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Syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles : le dernier rapport américain

10 267 lectures / 21 commentaires18 janvier 2011, 16 h 57

abeille_pollen© C. Magdelaine / notre-planete.info

Les abeilles sont des espèces primordiales pour la pollinisation des cultures. Selon Edward B. Knipling, administrateur de l'Agricultural Research Service (ARS), près de 130 types de cultures aux Etats-Unis sont dépendantes de la pollinisation. L'intervention de ces hyménoptères apporte une valeur ajoutée aux cultures de plus de 15 milliards de dollars chaque année. Depuis 2006 aux Etats-Unis, le Syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles ou CCD, pour Colony Collapse Disorder a fait son apparition : il se caractérise par une soudaine disparition de toutes les abeilles adultes d'une colonie. L'U.S. Department of Agriculture (USDA) vient de publier un rapport sur le sujet : le 2010 Colony Collapse Disorder (CCD) Progress Report qui fait le point des travaux de recherche en cours sur ce syndrome.

Ce deuxième rapport annuel, mandaté par le Congrès en 2008 (Farm Bill [Section 7204 (h) (4)]), résume les recherches menées par 8 agences fédérales, 2 départements d'état chargés de l'agriculture, 22 universités et de nombreuses organisations privées pour mieux comprendre les causes du CCD et rechercher des solutions pour stopper ou atténuer son impact. Il a été réalisé par l'Agricultural Research Service et le National Institute of Food and Agriculture (NIFA), dépendants tous deux de l'USDA.

Depuis l'apparition de ce syndrome, les études menées auprès d'apiculteurs, montrent que l'industrie apicole souffre de pertes s'élevant à plus de 30% par an. L'une des explications envisagée par l'USDA pour la destruction de 29% des colonies d'élevage d'abeilles entre 2008 et 2009 serait l'intervention d'un parasite : la mite Varroa (Varroa destructor). Une équipe de chercheurs du département d'entomologie de Michigan State University était parvenue à produire, en laboratoire, des protéines permettant le transport d'ions sodium à travers les membranes cellulaires des mites Varroa. Ceci pourrait permettre aux chercheurs de développer de nouveaux composés chimiques ciblant les canaux sodium de ces parasites mais n'affectant pas ceux des abeilles contrairement aux insecticides tels que le fluvalinate, ayant le même mode opératoire.

L'ARS et le NIFA ont mis en place un programme collaboratif visant à définir une approche intégrée d'étude du CCD. Celui-ci s'est concrétisé par le CCD Action Plan, organisé en 4 thèmes : Etude et collecte de données (échantillons) ; Analyse des échantillons existants ; Identification des facteurs affectant la santé des abeilles, incluant des tentatives pour essayer de recréer la symptomatologie du CCD ; et Atténuation et mesures préventives.

Etude et collecte de données (échantillons)

Dans le but de mieux comprendre les symptômes du CCD, de nombreuses études et collectes de données ont été réalisées. Celles-ci ont mis en évidence que les colonies à la santé affaiblie, incluant les colonies présentant les symptômes du CCD, présentent des taux supérieurs de pathogènes et de résidus de pesticide. Les taux de pertes de colonies s'élevaient à 29% en 2009 et ont augmenté pour passer à 34% en 2010. Ces pertes se révèlent être un problème majeur pour l'industrie apicole et potentiellement pour les biens de consommation qui dépendent de la pollinisation des abeilles.

Analyse des échantillons existants

L'analyse initiale des échantillons d'abeilles prélevées (affectés ou non par le CCD) montre une charge importante en virus et autres pathogènes, pesticides et parasites dans les colonies CCD par rapport aux colonies non-CCD. Ce travail suggère qu'une combinaison de causes de stress pourrait déclencher une cascade d'événements et contribuer à l'apparition de colonies où les ouvrières affaiblies sont plus prédisposées aux parasites et pathogènes. Cette hypothèse complexe est testée dans le cadre d'efforts de recherche conjoints au niveau fédéral et universitaire grâce au financement de l'USDA.

