localisation du séisme du 26/12/2004crédit : Centre sismologique euro-méditerranéen
Le 26 décembre 2004, le plus violent séisme survenu dans le monde après celui du Chili en 1960 a provoqué des raz de marée dévastateurs dans une partie de l'océan Indien tuant ou portant disparus plus de 270 000 personnes. Un bilan humain qui dépasse tout ce que nous connaissions alors dans l'histoire des tsunamis et des séismes...
C'est un séisme sous-marin, dont l'épicentre se situe au large de l'île de Sumatra, qui a engendré des déferlantes de tsunamis de l'Indonésie à l'Inde, en passant par la Thaïlande, les Maldives et le Sri Lanka. Le séisme, mesuré par l'Institut américain de surveillance géologique (USGS) à 9 sur l'échelle de Richter, a frappé à 00h59 GMT (01h59, heure de Paris) au large de Sumatra (par 3° de latitude Nord et 95° de longitude Est) pour atteindre dans un premier temps les îles Andaman, qui appartiennent à l'Inde.
Des vagues d'une dizaine de mètres de haut
Un tsunami est une onde marine exceptionnelle déclenchée par un soudain déplacement du plancher océanique. Le terme est dérivé d’un mot japonais qui signifie « vague portuaire » (harbor wave).
Des vagues prodigieuses, progressant sur le littoral à plus de 800 km/h, générées par cette onde marine ont balayé les côtes détruisant tout sur leur passage. Ces tsunamis ont pris la forme de vagues gigantesques ou de marées très hautes survenues en quelques minutes.
L'onde marine fût ressentie jusque sur le littoral oriental de l'Afrique où des dizaines de morts et disparus ont été comptabilisés au Kenya, en Tanzanie et en Somalie à quelque 6 000 km à l'ouest de l'épicentre...
L'essentiel du tsunami a été toutefois ressenti dans un rayon de 2 000 km autour de l'épicentre.
Des pêcheurs ont ainsi été retrouvés perchés dans les arbres après le passage des vagues. Trains, bus, tracteurs, habitations et infrastructures n'ont pas résisté à la puissance des tsunamis successifs. Dans le sud de l'Inde, les plages sont jonchées de voitures submergées et de bateaux coulés. Le Premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra a déclaré que "Rien de semblable ne s'était jamais produit dans notre pays".
Les origines du séisme
Les plaques indo-australienne (sur laquelle repose l’Inde) et eurasienne se superposent dans les profondeurs de l'Océan Indien, près de l'Indonésie. Cette zone, située entre les îles de Java et de Sumatra, se trouve à l'intersection de plusieurs failles et subit la subduction (c'est à dire l'enfoncement) de la plaque indo-australienne sous la plaque eurasienne qui engendre une importante séismicité.
L'interface entre la plaque Inde / Australie et la plaque asiatique, une grande faille inversée (la partie supérieure du bloc chevauche la partie inférieure), a glissé brutalement, "en 1 minute 30 maximum, d'une dizaine de mètres" selon Paul Taponnier directeur du laboratoire de tectonique à l'Institut de physique du globe, à Paris. L'énergie dégagée équivalait alors à environ 36 000 bombes atomiques de type Hiroshima...
Le phénomène en lui-même est parfaitement connu : la plaque indienne avance de 60 à 50 mm par an, en moyenne, relativement à la plaque asiatique (60 mm au sud de la faille, 50 au nord).
Philippe Lognonne, de l'Institut de physique du globe IPG/CNRS de Saint-Maur, précise que les ondes sismiques "se propagent à raison de 3,5 km/seconde soit plus de 10 fois plus vite que l'onde de tsunami, une vague solitaire qui se progage de façon relativement lente, 1 000 km/h, soit la vitesse d'un avion".
Un bilan humain terrible
Près de 227 000 morts ont été comptabilisés selon OFDA/CRED. "Il s'agit peut-être de la plus grave catastrophe naturelle de l'histoire récente car elle touche tellement de zones côtières très peuplées, tant de communautés vulnérables", a déclaré sur CNN Jan Egeland, coordinateur des secours d'urgence des Nations unies.
Les pays les plus durement touchés par ces vagues qui ont atteint jusqu'à dix mètres de hauteur sont l'Indonésie (128 803 morts), le Sri Lanka (31 000 morts), l'Inde (12 405 morts) et la Thaïlande (5 399 morts).
"Jamais depuis l'éruption du Krakatau en 1883 nous n'avions été atteints aussi durement par la colère dévastatrice de la nature", a déclaré le président du Sri Lanka Susilo Bambang Yudhoyono dans un discours de nouvel an. L'éruption du krakatoa avait entraîné la mort d'au moins 36 000 personnes.
Des corps gonflés en décomposition jonchent les rues sous la chaleur tropicale, dans une odeur pestilentielle. «Tout s'est écroulé ici. Même le gouvernement s'est écroulé. Les hôpitaux, les services médicaux sont débordés», constate le chirurgien général des armées d'Indonésie, le général Achmad Hiayat.
