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Urbanisme et inondations : témoignages d'habitants de villes d'Asie de l'Est

3 455 lectures / 14 commentaires23 février 2012, 11 h 12

inondations_Asie© Banque Mondiale

Pour la plupart des habitants de l'Asie de l'Est, les inondations sont monnaie courante. Les inondations y sont de plus en plus fréquentes car l'urbanisation s'accélère. Si la population est résiliente, elle supporte des dégâts et des préjudices considérables. Pour eux, il faut améliorer les plans d'urbanisme pour gérer les inondations.

« Nous les acceptons parce que nous savons que cette zone est toujours inondée », explique Ilah, qui habite dans le quartier de Kampung Melayu, à Jakarta (Indonésie). « Nous restons chez nous et nous continuons de vivre comme d'habitude. Quand l'eau monte jusqu'à deux mètres, nous faisons des provisions de nourriture, par exemple des nouilles instantanées et des œufs. »

Lim Chanmealea, qui vit dans la commune de Toul Sangke, à Phnom Penh (Cambodge), raconte qu'en 2009, elle a connu des inondations qui ont mis deux mois à se résorber. Dans sa maison, elle avait de l'eau jusqu'à la taille. Elle a dépensé plus de 5 000 dollars pour construire un remblai et surélever la maison de 1,5 mètre.

Comme Lim Chanmealea, ceux qui habitent des zones inondables prennent les choses en mains pour se protéger, au moyen de sacs de sable, de remblais et de pompes ou en déplaçant leur mobilier... Autant de stratégies qui illustrent parfaitement la notion de « résilience ».

Les inondations, qui constituent le type de catastrophe naturelle le plus fréquent, se multiplient dans le monde entier. Les villes en expansion rapide de l'Asie de l'Est sont particulièrement vulnérables, car l'urbanisation galopante, la croissance démographique et le changement climatique exacerbent les risques, indique un nouveau rapport publié par la Banque mondiale appelant à « une gestion intégrée des risques d'inondation en milieu urbain au XXIe siècle » (Cities and Flooding: A Guide to Integrated Urban Flood Risk Management for the 21st Century).

Saranyathorn Chaoman (ou Ped selon son surnom), qui travaille au service des douanes à Bangkok, a été victime des inondations massives qui ont frappé la Thaïlande en 2011. Elle vit avec son époux et ses deux enfants près du district de Saimai, l'un des premiers touchés. Chez elle, l'eau est montée à environ un mètre, la contraignant à se réfugier dans un hôtel.

« Nous avons beaucoup dépensé pour protéger notre maison, construire des murets de retenue et boucher les caniveaux, mais les inondations ont dépassé tout ce que nous avions imaginé », se souvient Ped. Elle devait débourser l'équivalent de 10 dollars pour aller vérifier l'état de sa maison en bateau. En temps normal, ce petit trajet lui aurait coûté à peine 0,70 cent à motocyclette. Après les inondations, tous les prix ont augmenté.

À Jakarta, qui accueille 250 000 nouveaux habitants chaque année, l'urbanisation rapide aggrave la situation. Ilah vit dans le même quartier depuis 40 ans. « Les inondations ont commencé à empirer après 1975. Depuis, nous en avons une tous les mois. La pire a été celle de 2007. J'ai dû grimper sur le toit d'une école comme un singe, tout en portant mon bébé d'un an. De là, on m'a évacuée en canot pneumatique. »

C'est le même récit que l'on entend dans toute la région

À Phnom Penh, « le rythme effréné de la construction empêche l'eau de pluie de s'écouler. Et il n'y a pas vraiment de réseau d'évacuation », observe Lim Chanmealea. Pendant les inondations de 2008, « les égouts ont débordé. Nous pataugions tous dans l'eau putride, même les enfants. Près de mon village, cinq personnes d'une même famille sont mortes électrocutées. Des gens ont attrapé la gale. Des vélos, des motocyclettes et bien d'autres objets ont été détruits ».

