La Nouvelle-Orléans sous les eauxcrédit : REUTERS
Après le passage du cyclone tropical majeur Katrina, une vaste région de 235 000 kilomètres carrés soit l'équivalent de la moitié de la France, allant de la Louisiane à l'Alabama en passant par le Mississippi est dévastée.
Ce désastre est "une des pires catastrophes naturelles de l'histoire" du pays, a estimé le président américain George W. Bush qui a ajouté que "le retour à la normale prendra du temps. Il prendra des années (...) Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le terrain sont sans précédent".
Dans le Mississippi, la côte a été dévastée sur au moins 40 à 50 km de long, selon le gouverneur de l'Etat, Harley Barbour. "Le long de la plage, tous les bâtiments se sont effondrés", a-t-il dit sur la chaîne de télévision NBC.
Des milliers de morts
Le dernier bilan officiel (au 02 février 2006) est de 1 300 morts. Un comté du Mississipi a dénombré à lui seul 200 morts, et selon la sénatrice Mary Landrieu, Katrina aurait fait 50 à 100 morts au moins à La Nouvelle-Orléans.
Le Pentagone a envoyé six navires, certains équipés d'hôpitaux, des hélicoptères et huit équipes de sauveteurs spécialisés, dans les régions du sud des Etats-Unis, selon le Commandement Nord (USNORTHCOM).
Des dizaines de milliers de réfugiés
Plus de 78 000 personnes sont dans des abris d'urgence et plusieurs dizaines de milliers de maisons et de commerces sont trop abîmés pour être réparés, a déclaré Bush après avoir survolé les zones sinistrées.
Un convoi de cars fournis par l'administration pénitentiaire est arrivé au pied du Superdome, stade couvert où se sont réfugiées 23 000 personnes qui seront acheminées vers l'Astrodome de Houston, à plus de 500 km de là.
"Il faudra probablement de 12 à 16 semaines pour que les habitants de La Nouvelle-Orléans puissent regagner leurs logements dans les zones inondées", a déclaré son maire, Ray Nagin, sur la chaîne de télévision ABC. Des cadavres flottent dans les rues de la ville et risquent de poser rapidement "de graves problèmes de santé publique", a-t-il précisé.
Un million de personnes ont fui la région avant l'arrivée de Katrina, et près de 300 000 personnes seraient toujours en attente d'évacuation.
Le président américain a précisé que les efforts étaient actuellement concentrés sur "trois priorités". "Notre première priorité est de sauver des vies. Nous aidons les responsables locaux à La Nouvelle-Orléans à évacuer les citoyens qui restent dans la zone affectée", a-t-il dit. "Notre deuxième priorité est de fournir de la nourriture, de l'eau et un abri aux citoyens déplacés", a-t-il ajouté. La troisième priorité est de "rétablir l'électricité et les lignes de communication qui ont été anéanties pendant le cyclone".
Au total, près de cinq millions de personnes sont privées d'électricité et la reprise du service pourrait prendre plusieurs semaines. Plusieurs millions d'abonnés étaient par ailleurs privés de téléphone.
Le chaos s'installe
"C'est vraiment le chaos pour le moment", a reconnu le directeur de la police de Louisiane, H.L. Whitehorn.
Les rues de la Nouvelle-Orléans sont sillonnées par des gens assoiffés et affamés, et par des bandes de pillards armés qui n'hésitent pas à faire feu sur les habitants et les autorités. Celles-ci mettent à sac les boutiques du centre-ville. Les armes d'un supermarché Wal-Mart auraient entièrement disparu, un cauchemar pour la police. A l'entrée de la ville, sur la seule route partiellement inondée qui permet encore d'accéder à La Nouvelle-Orléans, un policier prévient : «Faites très attention, c'est la folie, ils tirent sur les journalistes, les flics, et même les secours.»
Avec l'importance des pillages et des tensions entre les habitants des villes sinistrées, les gouverneurs des Etats touchés ont ordonné le déploiement de 40 000 Gardes nationaux supplémentaires actuellement en route, ce qui portera à 50 000 le nombre total de Gardes nationaux mobilisés. De plus, 300 soldats qui reviennent de l'Irak ont été déployés dans la ville avec ordre de tirer à vue sur les pillards : "«Ils ont des (fusils d'assaut) M-16, chargés. Ils savent comment tirer et tuer et sont plus que volontaires pour le faire si nécessaire et j'espère qu'ils le feront», a déclaré Mme Blanco, d'un ton ferme.
