Dans le domaine de la préservation des ressources en eau, "la politique de l'Etat (...) s'est révélée être un ensemble d'actions assez peu ordonné", soulignent les experts du Conseil national de l'évaluation (Commissariat général du Plan) dans un rapport publié mercredi 24 octobre.Le rapport constate ainsi que presque vingt ans après la loi sur l'eau de 1982, la mise en place, obligatoire, de périmètres de protection autour des captages d'eau n'est appliquée que pour un tiers des captages. "A ce rythme, il faudrait encore attendre vingt ans avant que tous les points de prélèvement pour la production d'eau potable soient dotés des périmètres de protection réglementaires", affirme le rapport.
Ainsi, si la qualité de l'eau du robinet en France est globalement satisfaisante, c'est surtout grâce à l'efficacité accrue des traitements. L'état des ressources brutes (eaux de surface et eaux souterraines) est plutôt inquiétant : nitrates, dus aux rejets des élevages et aux engrais azotés, et pesticides d'origine agricole pénètrent lentement et sûrement les nappes françaises, relèvent les auteurs. "Les eaux souterraines, dans les régions à forte activité agricole, seront tôt ou tard atteintes par la migration lente mais inéluctable de substances infiltrées dans le sol et le sous-sol", souligne l'instance d'évaluation. Selon un rapport établit par l'Institut français de l'environnement en 1998 sur les pesticides, seulement 3% des points de contrôle en eau de surface sont exempts de contamination, et 47% pour les eaux souterraines. Selon le rapport, puisqu'"il s'écoule inévitablement plusieurs années ou dizaines d'années entre le moment où une action de réduction des rejets polluants est mise en oeuvre et le moment où l'on peut en mesurer les effets",celui-ci recommande davantage de suivi et de cohérence de la part de l'Etat.
Certaines recommandations connaissent a être suivies, comme la taxe sur les excédents d'azote, qui figure dans le projet de loi sur l'eau qui sera débattu en janvier à l'Assemblée nationale. Le ministère de l'Agriculture a également engagé la procédure d'interdiction des triazines, une famille de pesticides.
La directive (loi européenne) du 20 octobre 2000 doit servir d'aiguillon à la France, relève le rapport. La directive prévoit la mise en place d'un système d'observation plus fiable, la désignation des masses d'eau appelant une protection particulière et l'élaboration de programmes d'action dans toute l'Union.
Cependant, le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement Yves Cochet s'est voulu rassurant, mercredi, sur la qualité de l'eau en France, se refusant à confirmer qu'il y ait "une pollution générale". Même si il a déclaré qu'"il est vrai que, dans certaines régions et notamment la région Bretagne, on peut dire qu'il y a un tiers, peut-être, des cantons qui ne sont plus distribués en eau potable, ce qui est une problématique très forte." Il a indiqué que son ministère s'efforçait de "régler ce problème" avec le ministère de l'Agriculture et rappelé qu'il avait été proposé en juillet aux préfets de la région Bretagne "d'avoir un plan et des propositions en matière agricole et agroalimentaire pour changer le modèle breton, de telle manière qu'il y ait moins de pollution, notamment par le lisier de porc".
Actualités connexes
22/01/2008
Dégradation inexorable des ressources en eau par les pesticides18/10/2006
Directive-cadre sur l’eau en Europe : pour une eau de qualité10/09/2005
Bilan 2002 / 2003 de la qualité de l’eau potable en France12/07/2004
75% des eaux superficielles contaminées par les pesticides en France20/02/2003
Bilan de la qualité des eaux en France au niveau des pesticidesAuteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)