De tels dégâts peuvent ruiner la vie des gens. Dans la province laotienne de Vientiane, touchée par une grave inondation en 2007, Bounhom Panyavong, agriculteur dans le village de Kaeng-yang (district de Hadsaifong), explique : « Nous avons subi un gros manque à gagner parce que l'inondation a détruit la majeure partie de ma récolte et ma production de riz est passée de 10 à 4 sacs. »

Dans le même district, Pae Vongkhosy, qui possède un commerce dans le village de Bor-Oh, confirme : « Nous avons beaucoup perdu car de nombreux poissons sont morts dans notre pêcherie. Notre habitation était toute sale et nous avons dû monter les meubles à l'étage. »

De l'autre côté de la frontière, au Cambodge, Seang Sor, propriétaire du restaurant Krovan Siem Reap, ajoute : « Pendant l'inondation, j'ai perdu plus de 50 % de ma clientèle régulière. »

Les étudiants ont été touchés, eux aussi. Sean Vanna, président de l'University of South-East Asia, affirme que les inondations de l'année dernière à Siem Reap sont les pires qu'il ait connues. Il a été contraint de fermer son établissement pendant deux semaines, et a perdu 40 000 dollars de revenu. Il met en cause les fortes pluies, les carences du réseau d'égouts et les débordements du canal qui traverse la ville.

À Bangkok, Ped souligne que les préjudices ne sont pas seulement économiques. Même une fois que les eaux se sont retirées, la fatigue et des séquelles psychologiques persistent. La crainte de nouvelles inondations engendre du stress. Dans son quartier, les caniveaux longeant les chemins sont encore pleins d'eaux usées, et la rue qui conduit à sa maison est plus basse que la route principale. Son époux a attrapé des infections pendant les travaux de nettoyage.

Les étudiants ont été touchés, eux aussi. Sean Vanna, président de l'University of South-East Asia, affirme que les inondations de l'année dernière à Siem Reap sont les pires qu'il ait connues. Il a été contraint de fermer son établissement pendant deux semaines, et a perdu 40 000 dollars de revenu. Il met en cause les fortes pluies, les carences du réseau d'égouts et les débordements du canal qui traverse la ville.

À Bangkok, Ped souligne que les préjudices ne sont pas seulement économiques. Même une fois que les eaux se sont retirées, la fatigue et des séquelles psychologiques persistent. La crainte de nouvelles inondations engendre du stress. Dans son quartier, les caniveaux longeant les chemins sont encore pleins d'eaux usées, et la rue qui conduit à sa maison est plus basse que la route principale. Son époux a attrapé des infections pendant les travaux de nettoyage.

« Tout le monde est inquiet car la saison des pluies pourrait commencer tôt cette année. Personne ne plante d'arbres, sachant qu'ils ont été détruits par les inondations, et les gens bétonnent les endroits risquant d'être submergés. Ce n'est pas commode, mais nous devons être patients, et changer notre mode de vie », ajoute-t-elle.

Avec cette menace qui plane sur leur tête, certains rêvent de vivre en lieu sûr. « Nous voulons déménager. Quelle personne saine d'esprit a envie d'être évacuée à chaque inondation ? », demande Renee Williams. Veuve, elle habite Barangay Bamban, à Los Baños Laguna, aux Philippines. « La dernière fois, nous avons été hébergés dans une école pendant trois mois. Ça a été dur, car on avait entassé au moins 10 familles par salle de classe. »

En Indonésie, Wati, qui habite à Jakarta dans le quartier de Kampung Melayu, partage cet avis : « Si je le pouvais, j'aimerais bien m'installer ailleurs. »

Beaucoup ont aussi des idées et des suggestions constructives pour rendre les choses moins pénibles

À Bangkok, Ped donne quelques conseils pratiques : « Avant une inondation, lisez les journaux et regardez la télévision pour vous tenir au courant. Parlez avec vos voisins pour savoir comment ils voient les choses et se préparent, car cela peut vous aider à décider quoi faire. Après les inondations, évitez d'écouter les actualités pour limiter le stress. »

