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3394 lectures / 5 commentaires13 juillet 2011, 09 h 13
© C. Magdelaine / notre-planete.infoPeut-on à la fois protéger la biodiversité et créer de l'emploi ? La réponse est oui, si on sait bien s'y prendre ! C'est la réponse apportée par une étude financée par Natureparif, l'Agence Régionale pour la Nature et la Biodiversité en Île-de-France, et réalisée par une équipe de chercheurs travaillant au Centre d'Etudes de l'Emploi (CEE).
Cette étude a eu comme objet de dénombrer les emplois favorables à la biodiversité (« les bio-emplois ») en Île-de-France et d'étudier les différents moyens offerts aux politiques publiques pour augmenter ces emplois et soutenir ainsi la biodiversité. En dépit d'une longue tradition de recherche scientifique en économie de l'emploi et des nombreuses années de préoccupation pour la protection de la biodiversité, le concept d'« emploi favorable à la biodiversité » n'existait pas en sciences économiques jusqu'à cette étude. En effet, la littérature internationale en économie s'avère incapable de répondre aujourd'hui à une question pourtant d'une grande importance, à savoir : « Comment réconcilier, au lieu de les opposer, politique de l'emploi et politique de protection de la biodiversité ? ». L'avancée principale de l'étude est donc de lancer, en sciences économiques appliquées à l'appui à la décision, la réflexion sur la mise en place de ces politiques publiques dites « à double dividende ».
L'étude est construite sur la base d'une définition large de la biodiversité, comme étant l'ensemble du tissu vivant, de ses fonctions écologiques et de ses services écosystémiques. Les chercheurs ont considéré les emplois salariés ayant un impact favorable sur le vivant, qu'ils ont appelé « bio-emplois », comme étant ceux dont l'activité ou une part de l'activité contribue à la connaissance, la gestion, la protection, la valorisation et la restauration de la biodiversité de façon intentionnelle ou non, et ceux contribuant à la prise en compte des enjeux de biodiversité dans les autres activités économiques. Les bio-emplois comprennent aussi les activités de communication et de financement de projets favorables à la biodiversité.
Partant d'une analyse monographique des secteurs d'activités franciliens ayant des effets favorables sur la biodiversité, et en s'appuyant sur plus de 120 interviews d'experts du développement durable et de la biodiversité, l'étude a permis la réalisation d'un inventaire exhaustif des bio-emplois en Île-de-France et des emplois induits à l'échelle nationale.
Y a-t-il beaucoup d'emplois favorables à la biodiversité en Île-de-France ? La réponse est, malheureusement : non... Selon les estimations, les bio-emplois ne représentent aujourd'hui que 1 emploi sur 1000 en Île-de-France, soient 5 090 bio-emplois en effectifs occupés (EO) et 6 400 en équivalent temps plein (ETP). Ils se répartissent, à plus de 70%, entre les activités associatives, les activités de recherche et développement et l'administration publique. A cela, s'ajoutent 2 355 emplois nationaux en EO et 2 900 ETP, induits par les bio-emplois franciliens, soit un total de presque 7 450 bio-emplois et emplois induits en EO et 9 300 pour une comptabilisation en ETP. Ainsi, pour deux bio-emplois, en moyenne, un emploi induit est créé.
Ces résultats soulignent, encore une fois si besoin en était, la nécessité d'agir. Ils montrent que l'échange est très inégal entre ce que la biodiversité donne à l'économie et ce que l'économie lui rend. L'économie joue essentiellement aujourd'hui contre la biodiversité, ou en tout cas pas en sa faveur, alors que leur cohabitation heureuse est non seulement nécessaire mais aussi possible.
Pour effectuer le dénombrement des bio-emplois, les chercheurs du CEE ont construit un outil de simulation, baptisé SPIDER, qui leur a permis également de quantifier différents scenarii d'évolution des bio-emplois ainsi que les effets de politiques régionales visant à soutenir la création de bio-emplois.
Pour soutenir à la fois la biodiversité et l'emploi, l'étude montre qu'il faut conduire une politique mixte, avec des actions tant côté demande que côté offre, tout en ciblant de façon différente ces deux types d'action sur les secteurs d'activité économique. Côté demande, il importe de soutenir l'activité d'un petit nombre de secteurs, d'ores et déjà intense en bio-emploi et identifiés dans l'étude, tout en changeant, côté offre, les pratiques d'un nombre plus large de secteurs, riches en emplois mais encore pauvres en bio-emplois, également analysés dans les simulations.
La stratégie régionale devrait donc consister à peu cibler l'action sur l'offre, afin d'inciter les pratiques favorables à la biodiversité sur un grand nombre de secteurs, tout en ciblant les mesures de demande sur un petit nombre de secteurs, afin de soutenir la production des secteurs les plus intensifs en emplois favorables à la biodiversité.
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
craps languidic -
Je crains que la majorité des "emplois verts" doive être payés ou subventionnés par l'Etat ( les mairies, les collectivités locales, régionales, etc ), donc nos impôts, et ce n'est pas du tout la tendance actuelle, faute de moyens financiers.
Jean Weber -
A mon avis il faut se baser sur du concret. L'article est très technique, le terme de biodiversité est lui-même technique et cache notre incapacité à nommer les choses donc de les connaitre.
Réhabiliter la taxonomie dans l'enseignement permettrait de mieux savoir de quoi on parle.
Rebellion -
Quand les déchêts seront considérés comme des gisements de matières premières à part entière, beaucoup de problématiques seront abordées, sinon résolues.
Pour les 'verts', il suffit d'agir dès maintenant dans cette optique, en évitant d'exporter cette manne.
Le problème c'est le passage à l'acte.
Or cela nécessite d'investir, de s'investir. Et de prendre un risque (personnel, économique, politique).
Le privé comme les politiques sont sensible à ce qui pré-existe: ils s'accaparent, ils n'inventent pas.
Faites les penser que cela est digne d'accaparement et le tour est joué.
@ craps languidic
Les collectivités locales n'embauchent plus, elles sous-traitent...
Biomass -
Je vous invite à lire ceci:
http://www.usinenouvelle.com/article/ces-technos-vertes-difficiles-a-recycler.N138028
et ceci
http://www.usinenouvelle.com/article/le-gouvernement-lance-un-appel-a-projet-dans-le-recyclage-des-dechets.N153264
Tout cela concerne la mise en valeur des déchêts, en France.
Ces emplois dans les filières du recyclage sont-ils considérés comme des emplois verts?
Stéphane à Bruxelles -
Si on criminalise l'obsolescence programmée et que l'on valorise socialement et fiscalement les réparateurs et recycleurs, et qu'on pénalise les vendeurs. Si nous redevenions tous paysan et chiffonnier, nous entrerions joyeusement dans la décroissance.
Lire M. Pallante: "La décroissance heureuse"
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