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11494 lectures / 9 commentaires13 octobre 2010, 09 h 20
© C. Magdelaine / notre-planete.infoLa luzerne, méconnue, est une plante fourragère qui présente de nombreuses aménités pour l'environnement. Délaissée pour les plantes fourragères importées, la luzerne a pourtant de nombreux atouts pour concilier agriculture et respect de l'environnement à un moment où ces deux mondes sont en crise.
La luzerne est une légumineuse qui couvre le sol en permanence et qui fleurit d'avril à octobre. Elle est employée comme plante fourragère pour l'alimentation animale, à ce titre elle détient le record de production de protéines végétales par hectare cultivé !
C'est une plante pérenne, qui ne dépérit donc pas en hiver, et qui est maintenue pendant plusieurs années sur une parcelle. Bien que permanente, la luzerne n'épuise pas les sols, bien au contraire. Pendant les 3 à 4 ans où elle sera présente, elle apportera de nombreuses aménités (bénéfices) pour l'environnement tout en favorisant les cultures suivantes.
Les Etats-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de luzerne avec 80 millions de tonnes en 2009. La France, qui avait pourtant fait preuve de dynamisme, a vu sa production diminuer de 70 % en 30 ans, suite à la forte réduction des subventions... Pourtant, dans le même temps, les besoins ont quadruplé ! Une régression française qui ressemble à un formidable gâchis.
En France, la luzerne s'étend sur 300 000 hectares dont 90 000 sont destinés à la déshydratation.
Elle est exploitée dans l'alimentation de la plupart des espèces animales sous forme fraîche, séchée ou encore déshydratée, notamment pour les ruminants. Ainsi, Gérard Beauvallais, exploitant à Manchecourt utilise pour moitié de la luzerne bio et pour autre moitié du foin pour alimenter ses moutons.
La luzerne se positionne comme une solution face aux importations massives de protéines végétales destinées à l'alimentation animale. Ainsi il faut seulement 0,43 hectares de luzerne pour produire une tonne de protéines contre 1,1 hectare de soja pour produire la même tonne. Un atout de taille lorsque l'on sait que l'Europe importe les ¾ des protéines végétales destinées à l'élevage sous forme de tourteaux de soja, de colza et de tournesol dont les cultures intensives sont préjudiciables pour l'environnement. Mais le prix dicte le marché et les tourteaux importés sont bien plus attractifs que la luzerne pourtant locales et plus respectueuse de l'environnement...
Source de protéines pour l'alimentation animale, la luzerne déshydratée a considérablement modernisé son outil de production et maîtrisé ses dépenses énergétiques depuis quelques années.
La déshydratation de la luzerne mobilise 1500 personnes dans 206 usines en France. Cela représente 90 000 hectares en France. Pour l'année 2009/2010, quelque 860 000 tonnes de luzerne déshydratée ont été produites, ce qui place la France au deuxième rang européen derrière l'Espagne.


Luzerne coupée (à gauche) et transformée sous forme de granulés (à droite)
© C. Magdelaine / notre-planete.info
La luzerne est coupée, puis laissée à l'air libre pour un premier séchage (on parle de préfanage). Elle est ensuite récoltée puis séchée dans une usine de déshydratation comme celle d'Engenville dans le Loiret. Celle-ci est gérée par la SIDESUP, une coopérative regroupant majoritairement des agriculteurs.
Le séchage industriel est réalisé avec de l'air chaud soufflé à près de 100°C pendant quelques minutes. Afin de limiter au maximum son impact sur l'environnement, l'usine d'Engenville a installé une chaufferie à bois qui couvre 60% de ses besoins, le reste provenant d'une chaufferie à gaz. Outre l'intérêt pour l'environnement, cette chaufferie à bois répond à l'augmentation des prix de l'énergie devenue insoutenable. D'autres usines, comme celle de la Codema en Mayenne fonctionne depuis 10 ans avec le méthane issu de la fermentation de déchets ménagers enfouis à proximité.
Une fois déshydratée, la luzerne est transformée en granules qui seront emballés. Cette transformation conserve la qualité nutritionnelle de l'aliment.


Usine de déshydratation de la luzerne à Engenville (coopérative SIDESUP)
© C. Magdelaine / notre-planete.info
La luzerne est une des plantes cultivées les plus économes en intrants (engrais, amendements, pesticides...). Ainsi, dans le cas de la luzerne conventionnelle, on utilise seulement un herbicide par an et un insecticide tous les trois ans sans appliquer de fongicides. En agriculture biologique - un marché en pleine croissance que la France a bien du mal à satisfaire - la luzerne ne subit aucun traitement, conformément au cahier des charges de l'agriculture biologique.
Puisant directement l'azote de l'air grâce au rhizobium présent sur ses racines, la luzerne ne nécessite aucun apport azoté extérieur, ce qui est extrêmement avantageux vu les graves problèmes soulevés par l'excès de nitrates dans les eaux. Excès qui mène à l'eutrophisation et au développement des algues vertes, comme en témoignent certains littoraux des Côtes d'Armor en Bretagne.
