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Une Grande Muraille Verte de 7000 km de long pour stopper l'avancée du désert

7827 lectures / 10 commentaires29 juillet 2010, 14 h 34

desert_chameaux.jpgChameaux dans le désert
© Vincent Simonneaux / IRD

Le désert ronge les terres fertiles au Sahel depuis des décennies. Pour enrayer son avancée, onze pays africains(1) s'unissent pour édifier une "Grande Muraille Verte". Initié en 2005, ce vaste projet vise à reboiser une bande de 15 km de large sur 7000 km de long, de Dakar à Djibouti.

Pour optimiser les performances de ce mur de verdure, une communauté d'experts internationaux, dont des chercheurs de l'IRD, est mobilisée. Objectifs : choisir les techniques de revégétalisation et les espèces les plus adaptées. En ce sens, les experts(2) mettent entre autres l'accent sur un phénomène naturel, présent chez la plupart des espèces végétales : la symbiose entre la plante et un champignon. Favoriser ce processus améliorerait en effet la croissance des plants dans les sols dégradés et augmenterait leur résistance à la sécheresse. Par ailleurs, parmi les différentes essences qui seront utilisées, un arbre aux qualités remarquables est préconisé(3) : le filao, capable de fixer l'azote de l'air et de coloniser ainsi des terres appauvries.

Reste à déterminer comment intégrer ce projet dans un milieu déjà exploité et permettre aux habitants d'en retirer les bénéfices.

Au Sahel, sous l'effet des changements climatiques conjugués à une exploitation agricole intense dû à la pression démographique, la zone forestière régresse. Ce déboisement entraîne une dégradation des sols et une désertification quasi inexorables. Aujourd'hui, les deux tiers de l'Afrique sont devenus désertiques ou fortement dégradés.

Stopper le désert

En réponse à ce fléau, onze pays africains(1) ont initié dès 2005 un projet d'envergure continentale, piloté par l'Union africaine : la Grande Muraille Verte. Telle une ligne de résistance pour contrer la progression du désert, ce mur de verdure de 15 km de large sera édifié de Dakar à Djibouti, soit 7000 km de long.

Pour sa mise en œuvre, un comité de spécialistes des arbres et des milieux arides, dont des scientifiques de l'IRD, a été sollicité. Ils doivent déterminer les techniques les plus appropriées et choisir les espèces les plus adaptées au contexte sahélien (résistance à la sécheresse, capacité de se développer dans des sols carencés en nutriments, réhabilitation de la fertilité, etc.) afin d'optimiser les performances des opérations de reboisement.

Les champignons, des alliés de choix

Pour reconquérir les milieux dégradés, les scientifiques de l'IRD et leurs partenaires(2) recommandent notamment l'exploitation d'un phénomène naturel, vieux de 400 millions d'années et présent aujourd'hui chez plus de 80% des espèces végétales : l'association entre une plante et un champignon, appelée symbiose mycorhizienne. Le champignon joue un rôle primordial pour la nutrition hydrique et minérale de la plante hôte. En effet, il prélève et transporte vers cette dernière des éléments nutritifs très peu mobiles dans le sol, principalement le phosphore. Deux voies biotechnologiques sont envisageables : l'introduction en masse d'une souche fongique performante (on parle de "mycorhization contrôlée") ou l'utilisation de plantes dites facilitatrices, ou "nurses", qui vont augmenter le potentiel mycorhizien du sol. Les chercheurs ont en effet montré, lors d'études menées au Sénégal et au Maroc, que ces pratiques améliorent la pousse des plantes dans les sols carencés en nutriments et en milieu aride : mortalité des plants diminuée, croissance en hauteur significativement plus élevée, meilleure croissance racinaire, utilisation des ressources en eau optimisée et donc meilleure résistance au stress hydrique. Il n'existe actuellement que très peu d'études sur ces biotechnologies en conditions réelles, en particulier dans les régions arides et semi-arides.

Le filao, un arbre particulièrement bien adapté

Autre objectif : les plantes sélectionnées pour la Grande Muraille Verte, locales ou importées, doivent faire preuve d'une faculté d'adaptation au milieu sahélien et posséder des qualités écologiques appropriées à la lutte contre la désertification. Parmi les essences qui seront utilisées, les experts(3) préconisent notamment l'arbre tropical Casuarina , plus connu sous le nom de filao. Ce dernier a en effet acquis au cours de son évolution des qualités remarquables qui lui permettent de pallier les carences des sols dégradés et de les revégétaliser : c'est un arbre dit pionnier, c'est-à-dire capable de coloniser des sols très pauvres en éléments minéraux. Il doit cette faculté exceptionnelle à une association symbiotique avec une bactérie, appelée Frankia , contenue dans le sol. Celle-ci offre à l'arbre la capacité unique de fixer l'azote de l'air, quand cet élément essentiel manque dans le sol. Pour cela, la bactérie forme sur les racines du filao des organes spécialisés, appelés nodules, capables de transformer l'azote atmosphérique en ammonium, directement assimilable par la plante.

Pour comprendre comment cet arbre s'adapte aux sols carencés et modifie l'architecture de son système racinaire, une équipe de recherche(3) tente de décrypter les mécanismes moléculaires qui gouvernent la formation et le fonctionnement des nodules racinaires fixateurs d'azote. Ils ont ainsi caractérisé un des gènes indispensables à la symbiose entre le filao et Frankia.

Originaire d'Australie, le filao est surnommé "arbre de fer", pour la dureté de son bois. Il est d'ores et déjà employé dans diverses régions du monde pour la production de biomasse et de bois de chauffage, pour la restauration de la fertilité des sols et pour la lutte antiérosive.

