Plus de 1000 chercheurs, responsables politiques et représentants du secteur privé se réuniront du 24 au 28 janvier, au siège de l’UNESCO, à l’occasion d’une Conférence internationale sur la biodiversité : science et gouvernance, dont l’objectif est de tenter d’enrayer le taux alarmant d’extinction d’espèces vivantes et la destruction de leurs écosystèmes.
L’un des principaux objectifs de la conférence, organisée sous les auspices de Jacques Chirac, Président de la République française, et de Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO, est d’évaluer les connaissances actuelles et de définir les besoins en termes de recherche et d’expertise scientifique.
Bien que 170 pays aient ratifié la Convention de 1992 sur la diversité biologique et que la communauté internationale se soit fortement engagée lors du Sommet mondial sur le développement durable (Johannesburg, Afrique du Sud, 2002) à réduire de façon significative l’érosion de la biodiversité d’ici 2010, de nombreuses espèces animales et végétales restent menacées d’extinction.
La biodiversité ne prend toutefois pas seulement en compte les espèces vivantes mais aussi toute la gamme des écosystèmes qu’elles constituent. La disparition d’écosystèmes, les récifs coralliens par exemple, est apparue comme un facteur augmentant la vulnérabilité des zones côtières en cas de catastrophes naturelles telles que le tsunami qui a frappé l’océan Indien le mois dernier.
Les enjeux de la conférence biodiversité
La conférence « Biodiversité : science et gouvernance » s’inscrit dans le processus global destiné à réduire l’érosion de la biodiversité de façon significative d’ici 2010. La conférence
rassemble des scientifiques et des acteurs de la biodiversité du monde entier hors des
agendas institutionnels pour favoriser les échanges.
La conférence vise cinq objectifs :
- Faire le point des connaissances de la biodiversité, présenter l’état des lieux de son
évolution, des causes et des conséquences de son érosion et dresser un bilan des outils de
sa gestion et de sa conservation.
> Les résultats attendus de cet état des lieux sont une meilleure prise de conscience
de l’opinion, l’aide à la décision des acteurs et la mesure des efforts de recherche
nécessaires pour combler les lacunes.
- Mettre en lumière les démarches scientifiques, les théories, les méthodes et les outils constituant les programmes de recherche de l’avenir.
> Les résultats attendus de cette identification sont le renforcement des recherches,
la compréhension et le soutien d’approches nouvelles et la promotion de
collaborations internationales. Ceci doit contribuer à une meilleure prise en compte des recherches sur la biodiversité dans les programmes mondiaux, régionaux et
nationaux, en particulier, à la définition des axes du 7ème Programme Cadre de
Recherche et Développement européen.
- Explorer la question de l’expertise scientifique internationale, la façon de la produire, de
la valider et de la diffuser.
> Le résultat attendu est une méthode de travail internationale en vue de la création
d’un mécanisme intergouvernemental d’expertise de l’évolution de la biodiversité.
- Promouvoir la prise en compte des enjeux de la biodiversité dans les stratégies et les
politiques des entreprises pour un partenariat effectif entre utilisateurs de la biodiversité
tant en ce qui concerne l’impact des activités sur le milieu naturel que la valorisation des
ressources vivantes.
> Le résultat attendu est un engagement volontaire des entreprises en faveur d’un
partage équitable des bénéfices issus des ressources vivantes avec en particulier les
populations locales et un code de bonnes pratiques pour l’impact des infrastructures
industrielles.
- Susciter des initiatives nouvelles publiques et privées par le partage et l’évaluation des
expériences et la diffusion des exemples.
> Les résultats attendus sont la diffusion et la multiplication des actions, qu’il
s’agisse du bon usage des savoirs et des observations locales, des actions pilotes,
des dispositions réglementaires ou des instruments économiques.
Pourquoi « sauver » la biodiversité ?
Les raisons de sauver la biodiversité sont nombreuses. En effet, les pertes, en particulier la
disparition des espèces, sont souvent irréversibles alors que la biodiversité est le résultat de
centaines de millions d’années d’évolution. La biodiversité doit être préservée car elle
constitue un patrimoine et une ressource à plusieurs titres.
-
Valeur patrimoniale : la biodiversité est un héritage qui résulte de l’histoire de
notre planète, de l’évolution du monde vivant et souvent de l’intervention de nos
ancêtres.