Par exemple, de nombreux magasins d'alimentation, d'électronique, des bijouteries ont vu leurs vitrines et leurs portes défoncées à la Nouvelle-Orléans. Des pillards sortaient tranquillement des magasins les bras pleins, des scènes qui ont semé l'angoisse dans cette ville connue pour son amour du jazz et sa décontraction.
Les baguarres se multiplient dans une ville où il est maintenant question de survivre puisqu'il n'y a plus d'eau potable, pas de nourriture et un risque sanitaire grandissant. Ainsi, l'administration Bush a déclaré l'état d'urgence sanitaire dans les secteurs touchés, par crainte de maladies.
Les eaux cessent de monter
Le niveau de l'eau ayant envahi La Nouvelle-Orléans s'est stabilisé, selon le général Dan Riley, du corps du Génie de l'armée américaine. "Le niveau de l'eau du lac (Pontchartrain, situé au nord de la ville) est désormais le même que l'eau" à La Nouvelle-Orléans, "ce qui signifie que l'eau n'entrera pas davantage dans la ville, sauf à la marée haute", a-t-il précisé. L'armée américaine a entrepris d'endiguer les eaux déversées par le lac Pontchartrain du fait des brèches apparues dans les digues protégeant la ville. Rappelons en effet que la majeure partie de la Nouvelle-Orléans est située en-dessous du niveau de la mer. Deux digues, une de 7m et une autre de 5,5 m protégent la ville respectivement du fleuve Mississippi et du Lac Pontchartrain.
Le potentiel productif énergétique sinistré
Selon les garde-côtes américains, une vingtaine de plate-forme pétrolières ont disparu dans le Golfe du Mexique et un gazoduc percé a pris feu. Elles ont coulé ou se sont détachées de leur ancrage et dérivent.
711 plate-formes et puits pétroliers ont été fermés dans le Golfe du Mexique.
88,53% de la production normale américaine de pétrole brut dans le golfe du Mexique (qui représente un quart de la production du pays) est arrêté depuis le passage du cyclone. Les dégâts subis par les plateformes ne manqueront pas d'entraîner une pollution importante des eaux...
"Il faut que les citoyens comprennent que le cyclone a perturbé la capacité à produire de l'essence et à la distribuer", a dit le président Bush.
Il a par ailleurs confirmé avoir ordonné au ministère de l'énergie de prêter du pétrole tiré des réserves stratégiques du pays aux raffineries qui en feront la demande afin qu'elles puissent "répondre à toute pénurie". Ces réserves sont utilisées en cas d'urgence et pour faire face à une interruption momentanée de l'approvisionnement en brut du pays.
L'agence nationale pour la protection de l'environnement a également levé temporairement les restrictions sur les émissions nocives pour "pouvoir fabriquer plus d'essence et de diesel à travers le pays".
Depuis que les infrastructures de production ont été mises hors service dans le golfe du Mexique, le cours du baril de pétrole a atteint plus de 70 dollars.
135 milliards de dollars de dégâts
L'ouragan Katrina a été le plus coûteux de l'histoire des Etats-Unis avec un record de 135 milliards de dollars de dégâts. Le précédent record était tenu par le cyclone Andrew en 1992 avec 22 milliards de dollars.
Ces dégâts se répartissent de la façon suivante: de 17 à 33 milliards de dollars pour les logements ; de 5 à 9 milliards pour les biens de consommation durables ; de 18 à 31 milliards pour le secteur de l'énergie ; de 16 à 32 milliards pour le reste du secteur privé ; de 13 à 25 milliards pour les infrastructures publiques.
Le changement climatique pourrait avoir joué un rôle
Une des conséquences du changement climatique en cours est l'accentuation de la fréquence, de l'intensité et de la durée des phénomènes extrêmes (canicules, inondations, sécheresses, cyclone...).
En effet, sur l'océan atlantique la température de l'eau est de 1 à 2°C plus chaude que la normale, la formation précoce des cyclones en est donc favorisée puisqu'elle nécessite une température de l'eau supérieure à 27°C sur au moins 50 m de profondeur.
Normalement, le fort de la saison cyclonique se situe plutôt en août et septembre alors que depuis juillet des cyclones intenses sont apparus.
Selon les météorologues, encore 7 à 9 cyclones pourraient frapper d'ici à l'automne les Caraïbes et le sud-est des Etats-Unis...
En savoir plus
Le puissant ouragan Katrina atteint la Louisiane
Impacts environnementaux de Katrina (en anglais)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)