Son tissu racinaire extrêmement développé (jusqu'à 10 mètres de profondeur) permet à la luzerne de capter l'azote présent en excès dans le sol tout en le protégeant contre l'érosion. C'est donc une plante épuratrice recommandée en tant que telle pour protéger les zones de captage d'eau potable comme c'est le cas dans le bassin de Vittel. Elle participe donc à la réduction des pollutions par les nitrates responsables d'eutrophisation.
De plus, la culture de luzerne fournit aux cultures suivantes un reliquat d'azote sans entraîner de "fuite de nitrates" après son retournement. Ce qui signifie qu'en plus d'enrichir le sol en azote pour les cultures suivantes cet apport n'est pas préjudiciable pour l'environnement.
Enfin, peu gourmande en eau et capable de s'alimenter en profondeur, la luzerne ne participe pas à l'épuisement des nappes phréatiques.
D'une manière générale, les champs de luzerne hébergent des micro-organismes et une faune près de 100 fois plus importante que dans une culture comme le blé, tout en abritant des insectes auxiliaires des cultures environnantes.
Conscients des effets positifs de leur culture pour la macro et la micro faune, les producteurs de luzerne ont souhaité les mesurer objectivement à l'aide d'une expérimentation grandeur nature en 2009. Les premiers résultats, très positifs ont montré l'intérêt d'une généralisation des mesures sur l'ensemble de la production française en 2010.
Trois types de parcelles ont été comparées : une première parcelle de luzerne conventionnelle, une deuxième parcelle de céréales d'hiver et une troisième parcelle de luzerne dont on laissait toujours une large bande non récoltée en fleurs.
Sur ces dernières parcelles dont une partie n'était pas exploitée, de nombreux oiseaux, abeilles, chauve-souris et autres mammifères ont été observés.
Ces observations sont d'autant plus intéressantes que la luzerne a une floraison tardive : elle constitue donc une source de nectar appréciée à un moment où les fleurs se font plus rares. Cette première expérimentation a été menée en collaboration avec de nombreux partenaires dont la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et le muséum national d'histoire naturelle(1). En 2010 l'expérimentation est reconduite dans l'ensemble des régions productrices françaises. L'objectif étant de montrer qu'il est possible de soutenir la biodiversité avec une telle production de luzerne. A terme, 60 000 hectares de luzerne pourraient ainsi être mobilisés pour profiter à l'agriculture et à l'environnement.
© C. Magdelaine / notre-planete.infoLes propriétés agronomiques de la luzerne en font un allié de choix pour les agriculteurs biologiques. En grandes cultures bio, elle est même indispensable techniquement comme économiquement. De surcroît c'est un aliment bio de choix pour les élevages.
Ses principaux avantages résident dans sa capacité à assimiler directement l'assaut de l'air sans apport extérieur, et dans son action nettoyante. La luzerne et une culture très couvrante qui nettoie ainsi le sol des adventices, notamment des vivaces (chardons, rumex) et limite les risques d'érosion et de drainage. Enfin c'est une tête de rotation précieuse pour l'agriculture bio qui exigent des rotations longues de sept à huit ans.
En régions humides comme la Champagne seule la déshydratation permet d'assurer un débouché à cette production. La luzerne déshydratée bio est de plus en plus demandée par les éleveurs bio qui peuvent ainsi profiter de toutes ses qualités nutritionnelles.
Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés
juliet Papa -
Bonjour,
La luzerne était très utilisée comme plante fourragère par la génération d'agriculteurs tous en retraite aujourd'hui ou disparus . Depuis l'avènement du tout mécanisé de la génération actuelle elle est malheureusement délaissée (comme la betterave ) au profit du maïs (conserves) qui n'a évidemment pas les mêmes qualités nutritives mais réduit la masse de travail . Je souhaite qu'un grand nombre d'agriculteurs lise votre article car bon nombre d'entre eux ont oublié que cette plante existe !
Guichard Philippe Pailloles -
Merci de cet article fort intéressant !
Je suis paysan bio dans le sud ouest et travaille depuis mon installation avec la luzerne dans ma rotation agronomique.
Depuis peu, une dizaine d'années, je cultive cette même luzerne associée à une culture céréalière de blé bio. Les résultats sont très intéressants et révélateurs, fini la faim d'azote sur la céréale d'hiver et les parcelles sales pleines d'adventices. J'ai un blog vidéo (http://phyloxera.kewego.fr/) dans lequel j'explique le cheminement de la culture du blé associé à la luzerne en couvert permanent.
Une seule chose manque à votre article, ce sont les références liées aux organisations qui tuteurent les expérimentations citées, j'apprécierais beaucoup avoir leurs coordonnées.... Merci (paysanbio@aol.com)
Christophe Magdelaine -
@ Guichard Philippe Pailloles : Merci pour votre témoignage.
Je viens de détailler dans les notes de l'article la liste exhaustive des structures qui soutiennent les expérimentations sur la biodiversité.
