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Un quart des terres sont dégradées sur notre planète

2827 lectures / 5 commentaires01 décembre 2011, 18 h 00

secheresse1© C. Magdelaine / notre-planete.info

Avec la dégradation et l'appauvrissement des ressources en terres et en eau, divers systèmes de production vivrière essentiels se retrouvent menacés à l'échelle mondiale, ce qui représente un sérieux défi pour nourrir une population qui devrait atteindre les 9 milliards d'habitants d'ici 2050, selon un nouveau rapport de la FAO publié le 28 novembre 2011.

Le rapport "l'Etat des ressources mondiales en terres et en eau pour l'alimentation et l'agriculture" (SOLAW) fait remarquer que si les 50 dernières années ont vu un accroissement important de la production vivrière, "trop souvent, les réalisations se sont accompagnées de pratiques de gestion qui ont dégradé les systèmes d'exploitation de la terre et de l'eau dont dépend la production vivrière". Aujourd'hui, un certain nombre de ces systèmes "sont confrontés au risque d'un effritement progressif de leur capacité productive face à une pression démographique excessive associée à des pratiques agricoles non durables", affirme le rapport.

Aucune région n'est à l'abri : les systèmes à risque se trouvent partout dans le monde, depuis les hauts plateaux des Andes jusqu'aux steppes d'Asie centrale, du bassin hydrographique Murray-Darling en Australie au centre des Etats-Unis.

Parallèlement, avec l'aggravation des problèmes de ressources naturelles, la compétition pour les terres et l'eau va s'intensifier, indique le rapport, notamment entre les utilisateurs urbains et industriels, ainsi qu'au sein du secteur agricole - entre l'élevage, les cultures de base, les cultures non vivrières et la production de biocombustibles.

En outre, le changement climatique devrait altérer les régimes thermiques, les précipitations et les débits fluviaux dont dépendent les systèmes de production vivrière.

De ce fait, « assurer une alimentation suffisante à tous les habitants de la planète est un défi qui est plus que jamais difficile à relever », souligne le SOLAW, en particulier dans les pays en développement, où les terres de qualité, les substances nutritives présentes dans l'eau et dans les sols sont moins abondantes.

"Le rapport fait remarquer que l'impact collectif de ces pressions et les transformations qui en résultent dans l'agriculture ont mis certains systèmes productifs à risque d'effondrement de leur intégrité environnementale et capacité de production. Ces systèmes en danger pourraient tout simplement ne pas être en mesure de contribuer comme prévu à satisfaire la demande de l'homme d'ici 2050. Les conséquences en termes de faim et de pauvreté sont inacceptables. Des mesures correctives doivent être prises dès maintenant", a déclaré le Directeur général de la FAO, Jacques Diouf.

Signes avant-coureurs

Entre 1961 et 2009, les terres cultivées de la planète ont augmenté de 12 pour cent passant de 1,4 milliard d'hectares à 1,6 milliard, mais la production agricole a fait un bond de plus de 150 % grâce un accroissement significatif des rendements des principales cultures.

Cependant, un des "signes avant-coureurs" signalés par le rapport est le ralentissement des taux de croissance agricole dans de nombreux secteurs. Ils représentent aujourd'hui la moitié de ce qu'ils étaient pendant les années fastes de la Révolution verte.

Globalement, le rapport dresse un tableau de déséquilibre croissant entre l'offre et la demande de ressources en terres et en eau au niveau local et national. Le nombre de zones atteignant les limites de leur capacité de production augmente rapidement, met en garde le rapport.

25 pour cent des terres sont dégradées

Le rapport SOLAW offre pour la première fois une évaluation mondiale de l'état des ressources en terres de la planète. Un quart des ressources sont dans un état de dégradation extrême, 8 pour cent sont modérément dégradées, 36 pour cent sont stables ou légèrement degradées et 10 pour cent sont "en cours de bonification". Le reste de la superficie terrestre est constitué soit de terres nues (18 % environ) soit de plans d'eau continentaux (2 % environ). [Ces chiffres incluent toutes les terres, pas seulement les terres cultivées]

La définition de dégradation par la FAO ne se limite pas à la dégradation en soi des sols et des eaux mais comprend aussi une évaluation d'autres aspects des écosystèmes touchés, par exemple, la perte de biodiversité.

