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Il y a assez de terres cultivables pour nourrir l'humanité en 2050 !

3549 lectures / 26 commentaires10 octobre 2011, 11 h 30

paysan_cuba_iuliPaysan à Cuba
© Iuli Nascimento

Contrairement à beaucoup d'idées reçues, l'accroissement global de la production agricole sur notre planète a été bien plus rapide que celui de la population mondiale depuis 40 ans. La consommation alimentaire moyenne mondiale par personne a augmenté de près d'un cinquième, passant de 2 360 calories par personne et par jour en 1960 à 2 800 calories par personne et par jour aujourd'hui. Dans la même période, le pourcentage d'habitants souffrant de la faim dans les pays en voie de développement est passé d'un tiers à moins d'un cinquième !

Dans les pays en développement, l'augmentation des ressources alimentaires par habitant a été particulièrement remarquable : de 1 900 calories en 1960, elles sont passées à plus de 2 500 calories en 2000, soit une augmentation de 30 % en 40 ans, alors que la population mondiale a plus que doublé au cours de cette période. Ce résultat est d'autant plus impressionnant que, comme le montrent les travaux de la FAO, la surface de terres cultivées est restée quasiment stable dans le monde depuis 1960.

Il reste que, selon la FAO, 925 millions de personnes souffrent encore de la faim sur Terre et, pour nourrir correctement l'humanité en 2050, il faudra augmenter de 70 % la production agricole mondiale. Ce défi semble impossible à relever mais pourtant une étude remarquable et très documentée montre qu'il y a suffisamment de terres cultivables non encore exploitées, à l'échelle mondiale, pour nourrir notre planète à l'horizon 2050.

Pour arriver à cette conclusion surprenante mais rigoureuse sur le plan scientifique, Laurence Roudart, chercheuse reconnue au niveau international de l'Université libre de Bruxelles, rappelle, dans un entretien passionnant accordé à la revue "La Recherche" de juillet-août 2011 (non disponible en ligne) quelques ordres de grandeur essentiels : sur les 13,4 milliards d'hectares de terres émergées sur notre planète, environ 30 % sont considérées comme cultivables sans qu'il soit besoin d'irriguer. Or, sur ces 4,2 milliards d'hectares, 60 % ne sont pas cultivés, soit environ 2,5 milliards d'hectares, ce qui est considérable. Même si l'on prend en compte les infrastructures, les forêts et les zones protégées, on estime que la superficie mondiale cultivée pourrait être multipliée par 1,6, soit une extension de 970 millions d'hectares.

Cela sera-t-il suffisant pour nourrir correctement les 9 milliards d'êtres humains que comptera la Terre en 2050 ? Pour répondre à cette question, Laurence Roudart et son équipe ont envisagé un scénario extrêmement prudent et contraignant dénommé "Agrimonde 1". Dans cette hypothèse de travail, chaque personne doit disposer de 3 000 kilocalories par jour, dont 500 kilocalories d'origine animale.

Ce scénario très prudent privilégie volontairement l'extension des surfaces cultivées et mise peu sur les progrès de l'agronomie. Enfin, ce scénario prend également en compte les surfaces nécessaires à la production des agrocarburants de deuxième génération principalement issus du bois et de tous ses dérivés. Au total, ces contraintes fortes représentent 590 millions d'hectares cultivés supplémentaires, soit seulement 60 % des 970 millions d'hectares cultivables et disponibles sur notre planète !

Mais cette situation globale masque de profondes disparités locales car les terres cultivables non exploitées et véritablement disponibles pour l'agriculture (ces deux conditions doivent impérativement être simultanément remplies) sont réparties de manière très inégale à la surface de la planète. Ces "réserves foncières" agricoles sont essentiellement présentes en Afrique et en Amérique latine mais beaucoup moins au Moyen-Orient et en Asie, régions soumises à une forte pression démographique et à des contraintes géoclimatiques spécifiques. Mais il faut rappeler que l'agriculture "locale" et encore largement manuelle, qui s'inscrit dans le cadre "d'agro-écosystèmes", représente plus de 70 % de la production agricole mondiale, le reste étant assuré par l'agriculture industrielle.

Or, une autre étude menée par l'Université d'Essex et portant sur 218 projets de développement agricole fondés sur l'agroécologie, répartis dans 57 pays et couvrant 37 millions d'hectares (regroupant 12,6 millions d'exploitations agricoles), a montré un accroissement moyen des rendements de 64 % sur l'ensemble de ces projets, ce qui est tout à fait remarquable. Néanmoins, les travaux de la FAO ont montré que l'agriculture biologique ne pouvait, à elle seule, assurer la sécurité alimentaire au niveau mondial mais pouvait y contribuer de manière importante.