Identification des facteurs affectant la santé des abeilles, incluant des tentatives pour essayer de recréer la symptomatologie du CCD

Les résultats actuels suggèrent que des effets sublétaux provoqués par les pesticides seraient en lien avec le CCD. En particulier deux miticides communs, le coumaphos et le fluvinate, qui sont des pesticides autorisés pour l'utilisation dans les colonies d'abeilles en vue du contrôle des acariens varroa, sont soupçonnés, soit d'agir individuellement, soit en combinaison. Les preuves émergentes de l'exposition aux pesticides des pollinisateurs et leurs potentiels effets d'interaction avec le CCD restent à approfondir. Les résultats des recherches indiquent qu'à la fois la teneur en protéine de leur alimentation et la présence de pollen naturel pourraient renforcer les colonies et compenser les impacts négatifs du stress causé par les parasites, pesticides et également les transports de longues distances des abeilles pour l'exploitation apicole.

Atténuation et mesures préventives

Les mesures susceptibles d'atténuer les pertes d'abeilles sont développées dans le cadre de deux projets nationaux, l'ARS Areawide Project on Honey Bee Health et le Coordinated Agricultural Project (CAP) financés par la NIFA. Les travaux réalisés dans le cadre de ces projets ont notamment permis le développement de nouvelles colonies d'abeilles résistantes aux acariens varroa, de solutions améliorées pour leur alimentation, d'une stratégie (irradiation par rayons et traitement à l'ozone) pour réduire le taux de pathogènes ainsi que l'identification de plusieurs espèces pollinisatrices alternatives. Des progrès ont également été réalisé pour le développement de nouvelles méthodes de détection des parasites et pathogènes, des stratégies de contrôle intégré pour les acariens varroa et une série détaillée de bonnes pratiques de gestion à destination des apiculteurs.

Dans le but de minimiser les cas de CCD et en vue de mettre en place des habitats améliorés et durables pour les pollinisateurs, le Natural Resources Conservation Service (NRCS) met en application la Pollinator Initiative impliquant :

  1. la révision des standards des pratiques de protection des milieux pour mieux répondre aux besoins des habitats des pollinisateurs ;
  2. l'identification et la mise à disposition d'écorégions spécifiques et d'une végétation adéquate pour les pollinisateurs (dans le cadre du NRCS Plant Materials Center' Pollinator Conservation Action Plan) ;
  3. des mesures de soutien incitatives pour améliorer l'habitat des pollinisateurs dans le cadre d'une variété de programmes de protection comme identifié par les NRCS Programs Pollinator Action Plan ;
  4. la mise à disposition de matériaux de construction écologiques, de programmes de formation et d'assistance sur l'importance des pollinisateurs et les actions utiles pouvant être menées à l'échelle individuelle.

En conclusion, durant les trois dernières années, de nombreuses causes du CCD ont été proposées et étudiées. Bien que la ou les cause(s) du CCD soient toujours inconnue(s), les résultats des travaux de recherche résumés dans ce rapport permettent d'émettre l'hypothèse que le CCD puisse être un syndrome causé par de multiples facteurs différents, qui agissent individuellement ou en combinaison. Selon Kevin Hackett, directeur du programme national de l'ARS pour la pollinisation et vice-président du Comité de Direction du CCD de l'USDA, il est probable que la séquence et la combinaison de ces facteurs ne soient pas les mêmes dans chaque cas. A l'avenir, les travaux de recherche vont davantage se concentrer sur les interactions de multiples facteurs causant le CCD.

Sources

Rédacteurs

Magali Muller, Adèle Martial

Origine

BE Etats-Unis numéro 231 (14/01/2011) - Ambassade de France aux Etats-Unis / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65586.htm

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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21 commentaires

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Commentaires 1 à 20 sur 21

avatar Goor Bruxelles - 18/01/2011, 22:32

ce n'est pas un certain Albert Einstein qui a dit ''je ne donne pas moins de quatre ans a l'humanité si les abeilles disparaissaient'' ? ...

avatar Hervé - 18/01/2011, 22:33

Je suis tout à fait prêt à croire qu'il y a une diminution des abeilles . Mais je me pose une question si les abeilles diminuent conséquemment, automatiquement il doit y avoir une raréfaction du miel et dans ces conditions la loi du marché est formel lorsqu'il y a diminution d'un produit pour une demande constante idubitablement il y a inflation du prix pour ce produit en question. Or tel n'est pas le cas, le prix du miel reste inchangé! Donc y a-t-il réellement une diminution catastrophique des abeilles?

