 à instaurer des périmètres de protection pour l’ensemble des captages utilisés pour la production d’eau potable.
En savoir plus
Dossiers sur
la qualité et la legislation sur les eaux d'alimentation par le Ministère de la santé et des solidarités
Auteur
Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 10 septembre 2005, 00 h 13 - Tous droits réservés
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