Hdrass -
juliet Papa
Vous avez raison, à l'exception que les agriculteurs n'ont pas oublié que cette plante existe, seulement leur préoccupation principale étant de pouvoir subsister ou pour certains de rentabiliser au maximum leur activité, ils sont bien contraints de cultiver des plantes dont le produit de leur vente vont rembourser les frais avancés (et Dieu sait que ces frais n'ont pas tendance à baisser contrairement au prix des récoltes dont les prix sont très aléatoires), et peut-être leur laisser une marge financière.
On ne peut faire, dans ce monde moderne, de l'écologie sans s'intéresser à l'économie.
Or, ces 2 matières sont actuellement opposées pour des raisons qu'il serait vain d'essayer d'expliquer ici.
AMHA, l'écologie s'harmoniserera (à nouveau) avec l'économie lorsque les sources d'énergies fossiles seront épuisées ou presque, lorsque les machines s'arrêteront de fonctionner et seront remplacées (si possible) par des paires de bras humains et autres chevaux et mules.
Les générations actuelles ne devraient cependant pas connaitre cette révolution.
Le paradoxe humain est que la science tend à démontrer que les progrès techniques et scientifiques ont bouleversé les équilibres écologiques et que les bénéfices de ces progrès à court terme pour les humains constitueront des pertes pour leur descandant sur le long terme.
En réalité les hommes modernes, mis à part une faible frange marginale tel le paysan bio ci-dessus Guichard Philippe Pailloles (voir le rapport de surfaces concernées à l'échelle globale et surtout le rapport économique), sont tous solidairement dans le même bateau et tendent de plus en plus à ignorer leur véribable place sur cette magnifique planète.
Hdrass -
PS optimiste
Il n'est jamais impossible que les utopies d'aujourd'hui deviennent les réalités de demain.
Eric - orne -
Bon article de fonds qui explique bvien clairement les choses.
Mais comment faire auprès de nos grands decideurs pour que ca bouge et que cette plante ne disparaisse pas . On en a besoin partout pour ses qualités environnementales et pas seulement ou il y a des élevages.
juliet Papa -
C'est tout de même une aberration que seuls les agriculteurs bio (ou presque) sont les seuls à utiliser la luzerne et sont les seuls à en ressentir les bienfaits - mais je comprends que nos agriculteurs doivent rentabiliser immédiatement leurs exploitation de manière à faire face à leurs échéances financières ...
Je suis fils d'agriculteur et donc un observateur de l'évolution ; la génération dont je parle allait en début de soirée tous les 2 jours faire une charretée de luzerne ou choux pour leur bétail . Cette période est révolue .
Les fermes à cultures intensives sont axées sur les céréales (blé, orge) , maîs, pâturages .
Les sols deviennent peu à peu stériles (traitements chimiques) . Les cultures qui favorisent la diversité biologique du sol ont toutes été abandonnées (luzerne, choux, betteraves fourragères ) pour une seule raison ... Jusqu'à quand : cette utopie (passé récent ) pourrait en effet devenir réalité à moyen terme . L'INRA travaille sur ce sujet ; reste à convaincre les DDA de ces "nouvelles opportunités" pour de meilleurs rendements liés à une meilleure rotation des cultures ....
Denis cinqueux -
Effectivement l'année dernière il y avait1 pièce de luzerne vers chez moi;1 fait devenu rare pour le signaler.Aussi je me suis arrêté afin de voir de mes yeux et de sentir ce parfum oublié...Et bien je confirme la bio-diversité était là abeilles ,papillons,bourdons,lièvres,garennes...ça grouillait de vie,ça m'a rappelé le temps ou les champs étaient vivants et qu'il était agreable de s'y promener , haies ,pâtures ou les pommiers étaient nombreux et là aussi ça grouillait de vie.Tout a disparu pour devenir plat à perte de vue ...L'impression de stérilisation est désormais avérée !C'est triste .
Hdrass -
Denis cinqueux
En effet les humains se multiplient au détriment de la biodiversité... et donc de la vie.
Mais les humains représentent bien aussi la vie, non !
Et le blé cultivé à la place de la luzerne, c'est bien aussi la vie, certes une autre vie, moins riche, plus déséquilibrée.
Quelle devrait donc être la solution ?
Je n'ai pas la réponse.
Le dilemme est : les humains ou la biodiversité...
A mon avis personnel, notre Terre ne devrait pas supporter plus de 3 ou 4 milliards d'humains, et non pas les 7 actuels et bientôt 9 à 10 dont 1 à 2 Mds qui ne mangent pas à leur faim et 1 à 3 qui mangent trop ou sont boulimiques, et qui en définitive menacent gravement les équilibres écologiques... mais hélas représentent aussi une manne pour la croissance dite "économique globale" dite aussi "mondialisation" chère aux libéraux.
Le risque est cependant que les lois mathématiques se réalisent "naturellement" dans le temps, notamment la loi de la courbe en cloche (loi de Gauss).
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