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La qualité des eaux en France ne satisfait pas aux objectifs européens
9385 lectures07 juin 2005, 19 h 32

station d'analyse de l'eau sur la Marne
crédit : notre-planete.info
La directive-cadre européenne de 2000 impose aux Etats Membres d'obtenir un "bon état" écologique et chimique de l'eau d'ici à 2015.
Or, cet objectif sera impossible à tenir en France selon un rapport sur la qualité de l'eau du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) rendu public le 6 juin et réalisé sous la direction de Jean-Claude Lefeuvre, professeur émérite au Muséum, et président du comité scientifique du WWF.
"Je pense que, sans mesures complémentaires, dans l'hypothèse la plus optimiste, moins de 50 % des masses d'eau (de surface et souterraines) pourront atteindre un bon état écologique en 2015. Et seulement 25 % dans l'hypothèse la plus pessimiste, explique Jean-Claude Lefeuvre. Ce bilan indique que l'eau s'est perpétuellement dégradée en raison d'une action insuffisante depuis trente ans."
Les chercheurs à l'origine de ce bilan notent qu'"aujourd'hui, 50 % à 75 % des masses d'eau de surface et souterraines sont gravement dégradées." Si l'on considère les données, 25 % des masses d'eau sont dans un bon état probable, 25 % sont classées à risque, 23 % relèvent de la catégorie "doute" (par absence de données ou incertitudes), et 27 % sont des eaux artificielles ou fortement modifiées (comme les lacs de retenue des barrages). Ces dernières ne pourront jamais atteindre l'objectif de bon état écologique."
L'étude du Muséum s'est appuyée sur les résultats d'analyses effectuées pendant un an auprès de cinq des six Agences de l'eau françaises par les agences de l'eau sur six grands bassins : Adour-Garonne, Artois-Picardie, Loire-Bretagne, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée-Corse et Seine-Normandie. Ces données ont été analysées et complétées par les scientifiques du MNHN et de l'Institut de recherche pour le développement (IRD).
Des niveaux de pollution importants sont constatés sur ces différents bassins au niveau des nitrates et des pesticides :
- les eaux du bassin Artois-Picardie sont polluées à 38 %
"L'état des lieux est alarmant en Artois-Picardie, où 100 % des eaux souterraines, utilisées entre autres pour l'alimentation en eau potable, sont classées à risque" , estiment les auteurs du rapport.
- celles de Loire-Bretagne sont atteintes à 35 %
- celles de Rhin-Meuse à 45 % (69% pour les eaux souterraines)
- les eaux souterraines du bassin de Seine-Normandie sont polluées à 83 %
Les nitrates proviennent des engrais et des déjections des élevages. Les pesticides sont des produits chimiques utilisés massivement dans une lutte controversée contre les nuisibles et les maladies qui affectent les cultures.
Pour autant, ce constat assez alarmiste, ne prend pas en compte un certain nombre de d'éléments d'origine microbiologique. "L'état des lieux, aussi inquiétant soit-il, exclut en effet deux causes importantes de pollution de l'eau, dont les impacts sur la santé humaine, les populations animales et les écosystèmes sont avérés."
Parmi les micropolluants émergents, on peut citer certains produits de dégradation des pesticides, des substances pharmaceutiques (plus de 3000), des phtalates (présents dans les plastiques), des retardateurs de flamme bromés (utilisés dans les équipements électriques et électroniques), des molécules de substitution de pesticides, et des dioxines. A cela il faut ajouter les polluants d'origine microbiologique comme les micro-algues (cyanobactéries). "On n'a pas mis en place les structures qui permettent de mesurer [ces] autres polluants, a estimé le professeur Lefeuvre. Cela implique des laboratoires performants, du matériel et de l'argent."
Ces algues émettent des toxines qui sont nuisibles aux organismes aquatiques. Les cyanotoxines, par exemple, s'accumulent tout au long de la chaîne trophique aquatique. Des animaux non aquatiques (bétail, oiseaux) peuvent donc être contaminés en s'alimentant d'animaux aquatiques ou en buvant.
En mars 2003, un rapport parlementaire rédigé par des députés et sénateurs membres de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques notait que la dégradation de la qualité de l'eau "est quasi générale" en France.
Cette étude sur "la qualité de l'eau et de l'assainissement en France" révèlait l'échec des actions publiques menées depuis 40 ans pour protéger l'eau et pointait du doigt l'agriculture. En effet, alors que l'agriculture biologique peine à se trouver un marché, l'agriculture intensive, l'épandage massif de pesticides et d'intrants, le démembrement, l'érosion des sols, l'asséchement des dernières zones humides génèrent inévitablement une pollution qui devient insoutenable.
Notons que les zones humides couvrent aujourd'hui dans le monde entre 748 et 778 millions d'hectares. Au cours des cinquante dernières années, le drainage, la pollution, l'irrigation, les guerres et le changement climatique ont entraîné la disparition de 50% de ces zones humides.
Notons à titre anecdotique que certains producteurs d'eau de source en bouteille refusent que les terrains qui couvrent les réserves d'eau soient exposées aux polluants de l'agriculture intensive. Ils achètent donc ces terrains ou y favorisent l'agriculture biologique...
En juillet 2004, le 6ème rapport annuel sur les pesticides dans les eaux, publié par l'Institut français de l'environnement (Ifen), mettait en évidence la présence de pesticides dans 75%des points de mesure de la qualité des milieux aquatiques en 2002.
Auteur
Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés
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