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Les changements d'occupation des sols de 1990 à 2000 en France
20702 lectures / 1 commentaire14 avril 2005, 10 h 40
En France, les paysages agricoles, forestiers et naturels prédominent. Entre 1990 et 2000, 2% du territoire a changé de mode d’utilisation. Les paysages urbains ont progressé de manière significative, alors que les prairies et les territoires agricoles hétérogènes comme les bocages ont régressé. Ces changements touchent les paysages et le cadre de vie, ils concernent aussi les habitats de la faune et de la flore.
Les paysages ruraux dominent le territoire français, ils occupent 95 % de la superficie totale. Selon la nomenclature de CORINE Land Cover (CLC) :
- les terres agricoles couvrent 59% du territoire
- les forêts 26%,
- les milieux semi-naturels, zones humides et milieux aquatiques 10%.
Ils remplissent des fonctions indissociables de maintien des ressources naturelles, de production agricole et de cadre de vie de la population française.
La combinaison des caractéristiques naturelles (géologie, pédologie, hydrologie, relief) et des activités humaines détermine les modes d’occupation des terres dont le résultat est une mosaïque de paysages, facteur clé de la biodiversité.
Les prairies et les zones hétérogènes diminuent
L’espace agricole représente 59 % du territoire. Il est dominé par les terres arables (30 % du total), principalement concentrées dans les Bassins parisien et aquitain.
Les prairies (16 %) sont très présentes en Normandie, dans le Massif central, les Vosges et le Jura. Les « systèmes culturaux et parcellaires complexes », où l’on trouve les espaces hétérogènes comme les bocages et les zones de maraîchage, représentent 13 % du territoire et sont surtout présents en Bretagne, dans le Massif central et sur les côteaux du Sud-Ouest, de la Saintonge aux Pyrénées.
De 1990 à 2000, les zones de prairies diminuent de 0,8%. Ce recul se fait au profit des terres arables aux confins du Bassin parisien et du Massif central, et surtout à l’est, en Lorraine. Le mouvement inverse existe également, mais de bien moindre ampleur, avec les transformations de terres arables en prairies dans la Sarthe et la Touraine, l’est de la Sologne et les Ardennes.
Ailleurs, c’est un grignotage généralisé des prairies qui se fait le plus souvent par artificialisation au voisinage de zones urbaines ou pour construire des infrastructures.
Les zones agricoles hétérogènes se sont réduites de 0,7%. Les pertes sont assez générales, mais sont particulièrement importantes en Bretagne, en Aquitaine, et sur la façade méditerranéenne.
Au-delà de leur caractère identitaire et patrimonial important, l’organisation « en mailles » des systèmes de prairies et bocages leur confère une fonction multiple de protection des sols contre l’érosion, de rétention des eaux de ruissellement, de préservation contre les pollutions diffuses et d’habitat propice à la diversité de la faune et de la flore.
Leur régression au profit de sols « dénudés » ou artificialisés constitue un facteur aggravant de l’érosion ou des inondations ainsi qu’une perte en capital naturel. Les effets en deviennent évidents en situation de crise.
L’évolution de la forêt
Les forêts et milieux semi-naturels couvrent 35% du territoire métropolitain. Au sein des forêts proprement dites, ce sont les feuillus qui dominent (61%), notamment dans les bordures des couronnes sédimentaires du Bassin parisien. Les résineux (26%) occupent surtout les Landes et les massifs montagneux. Les 13% de forêts restants sont composés de peuplements mixtes. Les Landes, la partie est du Bassin parisien et le Massif central sont des grands espaces d’exploitation forestière.
Au cours des années 90, la superficie forestière a continué de progresser, notamment en feuillus. Les milieux semi-naturels, hors forêts, sont essentiellement constitués de pelouses, alpages et pâturages naturels. La connexion de ces vastes ensembles permet de conjuguer les fonctions de rétention des sols, de protection du réseau hydrographique et d’habitat et de circulation d’une faune variée.
La perte d’usage agricole des sols concerne les zones de piémont ou sols pauvres, abandonnés en raison de leur faible rentabilité. En 10 ans, 0,04% des terres cultivées ont évolué en milieux semi-naturels et forestiers.
Inversement, 0,14% des forêts et des espaces semi-naturels sont devenus des territoires agricoles. La forêt méditerranéenne a progressé sur les terrasses abandonnées et regagné des zones incendiées.
Les premières étapes de colonisation par la forêt peuvent être bénéfiques à l’enrichissement de la biodiversité en créant des interfaces propices aux échanges naturels.
L’abandon d’usage agricole ou l’absence d’exploitation forestière est un facteur de destructuration territoriale et peut contribuer à l’aggravation des risques de feux de forêt.
L’étalement urbain…
L’essentiel de la population française est particulièrement concerné par ce qui se joue sur une portion réduite du territoire : 4,8 % de la surface sont, en 2000, sous emprise urbaine. L’armature urbaine, constituée d’un semis plus ou moins dense de villes moyennes et de grandes agglomérations reliées par les principales infrastructures de transports, augmente partout.
