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2536 lectures / 1 commentaire20 octobre 2011, 12 h 01
Forêt de Rambouillet, Ile-de-France - FranceLes espèces végétales des forêts de plaine seraient peu réactives face au réchauffement climatique, ce qui les rendrait particulièrement vulnérables dans les prochaines décennies. C'est ce que révèle une étude publiée hier dans la revue Nature par des chercheurs d'AgroParisTech, de l'Inra, de l'Université d'Aarhus (Danemark), du CNRS, de l'Université de Strasbourg, et de l'Inventaire Forestier National.
L'étude, qui a bénéficié du soutien financier de l'ADEME et de la Région Lorraine, a porté sur les communautés végétales (groupes d'espèces vivant ensemble) présentes dans les forêts de la France métropolitaine. Les chercheurs ont analysé les changements progressifs d'espèces dans ces communautés entre 1965 et 2008, et les ont confrontés à l'évolution de la température au cours de la même période. L'étude s'est concentrée sur les espèces herbacées, a priori plus réactives face aux changements environnementaux que les arbres et donc plus révélatrices de l'impact du réchauffement climatique sur les forêts.
Jusqu'à présent, les spécialistes s'étaient surtout inquiétés des espèces de montagne, considérées comme plus vulnérables au réchauffement climatique. Une étude française (réalisée par des scientifiques d'AgroParisTech, de l'Inra et du CNRS) avait déjà montré, en 2008, que les plantes montagnardes avaient commencé à migrer en altitude (65 mètres en moyenne depuis les années 80) suite à l'augmentation de la température. Une menace pour ces espèces qui voient la surface de leur habitat se réduire vers les sommets.
Cependant, en comparant les changements de composition en espèces observés dans les communautés végétales de plaine à ceux des communautés de montagne, les chercheurs ont constaté que les premières sont moins réactives face au changement climatique, ce qui les rend in fine plus vulnérables. En effet, en montagne, un remplacement progressif d'espèces adaptées au climat froid par des espèces adaptées à un climat plus chaud a permis aux communautés de « compenser » 0,54 °C sur les 1,07 °C d'augmentation moyenne de la température observée sur la période étudiée. En revanche, pour les communautés de plaine, cette compensation n'a été que de 0,02 °C pour un réchauffement similaire (1,11 °C), ce qui révèle un déséquilibre grandissant entre la flore forestière de plaine et le climat.
Ce manque de réactivité de la part des espèces de plaine peut s'expliquer par trois raisons principales. D'abord, ces espèces sont plus adaptées aux températures chaudes donc plus tolérantes au réchauffement climatique. Ensuite, elles souffrent d'une plus grande fragmentation de leur habitat par rapport aux communautés végétales forestières de montagne : routes, zones d'habitation et champs cultivés constituent autant de barrières à leur migration. Leurs modes de dispersion (par le vent ou par les animaux, principalement) ne leur permettent pas toujours de traverser ces obstacles.
La dernière raison – sans doute la plus préoccupante – est la distance à parcourir d'une génération à la suivante pour retrouver un climat favorable à leur développement. En montagne, les espèces doivent en moyenne migrer sur 1,1 km, principalement vers les sommets, pour retrouver des conditions de température identiques à celles d'avant le réchauffement climatique. En plaine, en revanche, elles doivent migrer vers le Nord sur des distances plus importantes pour compenser un réchauffement similaire (35,6 km en moyenne). Compte tenu d'une distance de dispersion excédant rarement quelques centaines de mètres par an, les espèces herbacées forestières peuvent donc difficilement compenser la hausse de température observée en plaine par une migration naturelle.
Si l'équilibre flore-climat semble se rétablir en montagne malgré la hausse brutale des températures observée depuis 1987, celui-ci semble brisé en plaine. Dans un monde où le réchauffement climatique est amené à perdurer, le retard accumulé dans la réaction des forêts de plaine ne pourra être comblé sans des changements importants dans cet écosystème, allant probablement jusqu'à la disparition de certaines espèces. Le fonctionnement des écosystèmes forestiers et la préservation de la biodiversité en seraient certainement affectés.
Romain Bertrand, Jonathan Lenoir, Christian Piedallu, Gabriela Riofrío-Dillon, Patrice de Ruffray, Claude Vidal, Jean-Claude Pierrat, Jean-Claude Gégout, "Changes in plant community composition lag behind climate warming in lowland forests", Nature vol. 478, number 7369 (2011). 10.1038/nature10548
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
Jean Weber -
Cela fait plaisir de voir un organisme scientifique comme l'INRA publier sur ce site et surtout de nous parler de cas concrets. Il est en effet important que le public et les décideurs comprennent ce qui se passe.
