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www.notre-planete.info : environnement, développement durable et sciences de la Terre
11230 lectures / 6 commentaires23 août 2010, 15 h 06
Bambouseraie - FranceL'assainissement autonome ou individuel est désormais reconnu comme une solution technique à part entière... mais dont les coûts peuvent s'avérer prohibitif. Pour avoir travaillé dans un bureau d'étude, spécialisé dans les études de sols et la prescription d'assainissements autonomes, je sais que les étapes peuvent s'avérer longues et onéreuses. Cependant des techniques plus vertes peuvent être privilégiées, moins coûteuses, plus esthétiques, plus faciles à installer, ..., elles ne présentent que des atouts, ou presque.
Lors d'une construction ou d'une réhabilitation de bâtiment, en secteur non raccordé au réseau collectif, le propriétaire est tenu de mettre en place un assainissement autonome. La première étape passe par la réalisation d'une étude de sol. Etude dont le coût oscille entre 150 € pour un particulier à plus de 3 000 € pour une collectivité. L'objet de cette étude consiste à vérifier que la parcelle peut recevoir une infrastructure d'assainissement.
Des "essais d'eau" sont réalisés pour déterminer la perméabilité des différentes couches géologiques (de sol) du terrain. Il est conseillé d'en réaliser au moins 2 sur la partie du terrain où sera implanté le dispositif d'assainissement individuel, car le sol d'une même parcelle est rarement homogène. La méthode la plus communément employée est la mise en place de test de percolation, nommé méthode à niveau constant ou Méthode Porchet. Il s'agit d'un essai normalisé dont le principe de fonctionnement est développé dans le DTU (document technique unifié).
Les trous, réalisés à faible profondeur, sont remplis d'eau claire afin de mesurer la vitesse à laquelle le terrain l'absorbe. La méthode consiste à mesurer le volume d'eau introduit pendant la durée du test, pour maintenir constante la hauteur d'eau dans le trou et permet de calculer ainsi un coefficient K caractérisant le sol en place : K (mm/h) = Surface d'infiltration(1) X durée du test
Pour des terrains caractérisés par une faible perméabilité (inférieure à 6 millimètres par heure environ), l'évacuation des eaux usées par épandage souterrain doit être exclue au profit d'un autre mode de traitement et d'évacuation. Pour des terrains présentant une perméabilité à priori favorable, d'autres éléments sont à prendre en compte, comme le niveau de remontée maximum de l'eau dans le sol (nappe phréatique ou nappe perchée) et la topographie du terrain, mais en règle générale, les préconisations sont les suivantes :
|
Perméabilité K en mm/h |
K < 15 |
15 < K < 30 |
K < 30 |
30 < K < 500 |
K > 500 |
|---|---|---|---|---|---|
Type de sol |
Sol à tendance argileuse |
Sol à tendance limoneuse |
Nappe d'eau certainement proche de la surface du sol |
Sol à tendance sableuse |
Sol perméable en grand |
|
Assainissement individuel envisageable |
Avec exutoire : filtre à sable vertical ou filtre horizontal drainé |
Tranchées d'infiltration ou lit d'épandage à faible profondeur |
Sans exutoire : tertre d'infiltration |
Filtre à sable vertical |
|
Dans tous les cas, la mise ne place d'une fosse est nécessaire. Mais la fosse n'assure qu'une fonction de pré-traitement ; seulement 30 % de la pollution carbonée est détruite. Le traitement proprement dit est le plus souvent assuré par le sol, au moyen de tranchées d'épandage. Cela suppose que les caractéristiques pédologiques des sols soient déterminées par un bureau d'étude spécialisé dans ce domaine et que le sol soit compatible avec l'assainissement proposé : suffisamment perméable mais pas trop pour éviter un transfert trop rapide vers la nappe phréatique. Dans le cas contraire, il faut recourir à des massifs de sable si la perméabilité est insuffisante ou à des tertres filtrants si la nappe affleure.
Une fosse a pour objet de faire décanter les matières solides et de les liquéfier par fermentation sous l'action des bactéries anaérobies naturellement présentes dans les effluents. Ce travail demande plusieurs semaines à plusieurs mois de séjour dans la fosse. Le volume utile des fosses toutes eaux doit être au moins égal à 3 m3 pour des logements comprenant jusqu'à cinq pièces principales (nombre de chambres à coucher + 2) et doit être augmenté d'au moins 1 m3 par pièce supplémentaire. Concernant les fosses septiques, le volume minimal est de 1,5 m3 pour des logements comprenant jusqu'à cinq pièces principales et doit être augmenté d'au moins 0,5 m3 par pièce supplémentaire. Dans tous les cas, une fosse ne doit recevoir que les eaux vannes (usées) et/ou ménagères, les eaux pluviales y sont proscrites.
