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Les robots ne sont pas des animaux : ne leur donnons aucun droit

2 647 lectures / 24 commentaires26 février 2013, 10 h 13

aibo_robotAibo, le premier chien robot de compagnie est né en 1999
DR

Certains chercheurs proposent aujourd'hui d'accorder des droits et une protection juridique aux robots, en comparant leur situation à celle des animaux. Ces deux réalités n'ont en fait rien à voir, et brouiller la frontière entre les êtres vivants et les objets ne pourrait, à terme, que nuire aux premiers.

Dans un entretien au Monde.fr publié le 14 février dernier, Kate Darling, chercheur en propriété intellectuelle et en politique de l'innovation au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston propose que nous accordions une protection juridique à certains robots.

Sa réflexion part d'un robot particulier, Pleo, la reproduction robotisée d'un camarasaurus d'une semaine, et commercialisé par l'entreprise américaine Ugobe. Le robot est fourni avec un programme qui peut être changé par les utilisateurs, et il est même conçu pour que son caractère soit différent en fonction de son propriétaire.

Lors d'un atelier organisé début février à Genève, Kate Darling demandait aux participants de maltraiter l'objet jusqu'à ce que « mort » s'ensuive pour sonder ensuite leur ressenti. C'est du malaise qu'elle a éprouvé à cette occasion qu'est venue son idée : donner des droits aux robots.

Plus précisément, il s'agirait de les protéger des « maltraitances » sans aller jusqu'à leur accorder un « droit à la vie ». En d'autres termes, vous auriez le droit d'éteindre votre robot, mais pas de lui faire subir des traitements violents. Et naturellement, tous les robots ne seraient pas concernés : la loi s'appliquerait uniquement aux robots sociaux ou plus généralement à ceux sur lesquels on peut projeter des sentiments, parce qu'ils sont faits à la ressemblance d'animaux ou d'êtres humains.

Pour appuyer sa proposition, Kate Darling insiste sur le fait que cette protection juridique ne se justifierait pas par la souffrance éprouvée par le robot (puisque, justement, il n'éprouve aucune souffrance, étant une machine), mais par le sentiment – irrationnel – de souffrance qu'un humain peut ressentir en voyant le robot se faire « torturer ».

Bon. Pour être parfaitement honnête, à moi, et même en s'arrêtant là, il ne me semble pas y avoir matière à légiférer. La liberté de chacun ne s'arrêtant que là où commence celle d'autrui, je ne vois absolument pas au nom de quoi on pourrait interdire à quelqu'un de « torturer » un objet, même en postant la vidéo sur Youtube, puisque, ce faisant, il ne lèse absolument personne. Si des gens sont choqués, ils n'ont qu'à ne pas regarder. En suivant cette ligne de pensée, on pourrait tout aussi bien interdire aux gens de jouer aux jeux vidéo (les personnages que j'ai incarnés ont « tué » un nombre incalculable de monstres, d'animaux et même d'humains, parfois même de manière absolument gratuite), ou même aux enfants de gifler leur doudou. L'argument selon lequel on se comportera avec les êtres vivants comme on s'est comporté avec un objet ne tient absolument pas, beaucoup d'analystes pensant au contraire que la violence virtuelle ou sur un objet a un effet cathartique qui la rend moins probable dans la vie réelle.

Mais il y a plus grave. Dans une tentative bien malheureuse de soutenir encore son argumentaire, Kate Darling trace un parallèle proprement incroyable entre les robots et les animaux : « Je parle plutôt de quelque chose comme les lois qui protègent les animaux. À eux non plus, on n'accorde pas le droit à la vie, mais on a édicté des lois pour les protéger contre la maltraitance. À mon avis, pas tant à cause de la douleur qu'ils peuvent ressentir qu'en raison de la réaction que leur douleur suscite chez nous. Ce n'est pas pour rien que nous protégeons beaucoup plus les animaux que nous trouvons attachants ou auxquels nous pouvons nous identifier. »

Un peu plus, et on se croirait chez Descartes. Le grand retour de l'animal-machine. Comment, au XXIe siècle, est-il encore possible d'écrire une chose pareille ? Elle nie toute valeur morale intrinsèque à l'animal et ne définit ses droits qu'en fonction de l'humanité. Cette position est incroyablement rétrograde. Non, les animaux ne doivent pas être protégés pour nous protéger ; avant cela, ils doivent être protégés parce qu'ils souffrent, et que leur intérêt indéniable est de ne pas souffrir.