Il est intéressant de souligner que les conclusions de Laurence Roudart rejoignent le point de vue exprimé par Marion Guillou, Présidente de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), et Gérard Matheron dans le livre qu'ils viennent de publier, intitulé "9 milliards d'hommes à nourrir, un défi pour demain".

Ces scientifiques éminents sont d'accord sur le fait que nous avons tous les atouts en main pour parvenir à nourrir correctement l'humanité d'ici le milieu de ce siècle mais à condition d'agir simultanément et vigoureusement dans trois directions.

Il faut d'abord mettre en place un nouveau système mondial de fixation et de régulation des prix agricoles qui permette aux 40 % d'actifs qui cultivent la terre de vivre décemment de leur travail.

Deuxième axe : imaginer de nouveaux cadres législatifs et juridiques d'exploitation des terres qui soient mieux adaptés aux sociétés traditionnelles et aux cultures locales.

Dernier axe, il est essentiel de réorienter la recherche agronomique et les productions agricoles vers l'agriculture durable et les cultures vivrières inscrites dans des écosystèmes locaux et articulée aux structures socio-culturelles et aux capacités d'innovation des populations concernées. L'implication et l'adhésion des populations est en effet un facteur essentiel pour réussir cette mutation agroalimentaire historique qui permettra de nourrir la planète.

Nous devons enfin comprendre que nous ne pourrons pas nourrir correctement les populations locales uniquement à partir des productions agricoles de ces populations car celles-ci vont être confrontées à une stagnation des rendements due au changement climatique dans certaines régions, à une raréfaction de l'accès à de nouvelles terres disponibles pour l'agriculture. C'est pourquoi il est capital de mettre en place un nouveau cadre économique et juridique plus équitable d'échanges des produits agricoles au niveau mondial.

Ces études remarquables et très solides du point de vue scientifique ont le mérite de remettre en cause beaucoup d'idées reçues et leurs conclusions se rejoignent : l'accès pour tous aux produits agricoles de base et la sécurité alimentaire de la planète sont possibles mais le défi à relever pour atteindre ce but ô combien souhaitable est d'abord politique et économique et passera par de nouvelle règles mondiales de partage des richesses et des ressources naturelles entre pays riches et pays en voie de développement.

Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org). Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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26 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar lnw Paris France -

En tenant compte de l'érosion des sols ? http://www.bastamag.net/article1730.html

avatar Roland Huguenin -

Tout ça reste très théorique, il faudrait si..., le deuxième axe ça..., etc. La conclusion de l'article va aussi dans se sens (solution politique et économique) mais rien ne va dans ce sens actuellement.

Par exemple, le modèle proposé par Laurence Roudart avec 3000 kcal/jour/personne dont un sixième d'origine animale (16.6% !) est déjà dépassé par la réalité des pays émergeants comme la Chine dont la part en produits carnés dans l'alimentation atteignait déjà 24% en 1990 contre 41 en 2005... (FAOSTAT). Contrairement à l'article mentionné dans l'article ci-dessus qui indique que l'on pourrait obtenir un augmentation de surface de 970 millions d'hectares sans toucher aux zones protégées et aux forêt, la FAO (La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2009, FAO (Rome)) indique que pour dépasser 500 millions d'hectares, il faudra procéder à de la déforestation et s'attaquer aux surfaces protégées…

Il faut aussi faire la distinction entre terres cultivables, mais avec quoi. Et qu'en est-il de la dégradation des sols qui progresse à vitesse grand V (érosion et chimie), déjà ? (1.9 milliards de terres fortement dégradées en 2008),

Certes, la FAO montre que pour 2050, la limite plafond de 7 personnes par hectare sera atteinte et que ce sera donc viable d'ici là, mais c'est bien plus loin qu'il faut regarder : pour l'humanité, 2050, c'est dans une heure. En admettant que dans l'heure écoulée il n'y a pas encore eu trop de problèmes, c'est dans deux heures que les turbulences vont s'accentuer. Dire qu'il y aura assez pour tout le monde en 2050, c'est un peu raisonner comme le petit paysan du Sud qui ne pense et ne voit (ne peut voir et/ou penser ?) qu'au lendemain, ce qu'il va pouvoir manger. La FAO indique aussi que d'ici une vingtaine d'années, les rendements vont fortement diminuer, notamment dans les pays en voie de développement, là où la progression démographique est la plus importante…

En 2100, quel sera le climat, et quelles régions va-t-il favoriser ou défavoriser ? Quelle énergie pour transporter les récoltes à l'autre bout du monde. Une réponse politique et économique ? Qui est le plus fort ?