Pour être conforme à la réglementation en vigueur, un assainissement autonome doit se composer des éléments suivants :
A ces éléments peuvent s'adjoindre un bac à graisse pour collecter les eaux de cuisine, salle de bain et buanderie... ainsi qu'un pré-filtre, composé de pouzzolane ou d'une cassette en polyéthylène dont le rôle est de retenir les particules susceptibles de s'échapper de la fosse toutes eaux. Le rejet direct des eaux sortant de la fosse toutes eaux dans un puits est évidemment rigoureusement interdit en raison de la pollution. Mais le rejet à l'égout également (code de la santé publique), puisque la fermentation ayant commencé, elle s'étendrait rapidement à tout le réseau d'assainissement (odeurs, corrosion).
Les prix de ces installations sont très variables en fonction de la configuration des lieux, de la nature du terrain, de l'environnement, des longueurs à mettre en place, des tranchées à effectuer, des décaissements à faire, … Il faut savoir qu'il est possible de tout faire, ou quasiment, par soi-même. Cela réduit grandement la facture. Il faut compter environ 1100 € pour : une fosse, un bac à graisses, les tuyaux-coudes-regards, la ventilation, et la location d'une mini-pelle. Mais après la fosse septique, il faut encore ajouter des drains ou un filtre à sable drainant, soit environ 600€. La facture double si les travaux sont réalisés par un professionnel et d'autre part, cette filière peut présenter des inconvénients, citons :
Les fosses sont le moyen de traitement le plus répandu et le plus recommandé alors que des méthodes alternatives (un terme à la mode) existent et sont performantes : les filtres plantés de roseaux ou bambous tout aussi simples mais encore méconnus.
Longtemps décrié comme une plante envahissante, le roseau, ou phragmite, n'en est pas moins une alternative à la filière classique de traitement des eaux. Le traitement des eaux usées par filtres plantés de roseaux connaît depuis ces dernières années un développement croissant. Ce procédé écologique s'appuie sur des mécanismes naturels pour l'épuration des eaux. Il convient à des particuliers mais également à de l'assainissement semi-collectif, comme dans le cas de hameaux, lotissements… Le principe de fonctionnement est simple.
Le traitement physique et biologique des eaux usées s'effectue dès le premier étage des filtres. Le dispositif d'assainissement est généralement constitué d'une grille pour retenir les « gros déchets » qui ne devraient pas se trouver là (tampons, serviettes, et autres ONI - objets non identifiés), et de deux cuves en parallèle, fonctionnant en alternance et alimentées par un siphon auto-amorçant qui permet une alimentation séquentielle, par bâchée. Les effluents bruts sont envoyés sur les filtres plantés de roseaux, sans décantation préalable. Les effluents perdent par filtration jusqu'à 90 % de leurs matières en suspension (MES) en traversant un massif de granulats adaptés, contre seulement 50 % par décantation classique. Les boues retenues subissent une minéralisation favorisée par l'action conjuguée des bactéries et de la présence des roseaux.
Ce type de procédé permet donc d'intégrer en une seule étape le traitement primaire et secondaire de la charge polluante ainsi que le traitement des boues. A l'étage inférieur, le traitement de la matière organique dissoute se poursuit et les composés azotés réduits (toxiques pour la faune aquatique) sont oxydés. Un troisième étage et/ou une "recirculation" des eaux permettent d'effectuer un traitement tertiaire de finition afin d'obtenir un taux d'épuration supérieur aux normes habituellement requises.
Alors que la première station pilote, installée par le Cemagref en 1987 à Jensac-la-Palud (Charente), est toujours en fonctionnement, ce procédé se répand. En effet, la méthode présente de multiples avantages :
Cependant il perdure quelques inconvénients, le procédé exige des interventions humaines avec tous les 3 à 7 jours, un dégrillage et une manœuvre de vanne ; tous les ans, un fauchage et un nettoyage ; et enfin, tous les dix ou quinze ans, un nettoyage du premier étage permettant d'enlever la matière première résiduelle de la surface des filtres.
Le bambou est un autre végétal utilisé pour épurer l'eau. Le principe est donc le même que celui des roseaux. Dans l'enchevêtrement des racines du bambou, une micro-faune, composée principalement de vers, minéralise la pollution des eaux usées. La plante gourmande en eau permet que toute l'eau usée, répandue dans la bambouseraie, soit rapidement absorbée. Le procédé d'épuration utilisant des bambous, peut être utilisé seul ou en complément d'autres systèmes d'épuration, mais les bambouseraies présentent plus d'un avantage :
Petit bémol, les bambous sont présents naturellement sur tous les continents (Amériques, Asie, Afrique et Océanie) à l'exception de l'Europe. Il y a donc introduction de plantes exotiques et les bambous sont même répertoriés parmi les espèces invasives. Certaines espèces, par leurs aptitudes à s'étendre via leurs rhizomes, peuvent porter un réel préjudice à la biodiversité de nos écosystèmes.