Les grandes agences de secours ont dépêché à la hâte du matériel, du personnel et des fonds d'urgence aux pays sinistrés de la région en mettant en garde contre le danger d'épidémies, comme le paludisme et les diarrhées, en raison de la contamination de l'eau potable.
Des zones touristiques touchées
Les deux tiers de la capitale des Maldives, Male, ont été inondés, l'aéroport national a été fermé dans cet archipel dont les atolls de corail attirent les touristes du monde entier qui ont été pris au piège.
La Grande-Bretagne, la Norvège, la Suède, les Etats-Unis et l'Italie font partie des pays comptant le plus de morts à cause des touristes sur place au moment du drame. Ainsi, les européens comptent 2 200 victimes et 7 400 portés disparus. La France déplore officiellement un centaine de morts et environ 600 disparus ou personnes qui n'ont plus donné de nouvelles.
Paul Ramsbottom, un touriste britannique, a raconté l'événement au micro de la BBC: "Ça s'est passé par cycles. Il y a eu une première vague, qui s'est retirée. Puis une suivante, qui était plus violente. Ça s'est ensuite un peu calmé et il y a eu une vague monstrueuse. C'est celle-là qui a emporté les camions et les motos."
Nous noterons que quelques rares touristes restés sur place se sont empressés de réinvestir les plages pour leur plaisir personnel alors que le chaos reigne autour d'eux. Ces comportements sont particulièrement scandaleux et méprisants pour la population locale et les humanitaires qui oeuvrent sans relâche. Une attitude "a faire vomir"...
Un système de prévention inexistant
Les principaux pays riverains du Pacifique coordonnent leurs observations pour prévenir les dangers de ces vagues océaniques. Un centre d'alerte pour les tsunamis rassemble ces informations à Hawaï (Etats-Unis). Pour autant, même si l'alerte avait été déclenché, peu de pays ont eu les moyens d'alerter la population faute de l'existence d'un réseau officiel d'alerte et de veille dans cette région.
Le Japon qui a également été touché, est régulièrement menacé par des tsunamis et toutes ses côtes disposent de mesures de protection: un système de haut-parleurs pour alerter la population, des murs de béton érigés près des zones d'habitation inondables avec des portes métalliques fermées en cas de danger. Les habitants sont informés des itinéraires d'évacuation et des lieux de rassemblement.
De nouvelles secousses ressenties
A Colombo, l'Office national de météorologie du Sri Lanka a annoncé lundi 27 décembre avoir détecté de nouvelles secousses dans les parages de l'île indonésienne de Sumatra à l'origine de nouveaux tsunamis moins importants. En effet, 160 répliques sismiques de 4,8 à 6 degrés ont été détectées depuis dimanche 26/12.
En effet, des répliques de grande amplitude sont à redouter. "Le choc principal est le plus gros de tous et dans ce cas, on peut s'attendre à des réplique de l'ordre de 7,5, ce qui dans la plupart des régions du monde représente en soi une catastrophe", a indiqué à l'AFP Paul Taponnier.
Un séisme tsunamigénique
Le plus souvent, les tsunamis résultent de séismes se produisant à proximité des côtes. Tout séisme qui engendre un tsunami est qualifié de séisme tsunamigénique (Tsunamigenic Earthquake). Or, l'Indonésie un archipel de 17 000 îles, se situe sur la "ceinture de feu" du Pacifique où les séismes sont nombreux et les volcans entrent régulièrement en éruption.
L'un des plus importants est celui qui toucha les côtes du Portugal en 1755. Il produisit une série de tsunamis de 5 m de haut qui firent 60 000 victimes à Lisbonne. Cet exemple est significatif car l’on pense souvent que les tsunamis sont le domaine réservé du Pacifique, or même les côtes françaises ne sont pas épargnées.
Le tsunami du 28 mars 1964 qui détruisit en partie Hilo (Hawaï) fut déclenché en Alaska par le séisme Good Friday de magnitude 9 (le plus fort connu avec celui du Chili en 1960).
Quelques tsunamis notables
En 1960, un tsunami qui s'est abattu sur le Japon, à une vitesse de 750 km/heure, résultait d'un séisme au Chili ayant soulevé de neuf mètres un territoire aussi vaste que la Californie.
En septembre 1992, un tsunami a détruit les habitations de quelque 13.000 personnes sur les côtes nicaraguayennes. Deux mois plus tard, des villages de Bali (Indonésie) ont été balayés par une série de vagues gigantesques responsables de milliers de morts.
Le 17 juillet 1998, à la suite de deux séismes (7 degrés sur Richter), un raz-de-marée avec trois vagues de dix mètres de haut a ravagé 30 km de la côte nord de Papouasie-Nouvelle Guinée, rayant de la carte sept villages, faisant au moins 2 000 morts.
Ces quelques exemples nous montrent également que pertes dûes aux tsunamis du 26 décembre 2004 sont incomparables...
En savoir plus
Notre dossier sur
les tsunamis
Cartes actualisées des derniers séismes dans le monde
Tremblement de terre du 26 décembre 2004(Wikipédia)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)