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Evaluation du stock de carbone organique dans les forêts de chêne vert du Moyen Atlas Marocain

3 402 lectures / 5 commentaires02 juillet 2012, 15 h 00

chene_vertChêne vert - Maroc
DR

La présente étude a été réalisée dans la chênaie verte du Moyen Atlas Central Marocain (Tafachna et Reggada). Elle a pour objectif la détermination du stock de carbone organique dans les différentes couches des sols, la litière et les différentes composantes de l'arbre (bois du tronc, écorce, branches, rameaux et feuilles). Il ressort de cette étude que le stock de carbone total (SCOT) dans l'écosystème du chêne vert est de 145 tC/ha pour Tafachna et 114 tC/ha pour Reggada. Le stock de carbone organique des sols (SCOS) représente plus de 50% du SCOT. Le SCOS varie considérablement avec la densité du peuplement avec 80 tC/ha pour Tafachna (5192 pieds/ha) et 56 tC/ha pour Reggada (1584 pieds/ha). Au contraire, le stock de carbone dans la biomasse (aérienne et racinaire) est plus important dans Tafachna que dans Reggada (64,4 tC/ha pour Tafachna et 58 tC/ha pour Reggada). Plus de 80% du stock de carbone organique des sols est emmagasiné dans les 30 premiers centimètres. Le stock de carbone dans cette couche (0-30 cm) est de l'ordre de 63 t/ha (43% du SCT) pour Tafachna et 47,1 t/ha (41% du SCT) pour Reggada.

Le Chêne vert est l'espèce la plus répondue au Maroc, avec 1 394 000 ha (Benabid & Fennane, 1999). Il est présent sous différents bioclimats, allant du semi-aride, où il apparaît sous forme de matorral plus ou moins dégradé, peu dense et peu vigoureux, jusqu'à l'humide, où il forme les meilleurs peuplements, voir de belles futaies. Le chêne vert est considéré depuis longtemps comme une espèce de faible valeur, puisqu'il ne permettait pas de produire du bois de qualité financièrement très rentable (Belghazi et al., 2001 ; Ezzahiri et al., 1995). Cependant, cette espèce joue un rôle incontestable du point de vue économique, écologique et social. La moitié de la production est utilisée comme bois de feu et de carbonisation. D'un point de vue social, la forêt de chêne vert est largement utilisée par la population riveraine, car en plus du feuillage utilisé en période estivale pour le bétail, le bois est aussi employé pour la confection artisanale d'outils nécessaire à la vie rurale (Qarro et al., 1995).

Malgré la superficie importante couverte par le chêne vert, il reste néanmoins parmi les essences autochtones les moins étudiées au Maroc, et plusieurs facteurs de dégradation ont contribué à la régression de cet écosystème dont principalement l'absence quasi-totale de la régénération naturelle, l'exploitation abusive et le surpâturage. Par ailleurs l'absence d'outils scientifiques performants pour évaluer la ressource, complique davantage la gestion de peuplements de chêne vert.

La présente étude vise à combler en partie ce manque de connaissance, surtout en ce qui concerne l'aspect quantification du stock de carbone dans nos ressources. Utilisant de nouvelles approches et techniques d'ajustement et de modélisation, les carbomasses élaborés, constituent des outils nécessaires et incontournables pour une gestion durable et raisonnée de l'écosystème du chêne vert.

Selon le rapport du groupe d'experts Intergouvernemental de l'Evolution du Climat GIEC (2001), les océans stockaient 93% du carbone de la planète, soit environ 39 200 GtC et les 7% restants se répartissent entre la biomasse terrestre, les sols et l'atmosphère. La végétation et les animaux terrestres constituent un stock de 610 GtC. Les sols contiennent deux fois plus de carbone organique que l'atmosphère. Avec 750 GtC, elle représente moins de 2% du carbone de la planète. L'augmentation de la quantité de carbone dans cette fraction (atmosphère) est responsable du réchauffement climatique. Les forêts stockent plus que la moitié du carbone organique des terres émergées (1 120 GtC) et le carbone emmagasiné dans les sols des forêts représente 35% du total du carbone présent dans les réservoirs du sol (Robert, 2002). Les forêts jouent donc un rôle déterminant dans la régulation du niveau du CO2 atmosphérique.

Le cycle de carbone de la biosphère terrestre ou océanique est considéré comme le régulateur à court terme des échanges avec l'atmosphère. Dès la fin du XIXème siècle, ce cycle est en cours de perturbation par l'entrée non négligeable dans l'atmosphère du CO2 provenant des combustibles fossiles (6,3 Gt (C) an-1) et des changements d'usage des terres (1,6 Gt (C) an-1) (Beaudoin, 2003 ; Arrouays et al., 2005).