Les procédés faisant appel aux végétaux offrent donc de nombreux avantages tant environnementaux qu'économiques et s'avèrent dans tous les cas particulièrement adaptés aux pays faiblement industrialisés, où l'importation de matériels étrangers reste parfois difficile ou pour les écologues à petits budgets ! Ces procédés (roseaux-bambous) peuvent aussi être combinés à un lagunage naturel, permettant ainsi d'accélérer le processus de retraitement des eaux usées et de faciliter le traitement des boues. Toutefois ces végétaux ne doivent pas avoir le "monopole" et dans les pays en dehors de l'Europe, une piste d'amélioration consisterait à trouver de nouveaux matériaux ou de nouvelles plantes autochtones, capables d'offrir les mêmes capacités de filtration et d'épuration. Déjà en Inde, l'Arundo donax (en France, canne de Provence) s'est substitué aux Phragmites. Qui aurait accordé autant de qualités au roseau, si souvent dépeint comme une plante "envahissante" ? Sinon Jean de La Fontaine et Esope.
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
SAIDANI - MARSEILLE - 24/08/2010, 09:04
C'est un article de qualité, et abordable pour nos élèves. Il pourra servir de support de travail pour l'étude de l'assainissement autonome. Merci
lavoisier - 24/08/2010, 12:05
il semble qu'il y a mieux dans la troisiéme ligne
à gauche
il suffit de brancher le tuyau en direct avec un estomac de robot
mais effectivement le bambou c'est pas mal du tout
j'ai ai qui font effectivement au moins 10 métres en diamétre jusqu'à 5 cm
Hervé GOURIOU Conakry - 27/08/2010, 06:43
merci pour ces infos, car effectivement, dans un pays comme la Guinée, le problème de l'assainissement d'eaux insalubres est crucial. En saison des pluies, les réseaux quand il y en a débordent dans les rues, les caniveaux de collectes (fossés très profonds) le long des voies sont des égouts à ciel ouvert et les moustiques s'en donnent à coeur joie pour se reproduire et transmettre le paludisme... Le bambou pousse de façon naturelle dans ce pays et il existe des forêts très denses de bambou... Ce serait donc une solution à émettre que d'en planter à proximité des émissaires de rejets dans les milieux naturels (mer, rivières, marais... Mais n'y a-t-il pas aussi un risque épidémique (paludisme) avec la création de marécages plantés de bambou dans lesquels les moustiques ne vont pas manquer de proliférer ?...
lavoisier - 28/08/2010, 17:41
A hervé GOURIOU
je peut faire érreur, mais il semble que le bambou nécessite un sol humide, mais relativement bien drainé.
contrairement au roseau
A mon idée, vu ma banbouseraie mais en françe, son avantage réside dans sa taille suivant l'espéce et une surfaçe au sol occupé moindre
pour les moustiques, protégé vos sauves-souris, cela évite des érreurs comme dans les TOM
http://www.plantes-et-jardins.com/magazine/fiches/fiche.asp?id_fiche=62
Petitpierre Saint Dié - 29/08/2010, 10:16
Plutôt que d'acheter un micro-tracteur pour suivre la mode: réduire notre environnement à l'état de gazon moquette, nous avons fait le choix de nous mettre aux normes du SDANC.
Chacun son truc.
Donc, nous avons réalisé "en famille" notre assainissement par filtre à sable vertical pour un coût abordable.
En sortie nous avons maintenant un groupement végétal de plantes locales poussant en zones humides de nos régions. Cela fait un magnifique jardin! Pas d'odeurs, pas de moustiques,
Certes, c'est du boulot mais ça fait plaisir de voir le résultat en comparaison de certains cours d'eau qui sont encore de véritables égouts..
Et surtout, on a bonne conscience.
Vous trouverez les plans et toutes les astuces sur internet, ex: assainissement non collectif.
Joseph à Portet-sur-Garonne - 25/02/2011, 23:22
Moi je veux bien faire quelque chose d'aussi esthétique, économique (est-ce vrai ?) et pratique pour mon assainissement non collectif. Mais quid de la règlementation et de l'agrément par le SPANC de ma commune ? Des précisions sur ce point seraient utiles.
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