Mais plus encore, ils doivent être protégés parce qu'ils sont vivants, et que, sauf circonstances somme toute exceptionnelles comme celles qu'implique la fin de vie, l'intérêt de tout être vivant est de continuer à vivre jusqu'à sa mort naturelle. Quand on lui oppose cette idée, Kate Darling répond : « Comment définit-on la vie ? Et pourquoi est-ce important ? [...] Dans la tradition shintoïste japonaise, chaque objet a une âme. Et cela explique dans une certaine mesure pourquoi la culture japonaise accepte mieux les compagnons robotiques. Elle ne divise pas les choses entre "vivant" et "non-vivant", comme dans la culture occidentale. »

Disant cela, elle prouve qu'elle n'a pas compris grand-chose aux religions animistes. Justement, quand on pense qu'un objet a une âme, on pense qu'il est vivant : en effet, qu'est-ce que l'âme sinon le principe de vie ? La distinction entre « vivant » et « non-vivant » est donc universelle, mais la frontière entre les deux domaines n'est pas établie au même endroit selon la culture considérée.

Malheureusement, on dirait que le biocentrisme n'est pas pour demain. Mais pour le faire advenir, il est indispensable de maintenir la valeur de la frontière entre ce qui est vivant et ce qui ne l'est pas. Tout être vivant a des droits, même si certains êtres vivants particuliers peuvent avoir des droits particuliers. En revanche, proposer d'accorder des droits intrinsèques à des objets ouvrirait la porte à une confusion éthique qui ne pourrait que nuire à tous les vivants.

Auteur

avatar Meneldil Palantir Talmayar / Tol Ardor

24 commentaires

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Commentaires 1 à 20 sur 24

avatar Marie - 26/02/2013, 10:49

Cette Kate Darling est plus que dangereuse, il faut l'enfermer ce serait le mieux...

avatar Kristall2002 - 26/02/2013, 11:03

Sans leur reconnaître des droits d'existence selon nos lois, ils pourraient, comme pour tout ce qui existe, avoir le droit d'être respecté. Ceci n'est qu'une affaire d'éducation. Amour et respect ne justifient pas d'existence légale mais existent sans reconnaissance vitale.

avatar imanuelga - 26/02/2013, 11:07

Avez-vous vu AI de Spielberg-Kubrick ?
Assurement, la seule chose qui survivra à notre civilisation sera un robot.

avatar Strange - 26/02/2013, 11:15

Franchement il y a déjà fort à faire avec ce qui est vivant alors les robots ...Peut-être dans une autre vie...

avatar Paul - 59 - 26/02/2013, 11:30

Les Robots sont des objets fabriqués par l'Homme. Leur donner des lois ? Alors que l'Ours Blanc n'en a même pas ou presque avec des annexes ! (confrontation orale entre Greenpeace, le WWF, le Canada, les USA...).

Cessons ce jeu de la robotisation qui risque de nous nuire et qui est digne d'un film de science-fiction !

Les Robots, c'est la continuité du Monde ultra-libérale qui nous tend si la Transition ne prend pas le dessus !

avatar Félix Paris - 26/02/2013, 14:14

De pire en pire! Alors que l'on se permet de torturer les animaux et les considérer comme des "produits" de consommation, ( viande) du "matériel de labo" ( vivisection,) des produits de jeu, de mode , ecc...vouloir mettre les robots sur le même plan, renseigne sur l' évolution de la régression de notre espèce, qui ne sait que mettre tout sur le même plan . A quand des droits pour les téléphones portables, ordinateurs ?
Que ces gens là commencent par respecter cet autre qu' est l' animal, respect qui consiste à ne pas "utiliser" "exploiter" "torturer" et "tuer" .. après ils pourront s'intéresser aux droits des objets..

avatar radio4 - 26/02/2013, 14:41

Les japonais ont créé un robot appelé Super Giraffe et destiné à intervenir au sein de la centrale nucléaire de Fukushima. C'est scandaleux! Imaginez le rayonnement radioactif que ce pauvre robot doit supporter! Il faut absolument arrêter ça!!