Je dirais pour conclure que René Tregouët prêche un peu par naïveté (même si certaines estimations scientifiques laissent à penser que cela est possible) au vu de la situation économique et politique actuelle, aussi par rapport à l'Histoire de l'humanité dont l'homme n'a jamais pu tirer à une même corde. Je suis personnellement et malheureusement très pessimiste, ce n'est d'ailleurs pas la nourriture qui ira aux gens, mais les gens qui iront à la nourriture (ou qui essayeront).

Au titre trompeur « Il y a assez de terres cultivables pour l'humanité en 2050 ! », il aurait fallu rajouter un sous-titre « Mais il n'y en aura quand même pas pour tout le monde, et encore moins au siècle prochain ».

avatar Gualyvo aquitane -

Et si les êtres humains faisaient un effort pour consommer raisonnablement et intelligeamment, S'is se contentaient de consommer sans gaspillage
Eviter les surproductions gaspi
et que ceux qui font de la suproduction partagent avec ceux qui en manque de certains produit,au lieu de détruire le surplus, nous pourrions aisément assurer l'alimentaire de tous les peuples de notre planète sans avoir recours à l'augmentation des surfaces productive.

avatar Hdrass -

Encore de blabla de tregouet qui ferait bien de faire un pélerinage de plusieurs années sur le terrain plutôt que de disserter dans sa "bulle".

Sans intérêt!

avatar Dufeu Vinsobres -

Ce Tregouët est totalement sans intérêt: Encore du bavardage pour ne rien dire de la part d'un "technocrate parasite".

avatar Alain-bernard Haioun -

Je serais moins sévère, toute étude faite scientifiquement a un intérêt, mais ce qui est le plus intéressant est ce qui se passera après 2050. De plus, qui peut prédire aujourd'hui combien d'hommes vivront sur la terre en 2050? Peur-être que 40 ans c'est dans une heure relativement au millénaire, mais c'est au-delà des limites de la prévisibilité de l'évolution de la population. J'en veux pour preuve que, jusqu'à présent, toutes les prévisions à 40 ans faites dans le passé se sont révélées fausses et toutes avaient été surévaluées. En 1960 il était prévu que nous serions 14 milliards en l'an 2000, le chiffre réel a été de 6 milliards.

Certes le problème est pour aujourd'hui où on constate une augmentation de 1 milliard par décade. Mais il n'est pas possible d'extrapoler à 2050 car on ferait la meme erreur en considérant que ce taux sera constant pendant 40 ans et conduirait à 4 milliards d'habitants supplémentaires, soit 11 milliards. Il faut tenir compte de facteurs imprévisibles comme la variation du taux de fécondité. Personne n'avait prévu qu'il diminue autant en Afrique du Nord par exemple.

On pourrait dire qu'à chaque jour suffit sa peine et se poser réellement le problème d'une augmentation qui serait dangereuse. Par précaution, c'est dès maintenant qu'il faudrait, selon moi, accélérer l'accés des femmes à l'éducation partout où elle est freinée par les gouvernements ou les moeurs locales, avec une action mondiale. Ce simple combat est déjà difficile à cause des barrières culturelles. Il est donc nécessaire et urgent de la prendre à bras le corps car c'est une des clés à utiliser.

avatar John, UK -

« le pourcentage d'habitants souffrant de la faim dans les pays en voie de développement est passé d'un tiers à moins d'un cinquième ! »

Une autre façon de tourner la chose serait :
En 1960 le nombre de souffrants de la faim était d'un milliard, en 2010, il est d'un milliard ET 500 millions. Soit une augmentation de 50% de mourants de faim, lié à la magique révolution verte, explosion démographique et à l'expansions des modèles économico-industriels vers les pays du sud.

Du reste, le rapport Meadows [1], la déplétion pétrolière [2] et le changement climatique [3], ou les dégâts de la technologie [4] ne nous donnent pas jusqu'à 2050 avant de nous effondrer. Le rafistolage systématique à base de programmes, de réforme et de vieux personnages n'y a, n'y change et ni changera rien [5].

[1] ISBN-13 : 978-1931498586
[2,3] ISBN-13 : 978-2757817964
[4] ISBN-13 : 978-2707157300 & ISBN-13 : 978-2888920274
[5] ISBN-13 : 978-0609805367

avatar John, UK -

Au joyeux manipulateur de statistiques qu'est ce Trëgouet : « Faire des enfants tue, éloge de la dénatalité » par Michel Tarrier.