L’artificialisation a évolué de + 4,8 % en 10 ans. La périurbanisation s’étale sur les zones résidentielles, les aires d’activités et de loisirs et les routes. La couronne parisienne, l’Ouest breton, la plaine d’Alsace, le couloir rhodanien, le littoral méditerranéen sont les régions les plus touchées. L’artificialisation est souvent une transformation irréversible des sols, leur reconquête par l’agriculture ou la végétation naturelle est très marginale.
Sont en jeu le maintien de la biodiversité, la qualité des paysages périurbains, la préservation des milieux fragiles, surtout les cours d’eau, les zones humides et les espaces littoraux.
… sur les terres agricoles
La diffusion de l’artificialisation au sein du paysage rural est générale. Les espaces les plus atteints par la progression urbaine sont les systèmes culturaux et parcellaires complexes et les prairies, ainsi que les terres arables. Les cultures permanentes sont touchées à proximité des agglomérations en croissance, en Provence, dans le Bordelais, le long de la Loire…
La pression foncière induit une spéculation incitant les propriétaires terriens à vendre des terrains agricoles. Le mitage aboutit à une imbrication progressive de l’urbain dans le rural. Aux marges des villes, le territoire, devenu moins homogène, favorise le développement des conflits d’usage notamment entre les espaces résidentiel, agricole, public et naturel.
Les enjeux relèvent des risques naturels (glissements de terrains, coulées boueuses, inondations) liés à la progression de l’habitat dans des zones exposées et à l’imperméabilisation des sols. L’artificialisation est aussi un facteur d’augmentation des sources de pollutions diffuses des eaux.
… le long des axes de communication
L’intensification des déplacements ne se limite pas à l’intérieur des agglomérations, mais contribue à la création d’espaces de transit interurbains, devenus de véritables corridors. Cette tendance à s’affranchir des contraintes géographiques locales se généralise.
Les axes fluviaux ont été de tout temps le support des échanges sociaux et économiques, à des degrés divers selon l’intensité des échanges et selon leur capacité navigable, comme l’indiquent les formes urbaines. Les vallées de la Moselle, de la Lys ou de l’Escaut sont très anthropisées depuis la révolution industrielle, la ville y est quasi continue, tandis que la vallée de la Loire a connu une dispersion de petites et moyennes agglomérations.
La pression se confirme dans les vallées alluviales, dont certaines se transforment en corridors urbains, autour de l’agglomération parisienne (Seine, Marne, Oise et Aisne), les vallées du Rhône, de la Loire, de la Durance…Dans ce contexte, la vulnérabilité aux inondations s’accroît.
Les infrastructures de transports routier, ferroviaire, aéroportuaire et portuaire enregistrent une croissance particulièrement vive (+ 12%). Les constructions de grandes infrastructures linéaires et les implantations d’activités qui les accompagnent fragmentent le territoire. Les axes Paris-Lille, Bordeaux-Clermont-Ferrand, Laval-Rennes, Le Mans-La-Roche-sur-Yon, Brignoles-Nice, Brive-Toulouse-Tarbes, Montpellier-Millau, voire la basse plaine rhodanienne deviennent des« couloirs » artificialisés.
… et du littoral
L’espace littoral a enregistré en dix ans, de façon générale, une urbanisation croissante. Les secteurs les plus concernés se retrouvent au niveau des rivages atlantiques : la Vendée, la partie sud des Landes, le golfe du Morbihan… et de ceux de la Manche : Côtes-d’Armor, ouest du Cotentin, côtes de Nacre et d’Opale.
Tout le long de la façade méditerranéenne, de Nîmes à Narbonne ou de Toulon à Nice, un corridor « artificiel » se densifie, gagne sur l’arrière-pays et menace des milieux fragiles, victimes de leur attractivité.
La France dans le territoire européen
Les évolutions au sein des territoires agricoles français s’inscrivent dans les tendances européennes, telles du moins qu’elles ressortent des résultats partiels et provisoires disponibles.
Les prairies, les territoires agricoles complexes et les cultures permanentes ont reculé en France comme en Europe. Ce recul affecte de l’ordre de 0,20% de l’ensemble de leur territoire respectif ; il s’accompagne d’évolutions antagonistes, notamment aux confins des grandes régions céréalières.
La forêt gagne du terrain en France, alors qu’elle en perd dans de nombreux pays.
Par contre, les végétations arbustives progressent de façon générale, mais pas en France.
L’artificialisation progresse en Europe plus vite qu’en France. En 10 ans, elle s’est étalée sur 0,26 % du territoire européen contre 0,20 % pour la France. Elle s’étend dans les grandes plaines, surtout des Pays-Bas jusqu’à l’est de l’Allemagne et dans la vallée du Pô. Elle s’intensifie dans les zones littorales.
Notes
Corine Land Cover est une base géographique qui décrit l’ensemble du territoire de l’Europe. Elle fournit aux experts du domaine de l’environnement, comme aux gestionnaires et utilisateurs de l’espace, des informations sur la diversité et l’organisation des grands systèmes paysagers.
Liens
Consulter le document
"Les Données de l'environnement n°101" consacré aux changements d'occupation des sols de 1990 à 2000 (format PDF)
Auteur
Observations et Statistiques de l'Environnement ; date originale : 14 avril 2005, 10 h 40
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
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