On dit que les polluants sont une des cause de cette mortalité mais alors comment ce fait-il que les ruches à Paris produisent en moyenne 50 kilos de miel par ruche et à la campagne 30 kilos. Peut être y a t-il moins de pesticides à Paris mais au point de vu polluants c'est le contraire ,il y en a surement plus qu'à la campagne.

avatar st pierre du perray - 19/01/2011, 08:04

les abeilles disparaissent à cause des poisons dans les sols et les fleurs,l homme est au bord de l 'exctinction,bye,bye

avatar Christophe Magdelaine - 19/01/2011, 09:32

@ Goor Bruxelles : non mais l'idée est là ;-)
@ Hervé : personnellement, j'ai beaucoup de mal à trouver du miel bio français et il est tout de même assez cher. Il vient souvent d'Hongrie ou d'Italie. En ce qui concerne le rendement des ruches parisiennes, il faut savoir que "les jardiniers municipaux participent au bien être des abeilles en favorisant les plantations riches en pollen et en nectar autour des ruches." De plus, il y a effectivement moins de pesticides, et les ruches (près de 300 à paris) sont placées très majoritairement dans des parcs très fleuris. Enfin pour le jardin d'Acclimatation, la production est de 20 kg par ruche et saison, loin des 50 kg que vous mentionnez. Source : http://www.paris.fr/portail/loisirs/Portal.lut?page_id=9233&document_type_id=5&document_id=68263&portlet_id=22522

avatar Stasichen Jean - Fontaines - Suisse - 19/01/2011, 09:34

J'ai une dizaine de ruches. Une seule colonie faible perdue il y a quatre ans. Je crois que la manière de gérer ses colonies joue un grand rôle. Le rucher de 15 colonies situé à 5 kilomètre du mien s'est éteint en 2009. Lorsque j'ai interrogé le camarade apiculteur, cela ne m'a pas étonné. Ou vous gardez des abeilles avec amour ou pour le rendemant maximal.

- prend-t-on le miel complètement ou en laisse-t-on pour la santé des abeilles

- à quelle époque complétons-nous la réserve hivernale. Si tardif, les jeunes abeilles doivent travailler et entre en hiver fatiguées

- quand et quel traitement dans la lutte anti-varroa. Certains apiculteurs bricoles leurs produits par économie

- quelle préparation pour l'hivernage. Ruches surélevées à cause de l'himidité, fonds des ruches bien aérés

- garder des reines jeunes

Le centre apicole suisse m'a confirmé que des colonies crevées en hiver contenaient 70% de varroas, alors que 2 % est la règle

Je ne nie pas le problème de la mortalité, mais certains apiculteurs n'en n'ont que le nom. Il devraient s'adonner à d'autres occupations.

Bien à vous

avatar Christophe Magdelaine - 19/01/2011, 09:47

@ Stasichen Jean - Fontaines - Suisse : merci pour votre témoignage intéressant !

avatar alpha - 19/01/2011, 15:42

résultats

la françe comme la suisse ne produissent que 40 % , le reste est de l'importation

http://www.swissinfo.ch/fre/A_La_une/Archive/Les_apiculteurs_crient_leur_colere_a_Bruxelles.html?cid=2551734

avatar Hervé - 19/01/2011, 16:40

Alpha@ Mais l'ailleurs d'où vient le miel importé les gens sont des saints ils n'utilisent pas de pesticide? Et pourquoi chez nous, on est obligé d'utiliser des pesticides . Ce n'est tout de même pas à cause d'une perversité collective pour embêter les écologistes que l'on utilise des pesticides en France.

Donc ailleurs il n'y a pas les mêmes impératifs qu'en France donc cet ailleurs doit être le paradis terrestre!.

avatar alpha - 19/01/2011, 17:31

@ hervé

A mon idée dans l'affaire , il y a plus trop de saints

http://home.citycable.ch/apiland/antibiotiques.htm

comme il est dit dans le précédent lien , l'apiculture n'est pas une activité trés lucrative qui n'intérrese plus que quelques passionés. c'est une chançe qu'ils en existent encore ?