Sur tous les continents, de vastes zones sont touchées par la dégradation des terres, avec des incidences particulières le long de la côte ouest des Amériques, dans le Bassin méditerranéen d'Europe du Sud et d'Afrique du Nord, dans tout le Sahel et la Corne de l'Afrique, et un peu partout en Asie. La plus grande menace est la perte de qualité des sols, suivie de la perte de biodiversité et de l'appauvrissement des ressources en eau.

Quelque 1,6 milliard d'hectares des terres parmi les plus productives de la planète servent actuellement à l'agriculture. Certaines parties subissent les effets des pratiques d'exploitation qui entraînent l'érosion hydrique et éolienne, la perte de matière organique, le tassement de la couche arable, la salinisation et la pollution du sol ainsi que la perte de nutriments.

Les pénuries et la pollution de l'eau en hausse

Les pénuries d'eau augmentent, de même que la salinisation et la pollution des eaux souterraines, et la dégradation des plans d'eau et des écosystèmes liés à l'eau, signale le rapport. De vastes plans d'eau continentaux subissent la réduction des apports d'eau associée à la charge de nutriments - l'accumulation excessive de substances comme l'azote et le phosphore. De nombreux fleuves n'atteignent pas leurs embouchures naturelles et les terres humides sont en train de disparaître.

Dans les principales zones céréalières, les prélèvements intensifs d'eaux souterraines épuisent la capacité de stockage de l'eau et éliminent les réserves d'eau accessibles dont dépendent les communautés rurales. Au total, l'agriculture ponctionne 70% de l'eau douce disponible.

"Vu la dépendance de nombreux systèmes essentiels de production vivrière vis-à-vis des eaux souterraines, la baisse des niveaux des aquifères et les prélèvements continus d'eaux souterraines non renouvelables présentent un risque croissant pour la production vivrière locale et mondiale", met en garde le rapport de la FAO.

Le piège de la pauvreté

"Partout dans le monde, les habitants les plus pauvres sont aussi ceux qui accèdent le plus difficilement aux ressources en terres et en eau et qui sont piégés par la pauvreté parce que leurs exploitations sont petites, ont des sols de mauvais qualité et sont particulièrement touchées par la dégradation des terres et les effets des aléas climatiques", souligne le rapport.

Quelque 40 pour cent des terres dégradées de la planète se trouvent dans des zones affichant des taux de pauvreté élevés. Malgré tout, à preuve que la dégradation est un risque commun à toutes les catégories, 30% des terres dégradées du monde sont dans des zones de niveaux modérés de pauvreté, tandis que 20% dans des zones de faible pauvreté.

Perspectives d'avenir

La FAO estime que pour faire face à la croissance démographique et à la hausse des revenus à l'horizon 2050, il faudra augmenter la production vivrière mondiale de 70 pour cent, ce qui veut dire un milliard de tonnes de céréales et 200 millions de tonnes de produits de l'élevage de plus chaque année.

"Si l'on veut améliorer la nutrition et faire reculer l'insécurité alimentaire et la sous-alimentation, la production future devra progresser plus vite que la croissance démographique et les régimes de consommation devront évoluer", affirme le rapport.

Plus des quatre-cinquièmes des gains de production devront résulter en grande partie d'une intensification durable de la production sur les terres actuellement exploitées, en faisant une utilisation rationnelle des ressources en terres et en eau.

Recommandations

Il sera capital d'améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'eau par l'agriculture. La plupart des systèmes d'irrigation dans le monde fonctionnent en-deçà de leurs capacités. On peut accroître leur efficacité en associant une meilleure gestion des périmètres, en investissant dans les savoirs locaux et les technologies modernes, et en développant les connaissances et la formation.

Par ailleurs, les pratiques novatrices telles que l'agriculture de conservation, l'agroforesterie, les systèmes intégrés agriculture-élevage et les systèmes intégrés irrigation-aquaculture promettent d'accroître efficacement la production tout en limitant les impacts sur les écosystèmes.

La FAO a récemment présenté sa vision pour une intensification durable de la production agricole dans la publication Produire plus avec moins : un nouveau modèle d'agriculture, parue dans le courant de l'année.