À Vientiane, Pae Vongkhosy vit près du Mékong, à un endroit où le niveau du sol est très bas. « Le gouvernement devrait construire des berges afin de nous protéger contre les crues du fleuve. »

Bounhom Panyavong, également de Vientiane, acquiesce. « L'aide aux victimes des inondations n'a pas été suffisante et doit être améliorée. Elles ont dû attendre que les eaux se retirent naturellement car il n'y avait pas de pompes et l'eau a envahi les rizières. »

À Siem Reap, au Cambodge, le directeur d'université Sean Vanna suggère aux autorités provinciales « de construire un réseau d'égouts capable de faire face à l'expansion rapide de la ville et de le surveiller régulièrement. ». Il voudrait aussi que « la province se dote d'un plan d'aménagement prévoyant de rediriger les eaux qui partent des collines et traversent la ville vers le lac de Tonlé Sap, afin d'éviter les inondations ».

Enfin, retour à Phnom Penh où Lim Chanmealea suggère quant à elle aux pouvoirs publics d'améliorer le plan d'urbanisme et d'y inclure un réseau d'égouts digne de ce nom avant d'autoriser toute nouvelle construction.

Auteur

La Banque Mondiale

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

14 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar Strange - 23/02/2012, 11:24

Et la Banque Mondiale elle ne peut pas aider en finançant la mise en place d'un réseau d'assainissement et la construction de digues ?

avatar René Voujeaucourt - 23/02/2012, 11:43

strange

L'eau doit aller quelque part, les digues ne font que déplacer le problème si l'eau doit noyer des terres cultivables pendant des mois, le remède risque d'être pire que le mal.

La banque mondiale est un organisme issu de notre société, donc agissant sur les bases qui ont mené à la situation que nous connaissons aujourd'hui. c'est le serpent qui se mort la queue.
Tant qu'on n'aura pas compris que notre mode de société n'est pas le bon, on n'aura rien compris. il nous faut retourner vers une économie de subsistance au lieu de continuer à entretenir une économie de marché basée sur la fabrication de produits dont 70% sont totalement inutiles à la vie (et n'apporte qu'un bohneur éphémère et artificiel).

avatar Le Furet-Cocagne - 23/02/2012, 12:02

Une idée que le défends dans un petit site depuis plus de dix ans, tout le monde s'en tape et pourtant les eaux ne percolent plus (terrains écrasés par des engins agricoles de plus en plus lourds) constructions qui remplacent les terres cultivables, bétonnage, asphaltage, parkings de plus en plus étanches et monstrueux, routes à n'en plus finir.....
Comme l'eau ne pénètre plus la terre, elle ruisselle et se retrouve au point le plus bas inondant de plus en plus souvent les villes et villages de fond de vallées et cela n'ira que s'empirant, non vraiment, l'humanité ne sait plus quoi faire pour se détruire !!!

avatar Pierre-jean Bernard - 23/02/2012, 12:11

Mon ami le berger a dit :
" A force de planter du béton, un jour on mangera des pierres ! "

avatar Pierre-jean Bernard - 23/02/2012, 12:27

"aussi un moyen comme un autre de faire les grands nettoyages"(vinaigre)
Par la prochaine guerre mondiale...quand il y aura trop de monde,plus de ressources, plus d'énergies et pas de place ! lol.
Il faudrait gérer la planète. Que fait l'ONU ?

