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Le recyclage des déchets de démolition et des boues de béton
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6818 lectures / 3 commentaires16 février 2011, 17 h 00
En Ile-de-France, le secteur de la construction est particulièrement sollicité : nouveaux équipements, réhabilitation, extensions urbaines... Or, ces activités pèsent significativement sur le bilan environnemental de la Région qui aspire à accroître son attractivité tout en multipliant les nouvelles constructions. Quelles sont les contraintes qui en découlent sur l'approvisionnement en matériaux et le devenir des déchets de chantiers ?
Chaque année, la France produit près de 870 millions de tonnes de déchets(1). 41 % sont issus du secteur BTP (Bâtiments et Travaux Publics), 42 % de l'agriculture et de la sylviculture et seulement 4 % des ménages. Pourtant, les déchets non ménagers sont peu évoqués.
Les déchets du BTP proviennent des travaux publics, de la construction, la réhabilitation et la démolition des ouvrages et bâtiments. Ils sont pratiquement tous (97 %) considérés comme inertes car ils ne présentent pas de danger immédiat pour la santé humaine et l'environnement. En effet, il s'agit de pierres, blocs de bêton, terre et matériaux de terrassement, plâtre, céramique, métaux, bois, matériaux de démolition non mélangés... (2)
Dans le cadre de la loi du 13 juillet 1992 et depuis le 1er juillet 2002, seuls les déchets ultimes du BTP doivent être mis en décharge, ce qui signifie que la majeure partie des déchets issus du BTP doivent être valorisés, recyclés.
Toutefois, les professionnels du secteur ne sont pas toujours très respectueux de la réglementation. En effet, la loi impose une valorisation ou une élimination contrôlée des déchets de chantiers et le brûlage à l'air libre est interdit(3). Or les brûlots sur les chantiers sont quasi généralisés, tandis qu'un certain nombre de déchets sont enfouis directement sur place. Pourtant, si le recyclage est gratuit, la mise en décharge ne l'est pas.
En Ile-de-France, la majorité des déchets de démolition sont recyclés mais un tiers est encore mis en décharge : un gâchis certain alors que la région souffre d'un déficit structurel en granulats, ces fragments de roches utilisés en construction. En effet, l'Ile-de-France consomme 32 millions de tonnes de granulats par an mais n'en produit que 18 millions (via l'exploitation des carrières ou par recyclage), la différence est importée des régions voisines : un handicap environnemental et économique significatif.(4)
Dans ce contexte, la société Clamens s'est spécialisée depuis plus de 20 ans dans le recyclage et la valorisation des matériaux de démolition, des boues de béton et de chantier.
La déconstruction des bâtiments génère une importante quantité de déchets. Clamens concasse les blocs de béton récupérés lors de la démolition : un procédé permettant de recycler des matériaux qui peuvent être notamment réutilisés pour la construction et les revêtements routiers. Les blocs sont réduits en cailloux de 40 à 60 mm et en grave ; les blocs de démolition contiennent régulièrement du fer qui est également récupéré. Ces matières secondaires se substituent donc aux granulats importés, parfois des pays voisins (Belgique pour l'Ile-de-France).
Clamens recycle ainsi 4,4 millions de tonnes de bétons de démolition chaque année.
Pour la première fois en Europe, en 2009, la société Clamens a mis en production une centrale de recyclage des boues de béton. Située sur la plateforme de recyclage Clamens à Villeparisis en Seine et Marne.
Les boues de béton sont des résidus issus du nettoyage des centrales à béton et des bétonneuses. De plus, le béton, une fois prêt, doit être utilisé dans l'heure et il arrive que des contraintes sur le temps entraînent la perdition du béton. Plutôt que de mettre en décharge cette matière dont la fabrication est très polluante, la centrale de recyclage de Clamens récupère jusqu'à 80 % des matériaux constitutifs du béton devenu inutilisable : sable et gravillons. Ces matières secondaires seront de nouveau exploitées pour faire du béton, du gravillonnage, des lits de pose sur de nouveaux chantiers.