c'est plus simple d'acheter du chinois ou autre

jusqu'au jour où on va s'apercevoir du désastre sur la production agricole sauf bien sur les céréaliers

avatar alpha - 19/01/2011, 17:53

simple constat
j'ai un ami apiculteu de 75 ansr qui conserve une quinzaine de ruches, plus par passion qu'autre chose

dans le contexte actuel , personne ne prendra la suite

il suffit d'attendre les résultats dans 10/20 ans sur la polinisation des fruits et légumes

avatar Quentin, Italie - 19/01/2011, 21:29

URGENCE POUR LES ABEILLES: VOUS POUVEZ AGIR MAINTENANT!... En signant cette pétition:
https://secure.avaaz.org/fr/save_the_bees/?cl=916488624&v=8211

avatar alpha - 20/01/2011, 09:12

il faudrait aussi ajouter urgence pour les producteurs qui ont encore le courage de mainetnir cette activité

pour l'instant si on peut diviser le prix du kilo par 4 avrc le miel d'importation

on n'arrive pas encore à importer le travail des abeilles et du serviçe rendu à tout le monde, y compris pour ceux qui ont la chançe d'avoir un pettit potager et verger

avatar R2D2 - 20/01/2011, 09:34

Mon cher Hervé
Avez vous pensé au miel fabriqué, l'erzsast, totalement synthétique fait essentiellement à base de sucre et aromatisé. Voila pourquoi le prix n'augmente pas.

avatar Hervé - 20/01/2011, 10:48

R2D2@ normalement ce miel synthétique doit être mentionné sur l'emballage. Ca fait belle lurette que dans les grandes surfaces on a arrêté les farces et attrapes en dissimulant la provenance et les caractéristiques des produits. Donc quand j'achète du miel de Provence ou d'ailleurs ou du miel d'acacia je suis sur que c'est du vrai miel sinon ce serait une escroquerie condamnable par les tribunaux.
Mon père quand in travaillait aux mines de la Sarre dans les années 50 nous ramenait effectivement du miel synthétique très bon , tiré du charbon!! Mais on sait que les allemands sont très forts en chimie organique. Ca se présentait en gros carré comme des paquets de marguerine

avatar LAMIRI - 20/01/2011, 12:47

Lien:

http://duriaqwww.journalchretien.net/16894-ecologie-le-sort-des-humains

avatar Normand, Québec - 20/01/2011, 13:14

http://www.radio-canada.ca/emissions/decouverte/2010-2011/Reportage.asp?idDoc=125959

Ici le prix est exorbitant depuis 2 ou 3 ans.

avatar HARPGE - 20/01/2011, 14:32

Réponse à Hervé ... :
....Aujourd'hui l'industrie agroalimentaire moderne a rendu disponibles des sirops sacchareux dont la composition est très proche de celle du miel et qui, partant, se prêtent très bien à la falsification du miel. L'utilisation de ces sirops est très répandue dans l'industrie alimentaire, pour la production de boissons et ils sont offerts aussi pour l'alimentation des abeilles. Ils sont produits à partir de l'amidon du maïs ou d'autres céréales par un procédé d'hydrolyse chimique et enzymatique, et soumis à des processus enzymatiques qui en transforment les sucres de façon à obtenir une teneur élevée en fructose; pour finir ils sont filtrés et décolorés. La composition de ces sirops est fonction des traitements qu'ils subissent et de l'usage auquel ils sont destinés. Certains ressemblent au miel (HFCS = high fructose corn syrup), d'autres s'en distinguent en raison d'une teneur élevée en glucose et en dextrine. ...

avatar Etienne Delforge Belgique - 20/01/2011, 22:09

C'est délirant!
On parle des moyens d'améliorer la situation/santé des pollinisateurs et plus précisément des abeilles méllifères qui aux USA travaillent dans "l'industrie apicole". Rien sur l'effet (nul?, insignifiant?) des transhumances démentes qu'effectuent ces "apiculteurs industriels" américains chaque année! pour aller polliniser la vallée des amandiers (et autres lieux) qui seront largement aspergés de pesticides pendant le travail de pollinisation des abeilles. Ces gens n'ont que des U$ pour faire briller leurs yeux! Ce ne sont pas bien sûr des apiculteurs, mais uniquement des industriels.

avatar broussard michel - 22/01/2011, 13:42


sans oublier qu'il est quand même facile de " produire " du miel en nourissant les ruches avec du sucre à moind de 1 euro le Kg afin d'obtenir du miel à 10 ....
De plus vu les antécédents trés nombreux dans ce pays j'aurais une confiance trés tréslimitée dans le miel italien produit en Italie .

avatar André Molsheim - 22/01/2011, 13:55

Après avoir lu l'article et tous les commentaires, je me dis: pauvre "apis mellifera". Infiltrée par les acariens, empoisonnée par nos pesticides, et rendant malgré tout des services immenses à la production fruitière, elle survit encore, elle qui butine inlassablement depuis des temps immémoriaux, produisant un nectar plein de vertus ... A acheter directement chez l'apiculteur!

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