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Les grandes singes menacés d'extinction
7261 lectures26 novembre 2003, 15 h 13
Les participants à une réunion internationale de crise sur les grands singes vont demander la levée immédiate de vingt-cinq millions de dollars pour lever les menaces d’extinction imminente des plus proches parents vivants de l’espèce humaine.Cette somme, expliquent l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), est nécessaire pour réduire le risque qui pèse sur les derniers gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs-outangs du monde, et pour créer des zones où les populations de grands singes pourraient se stabiliser ou même augmenter.
« 25 millions de dollars est le strict minimum dont nous avons besoin, l’équivalent de donner de l’eau et du pain à un homme qui se meurt », a déclaré Klaus Toepfer, le Directeur exécutif du PNUE. « Il est minuit moins une pour les grands singes, des animaux qui partagent plus de 96 % de leur ADN avec les humains. Si nous devions perdre n’importe laquelle des espèces de grands singes, nous détruirions une partie du pont qui conduit à nos origines, et avec cela une partie de notre humanité même », a-t-il ajouté.
« Les grands singes constituent une passerelle unique vers le monde naturel », a déclaré le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura. « Les forêts qu’ils habitent sont partout une ressource vitale pour les humains, et pour les populations locales elles constituent une source essentielle de nourriture, d’eau, de médicaments autant qu’un lieu doté d’une valeur spirituelle, culturelle et économique. Sauver les grands singes et les écosystèmes dans lesquels ils vivent n’est pas qu’une question de conservation, c’est un acte majeur dans le combat contre la pauvreté ».
Toutes les espèces de grands singes sont confrontées à un risque élevé d’extinction, dans un avenir immédiat ou au mieux dans les cinquante années à venir.
« Les recherches indiquent que le chimpanzé commun a déjà disparu de trois pays – le Bénin, la Gambie et le Togo », a déclaré Samy Mankoto, un expert de l’UNESCO, spécialiste des réserves africaines de biosphère, dans lesquelles se trouvent plusieurs populations de grands singes.
L’UNESCO et le PNUE, coordinateurs du Projet pour la survie des grands singes (GRASP), craignent que, si aucune action urgente n’est décidée, la prochaine vague d’extinction d’ampleur nationale ait lieu au Sénégal où il reste à peine 200 à 400 chimpanzés.
Parmi les autres pays où le destin du chimpanzé commun ne tient plus qu’à un fil, figure le Ghana, où vivent encore 300 à 500 individus, et la Guinée-Bissau où la population est tombée à moins de 200 animaux.
Le chimpanzé commun n’est que l’une des espèces de grands singes figurant sur l’agenda de cette réunion - sans précédent - d’experts et de représentants gouvernementaux qui se tient à Paris cette semaine. Sous les auspices du PNUE et de l’UNESCO, des représentants des 23 pays abritant des grands singes en Afrique et en Asie du Sud-Est ainsi que des bailleurs de fonds, des agences de l’ONU, des ONG et d’autres partenaires du GRASP, se réunissent pour élaborer un plan de survie pour les grands singes.
L’activité humaine menace de plus en plus d’extinction les grands singes. La croissance démographique humaine grignote leur habitat ; les guerres civiles, le braconnage, le commerce d’animaux vivants, et par-dessus tout, la destruction des forêts, prélèvent un tribut de plus en plus lourd.
Selon un récent rapport du PNUE, « The Great Apes – The Road Ahead », moins de 10 % de l’habitat forestier encore existant des grands singes d’Afrique demeurera relativement intact en 2030, si la construction de routes, les campements miniers et d’autres développements d’infrastructures se poursuivent au rythme actuel.
Les données concernant les orangs-outangs d’Asie du Sud-Est semblent encore moins favorables. Le rapport indique que dans 28 ans on n’y trouvera plus d’habitat que l’on pourra considérer comme « relativement peu touché ».
De nombreuses populations de grands singes vivent dans des zones extrêmement reculées, qui sont difficiles à cartographier, encore plus à surveiller. Pour améliorer les données, l’UNESCO travaille avec l’Agence spatiale européenne pour utiliser les satellites ou la télésurveillance afin de mieux surveiller le taux de destruction de l’habitat. Le projet a commencé par la cartographie des habitats des gorilles de montagne. Il n’en reste que 600 qui vivent en Ouganda, au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC).
Le projet comparera les images satellites archivées pour évaluer les changements dans les habitats des gorilles depuis 1992 dans le Parc national des Virunga (RDC) et la Forêt impénétrable de Bwindi (Ouganda), qui sont deux sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Parc national des Volcans (Rwanda) et le Parc national des Gorilles de Mgahinga (Ouganda) pourraient rejoindre prochainement cette liste.
En même temps, l’UNESCO travaille avec les gardes forestiers locaux pour aider à renforcer le respect de la loi et la surveillance dans les cinq sites du Patrimoine mondial de la RDC qui abritent plusieurs espèces de grands singes.
« Faire respecter la loi est un élément essentiel et unique de chaque action de conservation. Nous ne pouvons pas juste mettre des clôtures et essayer de séparer les singes des humains », a déclaré Samy Mankoto. « Les grands singes jouent un rôle clé dans l’entretien des forêts tropicales dont dépendent les populations humaines. Par exemple, ils dispersent les graines à travers les forêts et créent des brèches de lumière dans la canopée qui permettent aux jeunes plants de pousser et de renouveler l’écosystème ».
Pour mieux comprendre les grands singes, des études sont en cours dans plusieurs réserves de biosphère de l’UNESCO qui abritent des chimpanzés, des gorilles et des orangs-outangs. L’une des plus importantes populations de chimpanzés sauvages vit dans la Réserve de biosphère Taï, en Côte-d’Ivoire, où une équipe de zoologues étudie leur comportement depuis 1979. Beaucoup de ce que nous savons aujourd’hui sur la fabrication d’outils par les orangs-outangs provient d’études réalisées dans la Réserve de biosphère Tanjung Puting en Indonésie. Ces études vont de pair avec toute une série de projets destinés à réconcilier la conservation avec les besoins des communautés locales.
Depuis son lancement en mai 2001, le GRASP a vu 16 des 23 pays abritant des grands singes instaurer tout un éventail de nouvelles mesures de protection de ces espèces. Des ateliers pour mettre au point les politiques nécessaires se sont déjà tenus dans six de ces pays, réunissant toutes les parties prenantes : gouvernement, monde universitaire, industrie privée ainsi qu’ONG et Nations Unies. Ils ont abouti à la rédaction de plans nationaux qui décrivent exactement comment les fonds nécessaires doivent être répartis pour obtenir une réelle augmentation du nombre de singes.
En savoir plus :Découvrir
the Great Apes Survival Project (GRASP)Lire le rapport
« The Great Apes – The Road Ahead » (en anglais)
Auteur
UNESCO ; date originale : 26 novembre 2003, 15 h 13
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
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