Population mondiale :
1960 - 3 milliards - 1/3 - 1 Md crèves la faim
2011 - 7 milliards - 1/5 - 1,4Md de crèves la faim

avatar Aurélienne -

Si seulement, on pouvait en être vraiment sûr parce que tout ça ce n'est que de la théorie mais c'est intéressant.
Il y encore beaucoup de personnes qui n'on pas à manger malré les aides...

avatar douds -

Tout cela peut être vrai si nous arrêtons de construire sur les terres provisoirement en jachère. Depuis 2000 ans nous utilisions ce système, depuis l'utilisation des engrais et du pétrole permet de s'en passer au détriment de la richesse organoleptique des produits alimentaires.
Mais que se passera t il dans 20 ans ?
Nous marchons sur la tête.

avatar Haller Ventron Vosges -

Je souhaiterais avoir plus d'éléments sur cette étude, du style: situation géographique de ces terres disponibles et leur capacité à produire quelle type de production.
L'étude prévoit-elle la suppression de certaine forêt et certaine zone protégée?
La consommation excessive de viande et mauvaise pour la santé, votre préconisation à ce sujet est peut-être élevé.
Bref, des scientifiques renommés perçoivent un crache alimentaire alors que vous vous dite que tout est possible. qui croire?

avatar hervé -

Le sénateur Tregouet a des arguments bétons et des références de premier ordre pour soutenir sa position et pour le contrecarrer il ne suffit pas d'émettre des sentiments de mépris mais apporter des arguments de même nature qu'étale ce sénateur sinon les admonestations de tout genre n'ont aucune valeur.

J'ai eu exactement la même position que M. Tregouet quand j'ai réfuté la thèse de M. Tarrien dans son intervention catastrophique "Terre mère nourricière le jour de la honte est arrivée".
Je ne pensais pas que l'on me donnerait raison aussi vite.
Méfiez-vous tous ici du catastrophisme écologique qui étreint une grande partie des intervenants de Planète Info. Avant de hurler aux loups il faut s'instruire se tenir au courant des différentes données qui arrivent en grand nombres et seulement à ce moment là se faire une opinion sinon on tombe dans le fanatisme d'idéologies qui peuvent être très dangereuses pour l'humanité

avatar MDR -

"Ce Tregouët est totalement sans intérêt: Encore du bavardage pour ne rien dire de la part d'un "technocrate parasite"."

ah oui? Et il est où au juste l'intérêt de cette déclaration fracassante?

avatar hervé -

A Vinaigre@

Tout à fait d'accord pour admettre qu'il n'y a pas assez de bras dans l'agriculture dans certaines régions du monde mais dans les pays développés c'est le contraire comme il y a une mécanisation à outrance dans nos ferme forcement et c'est bien connu la machine remplace l'homme comme dans tous les autres domaines.
Là où il fallait 10 semeurs une seule semeuse tirée par tracteur suffit et dans toutes les autres activités agricoles c'est la même chose. Il ne suffit qu'à regarder les vendanges fini les vendangeurs qui travaillaient en chantant en chœur désormais c'est une vendangeuse etc.
Il y a encore trop de bras hélas dans nos compagnes, on va arriver comme aux Etats Unis à 1% de paysans.

"Où ils ont l'habitude de tout casser répétitivement)!
Ce que vous dites est inquiétant.
Faut-il comprendre que les noirs sans intrinsèquement incapables de travailler ou manquent-ils de formation?

avatar Dufeu Vinsobres -

Pas besoin de grands discours pour comprendre: IL suffit de prendre a peu près n'importe quelle région de France,et de comparer deux photos aériennes a (seulement) cinquante ans d'écart. Là ou il y avait des hectares de vergers (par exemple) il n'y a plus que du béton. Sans commentaires,mis a part: "Oui effectivement ce Trégouët n'est qu'un technocrate parasite".

avatar Dufeu Vinsobres -

Vu

avatar Hdrass -

Une question impertinente que personne n'a osé posé ici :

Combien chacun d'entre nous débourse annuellement pour honorer la pension-retraite de ce "cher" sénateur (qui perçois certainement bien plus que la majorité d'entre nous et se fiche bien de ce qu'on peut penser de lui) ?

avatar MDR -

de mieux en mieux!
en quoi le fait de toucher une retraite doit-il l'empêcher de s'exprimer!
C'est un délit désormais en France?

avatar Dufeu Vinsobres -

S'exprimer n'est pas un délit,mais débiter des c.......s provoque forcément des réactions.

avatar MDR -

Je ne vous le fais pas dire!
Toute la question est de savoir qui débite des conneries ici!

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