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Des espèces de poissons menacées servies au menu des écoliers

4385 lectures / 9 commentaires10 mai 2011, 16 h 37

Hoki_paneHoki pané servi à la cantine pour satisfaire la recommandation de l'Agence nationale de sécurité sanitaire : "deux poissons par semaine"
DR

Une enquête sur l'approvisionnement en poissons de la restauration scolaire montre qu'il n'existe aucune information détaillée à destination des parents sur la provenance et le choix des produits de la mer servis à leurs enfants. Or les six millions d'écoliers français qui mangent quotidiennement à la cantine consomment régulièrement des espèces de poissons profonds dont certaines sont menacées d'extinction. Les écoliers sont ainsi malgré eux complices de la surpêche, de l'extinction d'espèces et de la destruction de l'environnement marin.

L'association Bloom, qui se donne pour mission la protection des océans et des espèces qui les peuplent, a mené une enquête auprès des mairies et des sociétés de restauration collective pour en savoir plus sur les poissons servis à la cantine(1). Les résultats sont surprenants et inquiétants.

Près de 90% des communes servent du poisson issu des eaux profondes

Alors que la pêche au chalut massivement utilisée pour la pêche en eaux profondes détruit pour des centaines d'années des écosystèmes fragiles et méconnus, 90 % des communes interrogées déclarent servir du poisson issu des eaux profondes dans les cantines.

Les principales espèces profondes qui apparaissent dans les menus scolaires sont le hoki (Macruronus novaezelandiae et Macruronus magellanicus), la dorade sébaste (Sebastes marinus et Sebastes mentella), le grenadier de roche (Coryphaenoides rupestris) et la lingue bleue (Molva dypterygia).

Le hoki de Nouvelle-Zélande (Macruronusnovae zelandiae) et de Patagonie (Macruronus agellanicus) et le colin d'Alaska (Theragra chalcogramma) sont servis par 85 % des villes interrogées. Or, ces espèces de poissons proviennent de zones géographiques très éloignées de la France. L'empreinte carbone des pêcheries industrielles dont les poissons sont issus ainsi que celle de l'acheminement du poisson importé est sans nul doute plus élevée que celle de poissons capturés dans les eaux européennes et de ceux issus des pêcheries artisanales de proximité.

Plus grave, près de la moitié des communes servent de la saumonette, un nom générique qui regroupe en fait plusieurs espèces de requins, dont certaines en danger critique d'extinction comme l'aiguillat commun (Squalus acanthias) et le squale chagrin commun (Centrophorus granulosus).

Certains poissons servis sont déconseillés pour la santé

Pire, certains poissons profonds servis aux enfants apparaissent sur la liste de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) comme des espèces présentant un risque sanitaire pour les femmes enceintes et allaitant ainsi que pour les enfants de moins de 30 mois, en raison d'une bioaccumulation importante de mercure et d'autres métaux lourds dans leurs tissus ! Or, l'admission à l'école maternelle peut se faire à partir de 2 ans pour les enfants en France.

Des espèces menacées au menu des cantines scolaires

La saumonette

Certaines espèces de requins commercialisées sous le nom de « saumonette » font l'objet d'un classement à la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le pailona commun (Centroscymnus coelolepis) et le squale chagrin de l'Atlantique (Centrophorus squamosus) sont classés comme « vulnérables ou quasi menacés ». Quant au requin-chagrin, (Centrophorus granulosus) et à l'aiguillat commun (Squalus acanthias), ils sont « en danger critique d'extinction » en Atlantique Nord-Est, ce dernier ayant subi une chute de biomasse de plus de 95 % dans la zone.

La dorade sébaste

La dorade sébaste regroupe essentiellement deux espèces de poissons profonds particulièrement longévives : le grand sébaste, Sebastes marinus et le sébaste du Nord, Sebastes mentella. Selon les chercheurs du Conseil International pour l'Exploration de la Mer (CIEM), "Sebastes marinus est une espèce d'eau profonde à maturation tardive et croissance lente, elle est de ce fait considérée vulnérable à la surexploitation et ne peut donc faire l'objet que d'une exploitation faible. Sa gestion devrait être fondée sur cette considération."

Le grenadier de roche et la lingue bleue

Le CIEM estime que le chalutage profond dans l'Atlantique Nord-Est a entraîné une baisse de 80 % des stocks de grenadiers et de 75 % de ceux des lingues bleues, par rapport "au niveau initial". Cependant, ce déclin est sans doute beaucoup plus important, étant donné que les estimations démarrent avec l'analyse des données de captures, c'est-à-dire bien après que l'exploitation de ces espèces ait commencé.