avatar Strange - 23/02/2012, 14:59

@ René vous faites quoi pour que la société change? Est-ce une raison suffisante pour laisser ces populations vivre dans de telles conditions?
En attendant vous n'allez pas tout arranger d'un coup de baguette magique?
Si c'est nécessaire de mettre en place des programmes qui puissent permettre à ces populations d'apprendre à mieux gérer les ressources naturelles et ne pas continuer à détruire leur environnement naturel, il faut les aider. Et puis là il ne s’agit pas d’inonder les rizières mais de rediriger les eaux vers un lac
Pourquoi ne pas le faire et faire financer tout cela par la banque mondiale plutôt que faire des prêts aux pays riches et industrialisés ?
Pour être allée dans ces pays qui subissent régulièrement les inondations et les moussons le problème principal d'une bonne partie de cette population est de pouvoir faire au moins un repas par jour, et dans les grandes villes comme Bangkok et en Asie en général comme à Hong Kong j’ai vu des gens au marché de minuit qui se promenaient de long en large avec des bébés dans les bras, pas pour le plaisir mais parce qu’ils faisaient les 3 X 8 pour dormir oui la crise du logement elle existe ailleurs .
Alors quand ces populations font face aux inondations elles perdent tout et essaient de sauver leur vie et parfois un pauvre balluchon constitue leur seule richesse et je ne fais pas dans le misérabilisme c’est la réalité
Un peu d’EMPATHIE SVP, qu’est-ce que cela apporte de d’écrire « Il nous faut retourner vers une économie de subsistance au lieu de continuer à entretenir une économie de marché basée sur la fabrication de produits dont 70% sont totalement inutiles à la vie (et n'apporte qu'un bonheur éphémère et artificiel).» Pour ces populations le bonheur consiste à survivre et à avoir au moins un bol de riz par jour ne mélangeons pas tout …

avatar René Voujeaucourt - 23/02/2012, 17:52

Strange,

Ce que je fais ? je limite mes émissions de GES au maximum car le problème vient de là, ces gens sont inondés depuis des siècles chaque année, par contre à cause du changement climatique il y

avatar René Voujeaucourt - 23/02/2012, 17:58

GGrrr ce site qui bug....


A cause du changement climatique, il y a une augmentation de l'intensité des pluies donc de ces inondations. Il faut donc soigner le mal à la racine.

On peut ajouter que pousser ces gens à vivre comme nous est une erreur grossière. Leur faire croire qu'ils peuvent vivre comme nous le faisons est à la limite criminel ils auraient mieux fait de ester dans leurs campagnes plutôt que de céder au mirage de la ville.

avatar Christophe Magdelaine - 23/02/2012, 18:04

René : quel bug rencontrez-vous précisément via quel navigateur / OS ? Merci d'avance.

avatar René Voujeaucourt - 23/02/2012, 18:16


Internet explorer 7

avatar Christophe Magdelaine - 23/02/2012, 18:46

René, je vous conseille Google Chrome, IE7 est très vieux (près de 6 ans) et n'est ni sécurisé, ni respectueux des standards et encore moins à jour, tout en étant très lent et lourd. Bref, c'est le pire choix possible.
Google chrome :
http://www.google.ch/chrome?hl=fr

avatar René Voujeaucourt - 23/02/2012, 20:08

Crhistophe,

J'ai une bécane qui date de 2003 (le top de l'époque), qui tourne sous XP donc elle n'accepte pas Chrome, mais tant qu'elle tournera sans problèmes importants, je ne la changerai pas c'est ça aussi la lutte contre les émissions de GES et contre le gaspillage des ressources.

avatar Christophe Magdelaine - 23/02/2012, 20:29

Oui, je vous approuve, mais Chrome s'installe aussi sous XP.

avatar guillaume stimolo - 25/02/2012, 14:34

moi de même j'ai un ordinateur de 2002 et il fonctionne bien pour son âge sur google chrome :)
Pour revenir au sujet ....,
d'après les cours en seconde de 2009 et d'histoire géographie cette recrudescence des inondations est en partie dû à l'assèchement des nappes phréatiques( à cause notamment d'une augmentation de la population et des besoins en eau pour l'industrie ...) qui se trouvent en bordure de littoral ce qui a pour conséquence d'affaisser les terrains et entraîne ainsi une augmentation des inondations et l'eau des nappes se charge en eau de mer ce qui la rend non potable. Voilà pour ce qu'on apprend en seconde !

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