Synoptique de la centrale de recyclage des boues de béton de Clamens
© Clamens
Clamens a ainsi recyclé 300 000 tonnes de boues de bétons et 50 000 tonnes de boues de chantier en 2010 dans sa centrale qui a nécessité un investissement de plus de 4 millions d'euros. Cette filière est en plein essor vu la réticence de plus en plus forte des centres de stockage de déchets ultimes. Dorénavant, l'issue des boues de béton ne se limite plus à la décharge.
Le procédé de fabrication du ciment réclame une combustion à 1500 degrés, réalisée notamment avec des combustibles fossiles qui émettent des gaz à effet de serre. De plus, la transformation chimique du calcaire en chaux hydraulique émet principalement du CO2 mais aussi des oxydes d'azote (NOx) et du dioxyde de soufre SO2 qui participent à l'acidification de l'atmosphère. Enfin, le transport entre les lieux de production et les chantiers participe également à l'émission de gaz à effet de serre. Ainsi, 884 kilogrammes de CO2 sont émis pour chaque tonne de ciment produite (539 kg à cause du processus chimique et 345 kilogrammes à cause des combustibles fossiles utilisés pour la combustion), sans prendre en compte le transport. Un bilan peu réjouissant qui explique que les cimentiers européens soient responsables de 3% des émissions de CO2 de l'Europe !
Comme la production de ciment consomme une grande quantité de matières premières en partie non renouvelables (minerais et combustibles fossiles) et que sa fabrication est également à l'origine d'importantes émissions de CO2, le recyclage de cette matière revêt donc tout son intérêt.
Afin de promouvoir la faible empreinte carbone de son activité, Clamens communique le bilan carbone de ses matériaux recyclés. Selon le recycleur, hors transport, les matériaux recyclés ont un impact neutre en terme d'émissions de CO2.
En limitant l'extraction des matières premières dans les carrières et en recyclant les déchets localement, ce type d'installation contribue à rendre le secteur du BTP moins polluant et gaspilleur de ressources. Ceci est devenu indispensable dans un contexte où la relance de la construction de logements et d'équipements en Ile-de-France est un impératif avancé par l'ensemble de la classe politique.
Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés
Sami -
Le fait que la mise en décharge ne soit pas gratuit, il existe beaucoup de dépôts de ces déchets du BTP dans certaines régions, en ce moment je nettoie mon jardin... obligé de retourner la terre à fond j'en ressort des blocs de ciments, du plastique et des blocs de goudrons... je viens de faire 3 tours en déchetterie et ce n'est pas finit !!
Pire, lorsqu'un fleuve se situe a proximité de chantier de construction (ou de rénovation), comme le Cher, c'est lui qui prend tous dans la tronche... déversement qui ne passe pas pour illégal puisque depuis des années rien n'a été mis en place et je n'ai eu aucune réponse malgré mes courriers et photos...
Je ne met pas tous le monde dans le même panier, mais dans nos campagnes, rien n'est vraiment contrôlé... Après cela ne tiens qu'à la seule volonté du constructeur... Mais en général c'est enfoui... dans le présumé jardin... alors tous à vos pelles ! :(
Roland Bill -
Imposer par la loi l'existence de plusieurs centrales disposées prés des bassins de construction (limitations des émissions de CO2 dus aux acheminements des matériaux de construction) puis le recours à des contrôles et amendes sévères à ceux qui qui préfèrent polluer illégalement et enfin augmenter le coût des mises en décharge des professionnels. A l'inverse inciter les particuliers à apporter ses déchets de construction et démolition en décharge (pour être acheminés ensuite vers les centrales.
Encore faut-il en avoir la volonté politique!
Taki23 -
Voilà bien une initiative intéressante. Il faut juste que le béton ne contienne pas de déchets radioactifs. Car j'ai ouï dire que parfois le ciment en contenait. Quelqu'un a-t-il des précisions à ce sujet ?
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