Des poissons profonds issus de pêches destructrices

Les poissons profonds commercialisés en France sont majoritairement pêchés au chalut de fond, entre 200 et 2 000 mètres de profondeur, dans l'Atlantique Nord-Est. Les espèces profondes sont généralement très vulnérables à l'exploitation en raison de leur grande longévité, de leur croissance lente et de leur reproduction tardive. En 2010, les chercheurs du CIEM rappelaient que la totalité des captures d'espèces profondes dans les eaux européennes se trouvaient en dehors des limites de sécurité biologique(2). De plus, sur certaines zones de pêche étudiées(3), sur 3 à 4 espèces recherchées pour l'alimentation, 78 autres sont pêchées sans aucune chance de survie ! Ces prises normalement qualifiées d'accessoires deviennent ici prépondérantes...

Outre les impacts causés aux stocks de poissons, les filets des chalutiers entrent en contact avec les fonds marins et en altèrent les structures physiques et biologiques dont certaines jugées exceptionnelles comme les massifs coralliens multimillénaires et les agrégats d'éponges.

Malheureusement, la protection des océans et des ressources halieutiques n'est toujours pas considérée comme un enjeu majeur par le grand public. Il n'existe pas encore d'analyse systématique des espèces achetées en fonction de leur statut de conservation, de l'état des stocks, des modes de pêche utilisés pour les capturer, de leur bilan carbone ou de l'impact écosystémique des pêcheries et les labels ou pseudo-labels restent confus, trompeurs ou sujets à polémiques.

Il incombe donc aux fournisseurs et acheteurs de repas scolaires (collectivités et sociétés de restauration collective) de cesser leurs approvisionnements en poissons profonds. Les parents d'élèves peuvent aussi interroger leur mairie et exiger que les repas servis soient plus responsables au regard de l'environnement et de la santé. 

Notes

  1. Enquête menée dans les écoles maternelles et élémentaires publiques des trente plus grandes communes françaises et des vingt arrondissements parisiens. Sur cinquante questionnaires envoyés, vingt ont été remplis, correspondant à 2,5 % des écoles et 5,92 % des demi-pensionnaires de maternelle et primaire de France.
  2. On considère qu'un stock est en dehors des limites biologiques de sécurité si sa biomasse est inférieure à la valeur correspondant à un principe de précaution préconisé par le CIEM, quand sa taille ne garantit pas pleinement sa survie.
  3. Zone au sud-est de l'Irlande. Déclaration du professeur Philip PE Weaver (National Oceanography Center Southampton UK)

Source

Des espèces de poissons menacées au menu des écoles ; Victoire Guillonneau, Claire Nouvian - Bloom

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

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9 commentaires

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avatar alpha -

peut être un probléme d'arrêtes coinçées dans les amydales

avatar mumu terre -

Encore un magnifique apport à notre reflexion voire notre survie de CLAIRE NOUVIAN merci de tout ce que vous faites

avatar Persilya, Hauterives -

Je me demande ce qu'il en est au niveau des collèges et lycées, gérés par les départements et les régions... et surtout, quel budget est donné par l'Etat dans ce transfert de compétences ?

avatar Aurélien, Saint Just Saint Rambert -

Edifiant article pointant une fois de plus du doigt l'aveuglement de notre société mondialisé face aux dangers de l'exploitation sans limite de nos ressources (qui elles le sont...).
On consomme donc le poisson le moins cher, quitte à menacer d'extinction une espèce à l'autre bout du globe, et nos aimables concitoyens ne connaissent même plus le goût des poissons d'eau douces de nos bonnes vieilles pêcheries d'antant, carpes, brochets et sandres... mais qui s'en soucie donc après tout?

avatar alpha -

@ aurélien

tout dépend de la taille de la carpe
si c'est de la carpe trophée à 160 euros du kg cela fait un cher la cantine scolaire

http://carpes21.blog4ever.com/blog/lire-article-240345-951101-traffic_de_carpes.html

avatar alpha -

c'est le tarif pour ne pas se coinçé une arrête dans la gorge de ces chérubins

sinon cela va faire un autre scandale

avatar Coline, Paris -

Très utile éclairage sur le manque de cohérence entre les dégâts considérables et irréversibles occasionnés par la surpêche, que dénoncent tous les scientifiques, et les lois du commerce. Bravo Bloom!

avatar mathieu -

Bonsoir, personnellement,je préfère le poisson pas né plutôt que l'habituel poulet au herbes qu'on nous refile au self du collège. merci, Mathieu, oui c'est moi.

avatar Panzermeister -

Merci de nous éclairer... C'est un soucis en effet.
Mais quelles solutions avons-nous? Que nous proposez-vous de faire en dehors du boycott? Quel poissons les collectivités doivent-elles acheter? Peuvent-elles encore acheter du poisson d'ailleurs?
Et vous, quelles sont vos actions concrètes?

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