Barge d'orpaillage sur une rivière
(extraction par aspiration des sédiments)crédit : © CNRS-LEESA-Université Bordeaux 1
L'orpaillage illégal dont les conséquences sont dramatiques pour les écosystèmes et la santé ont été rappelés par L'Association for Tropical Biology and Conservation (ATBC), principale organisation scientifique spécialisée dans l'étude des écosystèmes tropicaux. Celle-ci estime que "la situation a atteint des proportions critiques, particulièrement en Guyane française, au Guyana, au Suriname, au Venezuela et au Brésil".
Ainsi, l'association a déclaré que "des dizaines de milliers de chercheurs d'or artisanaux ont envahi les parcs nationaux et réserves naturelles, où ils dégradent les fleuves et rivières, contaminent les eaux au mercure (utilisé pour agglomérer l'or), se livrent au braconnage, détruisent la forêt et menacent les populations locales indiennes".
C'est pourquoi, l'ATBC exhorte les gouvernements à la mise en place d'un réseau de surveillance efficace autour des gisements aurifères et à contrôler strictement la vente de mercure utilisé pour amalgamer l'or.
Pierre-Michel Forget, spécialiste d'écologie forestière tropicale au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) déplore une nouvelle fois l'explosion de l'orpaillage clandestin depuis la hausse des cours de l'or en 1999. Ainsi, des réseaux d'exploitation de clandestins proches de l'esclavagisme sont en place dans la forêt guyanaise pour exploiter cette activité devenue rentable. Et il ajoute que «Dans plusieurs parcs, la situation est complètement hors de contrôle».
Des mesures de sécurité notables mais insuffisantes
Cette activité illégale ne cesse de s'accroître en Guyane française malgré différentes opérations "Anaconda" de destruction des villages clandestins régulièrement conduites par les gendarmes qui se déploient par centaine pour mettre fin à une exploitation. Mais les villages sont rapidement reconstruits, les activités reprennent et ces réseaux entretiennent une insécurité qui frappe les habitants locaux et les chercheurs puisque certains centres et équipements sont pillés régulièrement.
Déjà, début 2004, des associations locales (GEPOG, Kwata, Umanart, Kulalasi et SEPANGUY) et le WWF (Fonds mondial pour la nature) notaient que "10.000 travailleurs clandestins sur des camps d'orpaillage, 30 barges flottantes sur le fleuve Approuague et 12 camps d'orpaillage dans la Réserve naturelle des Nouragues" étaient présents au cœur de la forêt guyanaise.
Une pollution par le mercure et d'autres maux affectent les écosystèmes et habitants locaux
Le mercure fut utilisé probablement dès 2700 avant notre ère pour amalgamer l'or, l'argent ou d'autres métaux. Aujourd'hui il est employé artisanalement par certains chercheurs d'or pour amalgamer les paillettes d'or. L'amalgame obtenue est ensuite chauffé vers 400-500 °C, ce qui conduit à l'évaporation du mercure. Ce procédé concernerait environ 10 % de la production mondiale d'or.
Pourtant, il cause des dégâts considérables puisque 5 à 10 tonnes de mercure seraient versées chaque année dans les rivières guyanaises touchant les espèces aquatiques puis celles qui s'en nourissent. AInsi, ce métal qui induit des malformations à la naissance se retrouve en bout de chaîne alimentaire dans le poisson ingéré par les Amérindiens. Leur organisme en porte trace, à des niveaux supérieurs aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé.
De plus, les orpailleurs multiplient les bassins d'eau, favorisent également la pullulation des moustiques, vecteurs du paludisme, dans des zones qui en étaient naguère exemptes. Les maladies sexuellement transmissibles sont également en recrudescence.
La France a interdit l'utilisation du mercure en Guyane à compter de 2006. Le précédent du Venezuela, qui a déjà pris cette mesure, laisse Pierre-Michel Forget dubitatif : "Les légaux respecteront la loi, mais pas les clandestins", note-t-il, plaidant pour des contrôles ciblés sur les fleuves, dont certains points de passage sont incontournables.
En savoir plus
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