La matière organique augmente la qualité du sol et améliore la capacité de régulation de l'eau et de l'atmosphère du sol, en influençant sa structure, sa capacité de rétention en eau, ses réserves en éléments nutritifs, sa biodiversité ainsi que la profondeur d'enracinement des végétaux qui y croissent (Lal & Follet, 1998). De plus, le carbone organique constitue un réservoir important dans le cycle global du carbone du sol. En effet, Schlesinger (1986) a estimé qu'il y avait environ trois fois plus de carbone dans le sol que dans la végétation des écosystèmes terrestres.

La quantité de C organique dans un sol forestier est le résultat de l'équilibre entre la production primaire nette de la végétation et la décomposition de la matière organique (Liski & Westman, 1997a ; 1997b). Ces deux processus dépendent à leurs tours des conditions climatiques qui sont principalement la température et l'humidité. Toutefois, les sols forestiers peuvent devenir une source importante de CO2 advenant un réchauffement climatique, car ce dernier entraînerait une plus grande augmentation du taux de décomposition que le taux de production primaire nette de la végétation (Liski, 1999 ; Bernoux et al., 2005). Même de petits changements du réservoir du carbone organique dans le sol peuvent affecter significativement la concentration de CO2 dans l'atmosphère, car le sol contient deux fois plus de C que celle-ci (Schlesinger, 1977 ; Post et al., 1982 ; Watson et al., 1990).

L'exploitation intensive des forêts des Iliçaies du Moyen Atlas Marocain peut entraîner une diminution du réservoir du carbone organique dans le sol par l'accélération de la dynamique de décomposition de la litière dû à l'augmentation de la température du sol. Makipaa et al. (1999) ont estimé qu'une augmentation de la température de 4°C dans la zone boréale entraînerait une augmentation de 10% du réservoir du carbone dans la végétation, mais aussi une diminution de 30% du réservoir de carbone dans le sol. Ainsi, Aber et al.. (1978), Covington (1981) et St-Laurent et al. (2000) ont observé après une coupe totale une diminution du contenu en carbone de la litière de l'ordre de 50% pendant la première année.
D'après nos investigations, aucun travail n'a pas ciblé auparavant la quantification du stock de carbone dans les écosystèmes forestiers Marocain. L'objectif de cette étude d'évaluer le stock de carbone organique emmagasinée dans les Iliçaies du Moyen Atlas Marocain (végétation, sol et litière). 

La dynamique de l'accumulation de la biomasse dans les peuplements forestiers est au centre du bilan du carbone. Les taux de séquestration du carbone dans les réservoirs de la biomasse et du sol déterminent la capacité de la forêt à retirer le carbone de l'atmosphère.

On constate que la densité de peuplement n'a pas d'effet significatif sur la potentialité de séquestration du carbone dans la biomasse (64,4 pour Tafachna et 58 tC/ha pour Reggada). Alors qu'il a un effet très marquant sur la séquestration du carbone dans les sols et plus précisément sur la couche 0-15 cm (52,7 pour Tafachna et 33,2 tC/ha pour Reggada) et sur la couverture morte (8,65 pour Tafachna et 3,5 tC/ha pour Reggada). Par extrapolation de ces résultats préliminaires avec un stock moyen de carbone organique de 130 tC/ha sur toute la superficie qu'occupe l'écosystème des illiçaies au Maroc (1 394 000 ha) ha (Benabid & Fennane, 1999), on conclut que cet écosystème séquestre environ 181 Millions de tonnes de carbone (soit environ 2,8 Mt C/an). Ceci montre que ce réservoir de carbone peut devenir une source importante du dioxyde ce carbone dans l'atmosphère après une simple perturbation. L'exploitation d'un hectare de chêne vert (exportation de bois d'œuvre) entraîne une libération d'environ 477 tonnes de CO2 (sans parler du protoxyde d'azote) dans l'atmosphère. En plus, la déforestation a pour conséquence l'élévation de la température du sol ce qui accélère la dégradation de sa matière organique et parsuite libération du dioxyde de carbone.
Le sol est une ressource non renouvelable dont la qualité doit être préservée que ce soit pour ses fonctions environnementales (pouvoir épurateur pour les eaux de surface, érosion physique et chimique, amélioration de la qualité de l'air) ou écologiques (préservation de la biodiversité végétale et animale, qualité du paysages).

Auteur

Mohamed Boulmane / Haut Commissariat des Eaux et Forêts

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5 commentaires

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avatar Strange - 02/07/2012, 15:31

très intéressant, ce type d'étude est-il réalisé pour les chênes liège, les chênes verts en France? Si oui il serait intéressant d'établir des comparatif au niveau de la biomasse et la séquestration de carbonne. Au Maroc existe t-il la possibilité de créer des parcs dits "nationaux" donc protégés?

avatar Jean Weber - 02/07/2012, 15:45

« Selon le rapport du groupe d'experts Intergouvernemental de l'Evolution du Climat GIEC (2001), les océans stockaient 93% du carbone de la planète »
C'est troublant que les experts du GIEC affirment de telles choses que je m'abstiens de qualifier pour rester poli. Le plus gros stock de carbone de la planète est les roches carbonées et carbonatées. Ces réservoirs fixent 0.4 gigatonnes de carbone par an. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_carbone

« … on conclut que cet écosystème séquestre environ 181 Millions de tonnes de carbone (soit environ 2,8 Mt C/an) »

L'information est intéressante. Ceci signifie –t-il que l'écosystème naturel n'a pas encore attend un équilibre et que la forêt non perturbée continue de croitre ?