Autre domaine requérant des améliorations : l'investissement dans le développement agricole. Les besoins d'investissements bruts entre 2007 et 2050 pour la gestion de l'eau pour l'irrigation dans les pays en développement sont estimés à près de mille milliards de dollars. La protection et la mise en valeur des terres, la conservation des sols et la lutte contre les inondations nécessiteront quelque 160 milliards de dollars d'investissement durant la même période, selon le rapport.

Enfin, une plus grande attention devrait être accordée non seulement aux options techniques d'amélioration de l'efficacité et de promotion de l'intensification durable de la production, mais aussi à veiller à la modernisation, à la collaboration des politiques et des institutions nationales qui devraient être mieux équipées pour relever les défis émergents de la gestion des ressources.

Le rapport SOLAW comporte de nombreux exemples d'initiatives fructueuses lancées dans diverses parties du monde, qui illustrent les multiples options pouvant être reproduites dans d'autres régions. Etant donné la compétition croissante pour les ressources en terres et en eau, les parties prenantes devront nécessairement, dans le choix d'options, trouver un juste équilibre parmi toute une série de biens et services écosystémiques. Ces connaissances serviront à mobiliser la volonté politique, l'établissement de priorités et des mesures correctives axées sur les politiques aux plus hauts niveaux décisionnels.

Auteur

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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5 commentaires

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avatar reith -

et éviter la croissance démographique, on ne peut pas l'envisager ?????

avatar Bruno Herblay -

C'est pourtant ce qu'il faudrait faire au lieu d'attendre que ça se régule tout seul par la famine.

Un pays ne devrait être peuplé qu'en fonction de:
1. son auto-suffisance alimentaire
2. le maintien d'une biodiversité suffisante (qui pourrait être un des critères d'aide financière extérieure)
3. une maîtrise de sa consommation d'eau

Ce serait interessant de voir ceux qui sont parés à toutes eventualités et ceux qui sont condamnés aux émeutes récurrentes de la faim. Ceci est aussi valable pour un pays riche car on n'est jamais à 100% protégé d'un embargo ou d'une crise économique sévère.

Les pays qui pensent qu'en achetant des terres ailleurs ils se protégeront se leurent à mon avis. En cas de famine dans les pays concernés il est évident qu'ils ne garderont pas ces terres.

avatar Strange -

Eh bien voilà qui est dit :
Autosuffisance alimentaire même les pays dit "développés" ne sont pas actuellement capables de vivre de leurs propres ressources et enfin n'oublions pas que nos ancêtres ont fait un long chemin depuis le berceau de la civilisation et celui-ci n'était pas situé en France
Il y a le partage des richesses terrestres (je ne fais pas allusion à l'argent) celles-ci devront se faire soit en bonne intelligence soit elles se feront par la force. Nous les petits européens nantis que sommes-nous vis à vis des populations de l'Inde, de l'Asie et de l'Afrique? Oui il faut faire quelque chose mais à chaque fois (réunions G20, ONU et autres structures) aucune mesure concrète n'est prise car les beaux discours ne manquent pas mais les actes sont pas très visibles

avatar Marseille -

@reith, vous avez évidemment raison.

La cause première des maux de l'humanité est sa croissance démographique insensée : une "tragédie" selon Claude Habib (professeur à Paris III), un "empoisonnement interne" selon Claude Lévi-Strauss.

Saurons-nous porter secours à ces 215 millions de femmes des pays du Sud qui ne veulent pas (ou plus) avoir d'enfant ? Elles qui n'ont toujours pas accès à la planification familiale ?

Le président Wade (Sénégal) et la première Dame du Burkina Faso (Mme Compaoré) l'ont demandé lors de la Conférence Internationale qui a eu lieu la semaine dernière sur le sujet (29/11 au 2/12/2011), conférence que les médias de notre pays nataliste ont évidemment passé sous silence ?
http://www.demographie-responsable.org/

avatar marcgforce -

l’équation est pourtant simple, l'homme court a sa perte sur cette planète qui reste un bout de caillou accroché dans l'univers, la planète se remettra facilement du passage de l'homme quoi que nous fassions, car la vie globale se jour sur des périodes de temps que nous ne maitrisons pas et dans lesquelles l'homme n'est qu'un insecte ravageur.

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