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Il y a 3000 ans, en Afrique centrale, la déforestation était déjà importante

2170 lectures / 5 commentaires14 février 2012, 12 h 13

Carottier_image_node_fullMise en oeuvre d'un carottier à bord de L'Atalante
© Ifremer / Michel Gouillou

Une équipe de chercheurs de l'unité Géosciences marines(1) du Centre Ifremer Bretagne a rédigé un article paru le 9 février dans Science(2). L'étude géochimique d'une carotte de sédiments marins, prélevée à 900 mètres de profondeur au large du Congo, suggère que l'arrivée des premiers agriculteurs en Afrique centrale, il y a environ 3000 ans, a eu un impact environnemental important sur la forêt tropicale.

Une accélération soudaine de l'intensité de l'érosion chimique des sols a en effet été détectée pour cette période et reflète, d'après les scientifiques, une intensification des activités humaines, très probablement liée à l'introduction de l'agriculture.

Ces résultats remettent en question l'hypothèse de l'origine purement climatique de l'épisode de déforestation de la forêt tropicale d'Afrique centrale du premier millénaire avant J.-C.

Une partie de la forêt tropicale d'Afrique centrale disparue il y a 3000 ans 

Au premier millénaire avant notre ère, la forêt tropicale d'Afrique centrale subit une perturbation majeure, marquée par la destruction d'une partie de son domaine forestier et son
remplacement par les savanes.

Cet épisode de déforestation est bien documenté dans de nombreux enregistrements sédimentaires de lacs, depuis la frange côtière Atlantique jusqu'à la région des Grands Lacs africains. Sa cause est généralement attribuée à une baisse progressive des précipitations en Afrique centrale, dans un contexte de changement climatique régional.

Il est également connu qu'à cette même époque, des populations issues des confins du Cameroun et du Nigeria actuels émigrèrent à travers l'Afrique subsaharienne, colonisant progressivement la forêt tropicale. Les vagues de migrations bantoues (du nom de la langue parlée par ces pionniers) furent à l'origine d'une profonde mutation du peuplement de l'Afrique, associée notamment à la diffusion de l'agriculture et de la technologie de la métallurgie du fer.

Financée par l'ANR (Agence nationale de la Recherche), l'étude menée par l'Ifremer, s'inscrit dans le cadre du projet ECO-MIST(3). Elle remet en cause l'origine purement climatique de cette déforestation.

L'empreinte environnementale de l'homme déjà très marquée

Les scientifiques se sont appuyés sur l'analyse d'une carotte de sédiments marins d'une dizaine de mètres, prélevée lors de la campagne océanographique ZaïAngo 1 menée en 1998 à bord du navire océanographique L'Atalante de l'Ifremer, à environ 900 mètres de profondeur au large de la République Populaire du Congo. À cet endroit, l'accumulation continue sur la pente continentale de sédiments argileux exportés par le fleuve Congo permet de reconstruire, à l'aide de traceurs géochimiques et isotopiques(4), les conditions environnementales ayant régné en Afrique centrale par le passé.

Les résultats de l'analyse de la carotte montrent clairement que l'intensité de l'érosion chimique dans le bassin du Congo a fluctué de pair avec les variations régionales des précipitations au cours des derniers 40 000 ans. Cependant, à partir d'une certaine période, il y a environ 3000 ans, alors que le régime des précipitations en Afrique est en nette diminution, les traceurs géochimiques indiquent une accélération soudaine de l'intensité de l'érosion chimique des sols, atteignant des niveaux inégalés sur les derniers 40 000 ans, et entièrement découplée du signal climatique naturel.

Sur la base de ces résultats, les scientifiques expliquent cette forte augmentation de l'érosion par l'intensification des activités humaines, liée probablement à l'introduction de l'agriculture par les paysans bantous. Cette étude suggère que l'empreinte de l'homme dans son environnement était déjà très marquée à cette époque.

Notes

  1. Laboratoire « Géochimie et Métallogénie » et laboratoire « Environnements Sédimentaires »
  2. Germain Bayon, Bernard Dennielou, Joël Etoubleau, Emmanuel Ponzevera, Samuel Toucanne, Sylvain Bermell, 2012. Intensifying weathering and land-use in Iron Age Central Africa. Mise en ligne de l'article le 9 février sur le portail Science Express
  3. Étude des processus d'érosion continentale à l'aide de nouveaux traceurs moléculaires et isotopiques
  4. Analyses effectuées à l'Ifremer par fluorescence X (XRF) et spectrométrie de masse à source plasma (MC-ICPMS)

Auteur

IFREMER

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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5 commentaires

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avatar mepourkwa / Kinshasa -

J'adore: l'empreinte environnementale de l'homme tres marquee. ah, ah! On omet de dire ce qui ne nous convient pas pour faire croire que la deforestation n'a aucune incidence sur le changement de climat.

quelqu'un peut-il dire combien d'habitants il y avait a l'epoque dans cette region?
comment l'homme arrivait-il a abattre un ou des arbres, aussi rapidement q'une tronconneuse electrique? combien de temps mettait-il a evacuer tous les arbres qu'il abattait?
Pauvres Bantous, ils etaient deja la source de tous les maux lies a la deforestation. Et si ils sont vraiment fautifs, pourquoi des siecles apres, les forets tropicales existent elles encore?
Et puisque l'article le sous entend si bien, " ben, y en avait d'autres avant qui pratiquaient la deforestation, alors pourquoi pas nous?"

Allez, allez, il y a des trous de memoire dans cet article

avatar Strange -

"Sa cause est généralement attribuée à une baisse progressive des précipitations en Afrique centrale, dans un contexte de changement climatique régional."
Certaines causes semblent avoir été oubliées ou à peine effleurées dans ce texte :
L’esclavage, les « négriers » ont coupé des arbres pour construire les bateaux
Le commerce du bois qui a commencé au 19 e siècle par les entreprises Belges qui ont envoyé le bois vers l’Europe
L’agriculture sur brûlis pratiquée par la population congolaise
La coupe du bois de chauffe qui représente environ 45 millions de M3 par an il y a encore quelques années et sans doute encore aujourd’hui pour les zones dépourvues d’électricité

avatar Strange -

Voici deux articles sur l'exploitation forestière au Congo :
http://forets.greenpeace.fr/futur-vole-par-lexploitation-forestiere-en-republique-democratique-du-congo

http://afrohistorama.over-blog.com/article-apres-le-petrole-le-pillage-de-la-foret-congolaise-81823382.html

avatar Raquam- Fontenay le Comte -

Bravo bravo, pour cette étude qui concerne la période 1000 ans avant notre ère. Les commentaires qui suivent sont un peu décalés quand ils évoquent la traite des noirs, 2500 ans plus tard! et la surexploitation des richesses africaines, à l'époque moderne! On peut le dire, il y a eu des variations climatiques, faut-il se priver d'étudier ces périodes reculées simplement pour ne pas froisser la culpabilité de nos contemporains? Ce serait une curieuse façon de faire des recherches.
Le fait principal c'est la corrélation entre pluies-sécheresse et forestation-déforestation, avec un grand nombre de de paramètres pas tous connus. C'est ce qu'il faut étudier pour comprendre la situation actuelle et ce qui va suivre.

avatar Dieudonné BAKANOVA, Dakar (Sénégal) -

Une conclusion brutale de ces chercheurs, car à cette période il n'y avait pas une population importante des Bantous pour une telle pression sur les forêts de Bassin du Congo. Moi-même originaire de la RDC, reconnait que le fleuve Congo et autres affluents transportent des quantités importantes de sédiment de la partie continentale vers la mer. La pression anthropique ne se justifie pas.

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