Mangrove
Les dégâts causés sur les milieux côtiers affectés par les tsunamis semblent très importants et des siècles pourraient être nécessaires à la réhabilitation de ces écosystèmes par la nature. De surcroît, les masses de limon, sable et matières organiques soulevées par les tsunamis pourraient étouffer la vie marine.
Jerker Tamelander, le coordonnateur régional du programme maritime pour l'Asie du Sud et du Sud-Est de l'Union mondiale pour la nature, à Colombo, au Sri Lanka a indiqué que "Sur l'ensemble de la région, on peut s'attendre à des effets très importants sur l'écosystème".
L'Agence France Presse a interrogé l'océanographe français Jacques Merle sur le devenir des écosystèmes côtiers des zones touchées par le tsunami en Asie du Sud.
J. Merle indique qu'il faudra plusieurs années pour que les écosystèmes se remettent des dégâts considérables qui ont été infligés au littoral déjà meurtri par les activités humaines.
"Ces écosystèmes, sont fragiles par nature. Je vois deux sinistres : celui qui a frappé les franges coralliennes et celui qui a touché les mangroves".
La frange corallienne, ou le système récifal, est constituée de coraux qui vivent en symbiose avec des algues.
"Les franges coralliennes souffrent déjà des cyclones, mais la violente destruction mécanique des côtes, déjà fragmentées (par l'activité humaine), par le tsunami, a entraîné des dégâts considérables dans les zones fragiles", poursuit Jacques Merle, qui a longtemps étudié les océans notamment pour le compte de l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-ORSTOM).
Ketut Sarjana Putra, directeur de Conservation International, une organisation de protection de l'environnement basée dans l'île indonésienne de Bali, surenchérit : "le système corallien pourrait être entièrement détruit. Il faudra des centaines d'années pour qu'il repousse".
Pour Lyle Vail, responsable de la station de recherche de l'île Lizard, sur la Grande Barrière de corail, à l'ouest de l'Australie, les dégâts provoqués aux coraux par un tsunami sont d'égale importance à ceux induits par un cyclone. Quand un raz-de-marée survient, les structures coralliennes s'écrasent les unes sur les autres, décuplant la taille des dommages. Dans les cas les plus dramatiques, la croissance pourrait de plus être ralentie par le nombre raréfié d'animaux larvaires qui peuvent repeupler les récifs.
La faune pélagique (poissons et autres organismes de haute mer) a également souffert, "à en juger d'après les poissons ramenés en masse sur les plages", relève encore l'océanographe.
Les mangroves, forêts de palétuviers aux racines aériennes caractéristiques qui jouent un rôle tampon entre le milieu marin et terrestre, ont été également fortement détruites par les tsunamis successifs.
Ce milieu joue un rôle à la fois biologique (certains poissons s'y reproduisent, des crabes y creusent leurs terriers, des oiseaux y nichent et des prédateurs y trouvent leurs proies...), de lutte contre l'érosion et de protection de la côte contre la houle, les tempêtes et les cyclones.
Des écosystèmes protecteurs détruits en partie par les sociétés humaines
Comme ses collègues, le directeur scientifique de l'Union mondiale pour la nature (IUCN), l'Américain Jeff McNeely estime que si les écosystèmes côtiers n'avaient pas été largement "sacrifiés" au tourisme et à l'urbanisation, ils auraient diminué les dégâts en atténuant la force des vagues.
Un leitmotiv que l'on entend bien souvent, que ce soit en Haïti avec les inondations catastrophiques attisées par la déforestation massive ou lors du passage de la tempête tropicale Jeanne en septembre 2004...
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)