-
Valeur culturelle : la biodiversité est souvent une composante identitaire,
symbolique voire religieuse de groupes humains ou des sociétés avec lesquelles
elle est en relation.
-
Valeur écologique : la biodiversité est la condition du maintien des écosystèmes
et des services qu’ils nous fournissent : fertilité des sols, purification de l’eau,
maintien des équilibres gazeux, régulation du climat.
-
Valeur économique : la biodiversité est une source de richesses. Elle fournit à
l’espèce humaine son alimentation, une grande partie de ses vêtements et de ses
habitations, de nombreuses substances pharmaceutiques et l’attrait de nombreux
sites touristiques.
-
Valeur potentielle : elle présente une multitude de potentialités non exploitées, soit
parce qu’elles sont inconnues, soit parce qu’elles ne correspondent pas à un
besoin actuel. Il nous reste presque tout à découvrir de la variété des gènes et de
leurs propriétés.
L’érosion de la biodiversité est attestée même si son ampleur doit encore être précisée.
Cette érosion est principalement due à l’action humaine directe (recul des habitats naturels,
pollution) et indirecte (changement climatique). C’est la raison pour laquelle il est nécessaire
d’agir à tous les niveaux.
Conserver la biodiversité et les interactions entre les espèces et leur milieu, c’est
maintenir un potentiel évolutif pour la planète et une capacité durable d’adaptation
aux changements.
Les espèces en danger sur la planète
- 1,75 millions d’espèces (entre 1,4 et 1,9 selon les auteurs) ont été décrites sur un
total estimé entre 5 et 30 millions.
- 15 589 espèces sont répertoriées comme menacées d’extinction ( de « vulnérable »
à « en danger critique d’extinction ») dans la liste rouge publiée par l’Union
Internationale de Conservation de la Nature.
- Le nombre total d’espèces animales menacées est passé de 5 205 en 1996 à 7 266
en 2004.
- 25 % des 4 630 espèces de mammifères connus dans le monde sont menacés
d’extinction.
- 11 % des 9 675 espèces d’oiseaux connus dans le monde sont menacés d’extinction.
- Sur les 129 extinctions d’espèces d’oiseaux répertoriées depuis l’époque moderne,
103 se sont produites depuis 1800.
- Une espèce d’amphibiens sur trois et presque la moitié des tortues aquatiques sont
menacées.
- 60 000 espèces végétales sur 350 000 connues sont menacées d’extinction.
- Au cours des 500 dernières années, les activités humaines ont conduit 844 espèces
répertoriées à s’éteindre (complètement ou à l’état sauvage) ; par exemple : le dodo,
la rhytine de Steller, le zèbre quagga, le pingouin impérial, le thylacine, la poule de
bruyère, le pigeon migrateur américain, les moas, le grizzly mexicain, le perroquet de
Rodrigues...
- Le taux actuel d’extinctions d’espèces serait de 100 à 1000 fois plus élevé que le
taux d’extinction de fond mesuré au cours des temps géologiques et dû au
renouvellement normal des écosystèmes.
- La dégradation et la perte des habitats affectent 86 % de tous les oiseaux menacés
et 88 % des amphibiens menacés.
Source :
UICN
L’état de la biodiversité en France
La France est un des Etats parmi les plus riches en biodiversité : sur les 238 principales
éco-régions recensées par le Fonds Mondial pour la Nature (WWF), 17 sont françaises,
dont 14 outre-mer.
En métropole, il y a 135 espèces de mammifères recensées, 357 espèces d’oiseaux,
38 espèces de reptiles et autant d’amphibiens. 34 600 espèces d’insectes et plus de 6 000
plantes vasculaires.
Si l’on inclut la France d’outre-mer, les chiffres sont multipliés de plusieurs coefficients. Il y
aurait ainsi 26 fois plus de plantes, 60 fois plus d’oiseaux et jusqu’à 100 fois plus de
poissons d’eau douce dans ces zones, souvent insulaires et très riches en espèces
locales.
En métropole, 19 % des vertébrés ont disparu ou sont gravement menacés (la dernière
espèce à s’être officiellement éteinte en 2002 est le bouquetin des Pyrénées). 44 % des
espèces de vertébrés présentes sont protégées par la Loi sur la protection de la nature et
près de 7 % des plantes vasculaires.
Source : MEDD, IFEN
En savoir plus :
Site Internet de la
Conférence internationale Biodiversité : science et gouvernance - Paris 24 au 28 janvier 2005Actualités connexes
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