La découverte a été annoncée lors du dernier congrès annuel de la Société de chimie et de toxicologie environnementales à Seattle aux États-Unis. Des traces d'antidépresseurs ont été trouvées dans les poissons des rivières du Texas par des chercheurs de l'université Baylor, à Waco. Ces poissons nageaient en aval d'une usine d'épuration des eaux. On peut craindre néanmoins que cette pollution d'un type nouveau ne s'étende à l'avenir.
Des traces de composés actifs de Prozac et de Zoloft ont été repérées dans le foie, les muscles et le cerveau des poissons. Ces résidus médicamenteux se retrouvent dans la chaîne alimentaire après être passés par les toilettes(1), les égouts et les rivières. Selon les toxicologues qui ont mené l'étude, les antidépresseurs auraient un effet psychotrope sur les poissons comme sur les humains. Il les « relaxerait ». Heureusement, les doses trouvées sont très faibles et la consommation de ces poissons ne risque pas de produire d'effets psychotropes chez les humains : « il faudrait vraiment manger beaucoup de poissons pour soigner sa dépression », ironise Bryan Brooks, de l'université Baylor.
Une telle découverte soulève toutefois de sérieux problèmes sur le degré croissant de pollution chimique de l'environnement, et ses répercussions éventuelles sur la biodiversité et la santé humaine.
Sur le site internet de la firme Eli Lilly & Co, qui commercialise le célèbre antidépresseur, on peut lire en effet, dans un document technique, que la fluoxétine (c'est-à-dire le prozac) est « modérément toxique pour les poissons et hautement toxique pour les invertébrés et les algues vertes », qu'elle présente « un faible potentiel d'accumulation dans les organismes aqua-tiques », et qu'elle « peut être considérée persistante dans l'environnement en raison de la lenteur de sa biodégradation et de son hydrolyse ».
Les poissons français n'ont rien à envier, si l'on peut dire, à leurs congénères américains. Une enquête menée par la Commission européenne dans sept pays, dont la France, vient de montrer la présence de 36 types de substances médicamenteuses dans l'eau des rivières, parmi lesquels on trouve, outre des antidépresseurs, des contraceptifs, des antibiotiques et des antiépileptiques.
Une autre étude supervisée par Brian Brooks a mis en évidence le développement de caractéristiques femelles chez des poissons mâles sous l'influence des œstrogènes qui passent dans l'eau des rivières. Ces œstrogènes proviennent essentiellement des contraceptifs et des traitements hormonaux de substitution. Le chercheur met en garde contre les répercussions, à long terme, sur la reproduction des poissons.
Mais d'autres questions se posent en terme de santé publique : ces substances sont-elles susceptibles de polluer l'eau des réseaux potables ? La consommation de poissons contaminés par ces substances présente-t-elle un danger pour l'Homme ?
(1) Il s'agit de la part de médicaments, non absorbée par l'organisme, qui se retrouve éliminée.
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