Ce type d'études est très intéressant mais il ne faudrait pas que la valeur d'une forêt se limite au stock de carbone quelle représente dans un paysage. Merci pour l'information.

avatar Jean Weber - 02/07/2012, 16:42

@Strange,

Il faut réaffirmer que les forêts au Maroc et ailleurs doivent être protégées pour ce qu'elles sont: un héritage naturel que nous devons transmettre à nous enfants. C'est une question de morale, il y a là une dimension esthétique, révélée qui conduit à affirmer : « on ne détruit pas de telles forêts »
Toute autre justification, équation dans un bilan carbone, bien qu'intéressante, ne tient pas.

Ceci dit, comme de nos jours tout est chiffré et que l'économie du carbone peut être un des rares leviers sinon le seul pour maintenir ces trésors il ne faut bien sur se réjouir des efforts faits.

Ma crainte est cependant qu'on dise que si on trouve un autre moyen de séquestrer du carbone, conserver les forêts ne serait plus utile ou que l'on pourrait les replanter.

Ou encore faut-il hiérarchiser ? Les forêts sur tourbe drainées d'Asie du Sud Est (entre autres pour planter de l'huile de palme pour le biodiesel) libèrent par exemple autour de 1 Gigatonne de C02 par an ( http://www.wetlands.org/LinkClick.aspx?fileticket=NYQUDJl5zt8%3D&tabid=56 page 21) Soit 0.3 Gt/an de carbone ce qui représente la proportion de carbone fixée par les roches (0.4 fixé -0.3 Gt/an libéré par le volcanisme http://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_carbone )

avatar Strange - 02/07/2012, 19:18

@Jean Weber pour ce qui me concerne l'abattage d'un seul arbre me rend malade alors il va sans dire que la forêt est sacrée pour moi pas question d'y toucher quel que soit les motifs invoqués. Est-ce utile de redire que tous les pays où le déboisement intensif a été pratiqué le sol s'est trouvé appauvri tous comme les habitants d'ailleurs la forêt est une richesse

avatar Cassiopée - 09/07/2012, 16:27

Les activités humaines ne se réduisent plus à sa consommation actuelle, dans le sens de la production directe, influençant l'atmosphère par les rejets de Co2 et de méthane, la déforestation, tragique en Indonésie et au Brésil (3ème et 4ème pays plus producteur de Co2 au monde) et la cuture intensive de l'agriculture (détruisant les forêts)..

Vivant dans un système naturel, l'être humain dépends de lois qui sont des cycles naturels, comme celui de l'eau ou des puits de carbone. Il y a une répartition qui s'effectue au seing du biotope naturel, celle-ci se développe ou diminue selon les conditions climatiques : glaciation régional ou réchauffement climatique.

Un impact non moins dangereux, est l'acidification des océans, dont les puits de carbone représente (citation de l'article) :

"Selon le rapport du groupe d'experts Intergouvernemental de l'Evolution du Climat GIEC (2001), les océans stockaient 93% du carbone de la planète."

Ce risque provoque déjà actuellement une modification de la chimie terrestre, de facto mettant toutes les espèces mondiales en danger incluant l'espèce humaine. Lorsque la vie diminue car ce sont :

"Les océans sont les principaux puits naturels de carbone, assimilé via le plancton, les coraux et les poissons, puis transformé en roche sédimentaire ou biogénique."

Source
http://fr.wikipedia.org/wiki/Puits_de_carbone#Oc.C3.A9ans

Ainsi lorsque la vie diminue, et en particulier les régulateurs naturels (comme les arbres), ceci provoque à son tour une diminution de la vie, ceci se passant à l'échelle terrestre.

La surconsommation de nos sociétés énergivores en Co2 et en méthane ont fait circuler trop de Co2 dans l'atmosphère terrestre, et ont contribués à détruire les puits de carbone sur Terre de manière aussi indirecte. L'afflux de Co2 était tellement énorme, qu'il a créé des zones mortes dans les océans, contribuant à développer l'acceleration du réchauffement climatique.

Les forêts sont aussi des puits de carbone très important pour les sociétés humaines, elles sont actuellement en diminution constante, 2 terrains de football disparaîssaient à chaque seconde, ancienne statistique très parlante de la diminution des surfaces de vies animales et végétales, et de la régression des puits de carbone sur la planète, puisque le reboisement pour stabiliser cette consommation ne suit pas.

Cette suproduction des ressources naturelles déstabilisent les équilibres naturels, et la diversité de la biodiversité mondiale.

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