On peut également s'interroger s'il existe lien avec un possible impact de l'homme sur la variabilité génétique des espèces de plaine. Je pense à l'hypothèse que la graphiose de l'Orme aurait été favorisée par une faible diversité génétique.
« Les planteurs d'ormes se bornent trop souvent au moyen le plus facile, qui est de planter par rejeton et par éclats de racines ; mais ils en sont les dupes , et ils n'obtiennent que des sujets rabougris qui ne rapportent presque rien. On distingue au premier coup-d'œil, à la beauté de leur port et à la vigueur de leur végétation, les ormes de semis, et ceux à feuilles étroites greffés sur sujets écossais, dans les plantations d'agrément, dans les parcs, et sur les pelouses qui environnent les maisons de campagne.'' Cette homogénéisation génétique a effectivement peut-être contribué à la rapide diffusion de la graphiose de l'Orme. » (Wikipedia).
C'est dans les plaines que l'usage de variétés clonales est la plus importante pour les plantations (peuplement dans les villes, fruitiers, peuplier…). Quel est l'impact de ces clones sur la variabilité génétique des populations naturelles (on imagine que les clones peuvent féconder les populations naturelles) ? Comment cela se traduit-il sur la capacité des populations de plaines à s'adapter à un changement du milieu comme par exemple l'apparition de nouveaux parasites lié au changement climatique ?
Il est aussi intéressant de distinguer les diverses situations dans le monde. En Europe il existe beaucoup de forêts communales qui bien que parfois isolées constituent toutefois un maillage de réserves génétique pour certaines espèces qui permettrait de répondre à un changement de l'environnement.
Dans les pays tropicaux comme par exemple la Malaisie les réserves forestières sont dans les montagnes alors que les plaines ont été quasiment totalement ratiboisées. L'absence de réserves naturelles dans les plaines fait que seule une conservation ex-situ ou une réintroduction des populations dans les zones déboisées permettra de sauver les espèces et cela même en absence de changement climatique ! Hélas le public est très peu au fait de ce problème et les communautés urbaines en milieu tropical plantent des millions de clones exotiques, souvent invasifs, au lieu d'espèces locales menacées de disparition. Pour une fois ce n'est pas un problème de moyens mais d'absence de communication et d'intérêt du public. Le Botaniste Corner (1906 –1996) écrivait déjà il ya 40 ans qu'un paysan villageois Malaisien était capable de reconnaitre 200 espèces d'arbres alors que le citadin malaisien n'en connaissait pratiquement aucune. L'utilisation partout des mêmes variétés dans les villes se rapproche d'une forme de monoculture.
Je crois que dans ce domaine les organismes de recherche et décideurs ont peu de moyens de changer les choses s'il n'y a pas une réponse du public ou si le public est incapable de se rendre compte de ce que cela représente concrètement. Ce n'est pas pour rien que le premier des objectifs de la conférence de Nagoya en 2010 est que d'ici à 2020 au plus tard, les individus soient conscients de la valeur de la diversité biologique et des mesures qu'ils peuvent prendre pour la conserver et l'utiliser de manière durable. On n'évoque pas ici des organismes de recherche ou des gouvernements mais bien des individus. En effet, une coordination des actions contre l'érosion de la biodiversité sera réellement efficace que s'il existe une interaction réelle et visible entre le public, les décideurs et les organismes de recherche. Je ne fais pas partie de l'INRA mais d'un petit institut de recherche en Malaisie et je fais un appel aux lecteurs de ce texte de m'aider à démonter qu'il est possible de nous faire collaborer en tant qu'individus avec des projets de recherches officiels. Je vous demande simplement d'identifier quelques arbres de votre jardin ou sur le pas de votre porte en cherchant leurs noms scientifiques et de les cartographier sur http://pericopsis.org/ (un vidéo tutoriel est disponible sur le site). Sur la page d'introduction vous pourrez trouver par un formulaire interactif les résultats obtenus par des éco-citoyens dans différents pays. L'objectif est d'atteindre une masse critique de participation et de démontrer que cette approche peut être une ressource sur laquelle il est possible de s'appuyer. Par exemple un chercheur ne peut s'engager dans un projet que si le financement de celui-ci est accepté. Actuellement un projet qui implique une participation citoyenne n'a pratiquement aucune de chance d'être reçu car il y a très peu de modèles ou cela a été appliqué. De même, la prochaine fois que vous choisirez une variété de cerisier pour votre jardin, vous ne saurez pas comment ce choix s'intègre avec celui du voisin ou ceux faits dans d'autre pays si l'information n'est pas disponible. De même si vous ne réclamez pas une variété locale ou particulière de cerisier à votre pépiniériste celui-ci risque de vous offrir la même variété qui se vend bien aux USA et au Japon. Répondre à cette question nécessite que tout le monde mette les mains à la pâte.
Jean
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