avatar Thérèse Baker - 26/02/2013, 16:25

la connerie humaine devient de plus en plus dangereuse.on ferait mieux de protéger les pauvres qui meurent de fain dans ce monde.C'est eux qu'on devrait protéger

avatar laurent - 26/02/2013, 17:06

ça ose tous les cons, c'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnait....Michel audiard

avatar surlaterre - 26/02/2013, 18:53

la prochaine foi que mon lave linge tombe en panne je l emmene chez le veterinaire

avatar Jean-luc Bocquet - 26/02/2013, 19:02

@ surlaterre : Lol ! Développez, bon sang ! Il y a matière à réflexion et à écrire ! Brodez ! On reste sur sa faim !

avatar Kristall2002 - 26/02/2013, 19:06

On sombrait déjà dans l'anthropomorphisme délirant avec les animaux, voilà qu'on va se noyer dans le même concept avec les objets. J'ai bien vu des ménagères parler à leurs aspirateurs ou à la poussière cachée sous le lit. C'est génial et délirant tout ce qui peut se dire ou se faire à ce sujet. Je pense que sur ce thème il vaut mieux caresser le 2° degré voire faire exister le troisième.
1° = comprendre
2° = analyser
3° = synthétiser.
Cordialement

avatar Jean-luc Bocquet - 26/02/2013, 19:29

Comment peut-on définir l'intelligence ?

avatar mx5 - 27/02/2013, 00:15

À Jean Luc Bocquet

Sûrement pas par les années de scolaritées, car ayant eu une discution avec une maître en bio,.... que fût ma surprise de constater son accords avec les OGM. Bref,(avec un français écrit d'éffaillant et une scolarité précaire, typique au Québec) je me permet de penser que l'intelligence, n'est qu'un mot, qui permet de faire le classement d'êtres humains, face à certains autres.

avatar Gualyvo - 27/02/2013, 01:16

cette idée stupide c'est vraiment du n'importe quoi , du foutoir de gueule

déjà les lois pour les droits au respect du aux animaux vivants ne sont pas respecté. on permet n'importe quel torture animale au nom de la soit disant
culture (corrida) les horreur au nom de l'art, des cruauté au nom du Halal

alors SVP ne tournez pas en ridicule d'imposer la protection d'un jouet articulé en plastique ou ferraille.

Commencez par imposer le respect du aux Vivants qui eux ont un cœur qui aime et qui souffre réellement.

avatar Mathias27 - 27/02/2013, 10:03

Donner des droits à des robots !!!
Et pourquoi pas en donner aussi aux poupées, peluches et autres jouets ressemblant de près ou de loin à des humains ?
Cette dame du MIT devrait sortir un peu plus souvent de son labo pour s'aérer les neurones.

avatar Jean-luc Bocquet - 27/02/2013, 13:08

@MX5.
Tout à fait d'accord avec toi.
Et d'ailleurs, l'intelligence est multiforme.
Chacun d'entre nous en possède au moins une facette. Elle ne se cantonne pas non plus qu'à l'être humain.
Maintenant l'usage que l'on en fait est un autre problème...

avatar Stéphane LAGASSE - 27/02/2013, 16:19

La seule excuse pour cette proposition c'est ce débat. Et encore...
Le mieux à ce propos ce sont les films de PIXAR: les "Toy Story" et surtout "Wall-E".

avatar Sha-ka - 27/02/2013, 21:08

Bientôt, les robots avec plus de droits que les animaux ?

avatar Didier Latappy - 28/02/2013, 09:01

Il semble que l'intelligence n'ait jamais été l'apanage exclusif de l'homme (seul notre anthropocentrisme forcené nous pousse à nous en persuader) ... Notre atout consiste à transmettre le savoir de façon évoluée et efficace. De là à jouer aux dieux en créant une intelligence artificielle, il n'y a qu'un pas. En tous cas, nous devons éviter, vis-à-vis des robots, les dérives sociétales que nous connaissons par rapport aux animaux de compagnie (qui ne sont que des biens appartenant à leur maître). Pour ceux qui aiment la science fiction, implanter les 3 lois de la robotique d'Isaac Azimov dans les IA serait déjà une garantie :


1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.
2) Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.
3) Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.

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