Ces travaux montrent l'intérêt de valoriser, dans le cadre de la Grand Muraille Verte, la symbiose mycorhizienne et les espèces, telles que le filao, adaptées au contexte sahélien. La communauté d'experts doit désormais établir les modalités d'intégration de ce faramineux projet dans un milieu déjà occupé et exploité. Pour cela, les techniques de reboisement préconisées doivent être compatibles avec les usages et pratiques en vigueur dans les pays traversés et les espèces choisies doivent pouvoir être valorisées par les économies locales concernées.

Notes

  1. Le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Soudan, l'Egypte, l'Ethiopie et Djibouti.
  2. Ces travaux sont réalisés par des chercheurs du Laboratoire des Symbioses Tropicales et Méditerranéennes (UMR IRD, CIRAD, INRA, Montpellier SupAgro, Université Montpellier 2) en collaboration avec l'Université Cadi Ayyad de Marrakech au Maroc et de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal.
  3. Ces travaux sont réalisés par des chercheurs de l'UMR Diversité et Adaptation des Plantes Cultivées (IRD, CIRAD, INRA, Montpellier SupAgro, Université Montpellier 2) en collaboration avec des scientifiques de la Chinese Academy of Forestry à Guangzhou et du CSIRO Plant Industry à Canberra en Australie.

Source

La Grande Muraille Verte : comment stopper le désert ? - IRD

Rédactrice

Gaëlle Courcoux / DIC

Auteur

Institut de Recherche pour le Développement ; date originale : 29 juillet 2010, 14 h 34

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

10 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar Stéphane LAGASSE BRUXELLES - 31/07/2010, 00:04

Hier ou avant-hier j'ai vu la dernière émission 'Vu du ciel": un homme extraordinaire a replanté avec les populations locales des dizaines de milliers de mangroves.

Il ne croit ni au blabla -et donc n'attend plus rien des politiques- ni au pouvoir de l'argent.

Il est contagieux! Vivement cette épidémie...

Pourriez-vous nous en dire plus? J'ai oublié son nom, il est Libanais et réside surtout au Sénégal.

avatar lavoisier - 31/07/2010, 11:39

reste à trouver la mème solution d'une barrièren de plantes aquatiques pour absorber le machin noir avant qui'il se déverse sur la côte



on est pas sorti de l'auberge ?

avatar Cheikh Sidaty Dakar - 14/08/2010, 15:40

@Stéphane LAGASSE BRUXELLES le Monsieur se nomme Ali Aidara le responsable pour la protection de l environnement .

avatar lavoisier - 14/08/2010, 17:11

il y a le désert de sable et l'autre moins naturel



Les pays du Nord se disent inquiets de la faim en Afrique. Pourtant, leurs entreprises pétrolières continuent de détruire les moyens de subsistance de millions d'Africains dont la vie dépend de la bonne santé des mangroves. Plutôt que de donations de surplus agricoles, les peuples des mangroves ont besoin que ces entreprises s'en aillent, après avoir restauré les écosystèmes qu'elles ont détruits. Ils retrouveront ainsi leur véritable richesse et la faim qu'ils souffrent aujourd'hui ne sera plus qu'un souvenir.



Bravo à cet homme qui lutte à armes inégales

avatar meriem de tunisie - 23/08/2010, 01:04

tous le sud de mon pays et desertique mais il a oppter pour plusieur solutions mais sa n'a pas stopper la progression du desert et j'espere vraiment que sa marche car la secheresse augemente d'annees en annee

mais le plus beau cadeau qu'un homme puisse donne a cet terre qui nous ai egale et de plannte le plus d'arbre qu'il pu

avatar meriem de tunisie - 23/08/2010, 01:08

il y'a aussi le hindi qui est un cactus tres robuste et qui poduit des fruit

avatar Badara BA Dakar - 26/08/2010, 18:51

Conceptualisé par le président de la république du Sénégal, Ce projet qui a été une idée de Obassajo devait avoir l'appui des nations unis. Ici, chez nous au Sénégal on n as pas attendu et, l'Etat a créé une agence :

Agence Nationale de la Grande Muraille Verte.



Le Sénégal, la CEDEAO sont en avance dans ce projet bénéfique à l'humanité toute entière.



Le Sénégal a commencé à reboiser le long du tracé depuis quelques années.



L'Afrique est ainsi berceau de l'humanité et, quand les autres détruisent la planète, nous qu'on taxe de tous les Maux existants, ON RECONSTRUIT. Tél est notre fierté.



Je lance un appel au organismes qui veulent lutter pour la pérénisation de la race humaine de supporter ce PROJET AMBITIEUX.



Enfin un mur qui ne sépare pas les peuples mais qui les uni…







On a même commencé à soigner la population qui habitent le long de la grande muraille verte:

http://www.walf.sn/societe/suite.php?rub=4&id_art=66769



Site de la grande muraille verte :

www.grandemurailleverte.org/



Création d'une agence Ouest Africaine :

fr.allafrica.com/stories/201006211639.html

avatar Cathimini france - 01/09/2010, 11:19

Merci pour cette info Badara, c'est tellement encourageant de voir que nombre de personnes s'unissent sans plus attendre quoi que ce soit des gouvernements qui polémiquent si longtemps que rien avance!! Merci a tous ceux qui passent outre et font avancer les choses pour le bien de tous.

avatar tunisie - 27/08/2011, 14:35

quand ce projet finira?

avatar Marcel Gérin - 27/08/2011, 16:52

Incroyable, on a pas fini de planter qu'ils parlent de biomasse de bois de chauffe, rentabiliser.....!

Les déserts, les "freiner"? récupérer des terres cultivables....

Projets louables certes!

Mais, jamais on ne voit de projets pour les contrôles de populations, or c'est bien le problème de base et le plus important et trouver des solutions d'urgence!

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