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Les glaciers patagoniens en péril

2748 lectures / 2 commentaires12 juillet 2010, 10 h 17

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Leones_du_Campo_de_Hielo_Norte.jpgLe glacier Leones du Campo de Hielo Norte en Terre de Feu
© Pierre Chevallier / IRD

Contrées perdues aux confins du continent latino-américain, la Patagonie et la Terre de Feu, archipel à l'extrémité Sud(1), abritent les plus majestueux géants de glace du monde. Les glaciers patagoniens, dont le célèbre Pio XI, le plus grand d'Amérique latine avec ses 1292 km², surplombent les vallées chiliennes à l'ouest et argentines à l'est. Ceux de la Terre de Feu, les pieds dans l'océan, plongent dans les méandres des fjords.

Ces glaciers reculent. Leur régression vient d'être quantifiée à une échelle régionale. Une vaste étude de chercheurs de l'IRD et de leurs partenaires(2), portant sur 72 d'entre eux, montre que la grande majorité des glaciers patagoniens et de Terre de Feu ont considérablement diminué depuis 1945 : jusqu'à près de 40% pour certains.

Une tendance générale au recul

La position du front des glaciers en Patagonie fut pour la première fois décrite à une échelle régionale en 1956, par le glaciologue franco-chilien Louis Lliboutry. Ce dernier a réalisé des croquis de cartes à partir de photos aériennes prises en 1944-45. Pour estimer le retrait des glaciers, les chercheurs ont comparé ce type de cartes historiques à des images prises entre 1973 et 2005 par les satellites ASTER(3) et Landsat de la NASA(4).

Près de 90 % des glaciers étudiés sont touchés. Sur les 72 étudiés, seuls huit sont restés stables et un a avancé. Le Marinelli, dans la Cordillère Darwin, en Terre de Feu, détient le record, avec une diminution de 12,2 km, soit un pourcentage de retrait de 37,6 %, suivi de près par le O'Higgins, au Sud de la Patagonie, et le San Rafael, au Nord, qui affichent un recul, respectivement, de 11,6 km et de 5,7 km.

Parmi les 30 qui ont le plus régressé, les petits glaciers, d'une superficie inférieure à 50 km², s'avèrent les plus affectés. La majorité d'entre eux se situent en Terre de Feu, ceux de Patagonie étant généralement plus larges, avec une pente moins importante. Cependant, les scientifiques n'ont pas mis en évidence de relation directe entre la taille des glaciers et leur variation de longueur.

Chaque glacier réagit à sa façon

Cette régression généralisée est probablement due au réchauffement atmosphérique observé dans la région. Les glaciers, de par leur nature, sont particulièrement sensibles à la variabilité et au changement climatiques. Géométrie du bassin, topographie, conditions d'ablation au front, dynamiques et temps de réponse(5) propre à chacun ... : autant de paramètres qui influencent également la vitesse de fonte.

La plupart des glaciers étudiés s'avancent dans la mer ou les lacs de montagne tels une langue dont se détachent régulièrement des icebergs(6), conduisant à des taux de retrait très variables. Ce type de glaciers est en effet caractérisé par des phases de recul abruptes suivies de périodes de stabilité. Le San Rafael et le O'Higgins, par exemple, connaissent ainsi une énorme accélération de leur retrait depuis les années 1970. A l'inverse, les glaciers qui ne vêlent pas présentent généralement une régression plus linéaire.

Des données difficiles d'accès

Pour expliquer plus précisément ce phénomène de recul, les chercheurs doivent désormais calculer les bilans de masse(7) et déterminer les temps de réponse des glaciers, mais aussi approfondir les études climatiques dans la région. Pour l'instant, ils disposent en effet de peu de séries climatiques et de données au sol car ces immensités hostiles, balayées par des précipitations fréquentes et des vents violents, ne délivrent pas aisément leurs secrets. L'instrumentation scientifique est difficile à maintenir sur le terrain et la couverture satellitaire, du fait des nuages omniprésents, est mauvaise.

Les glaciers patagoniens et de la Terre de Feu ont considérablement reculé depuis 1945. Si les conditions climatiques actuelles se maintiennent, ce phénomène va continuer. Une perspective qui compromet entre autres à moyen terme le mégaprojet de centrales hydroélectriques, prévoyant la construction d'une série de barrages, entrepris par le gouvernement chilien. Autre enjeu de taille, au niveau planétaire : la fonte de ces glaces contribue de manière significative à l'élévation globale du niveau marin, qui menace notamment de faire de nombreux réfugiés climatiques dans le monde.

Notes

  1. La pointe Sud du continent latino-américain est séparée du continent par le détroit de Magellan. Elle doit son nom de "Terre de Feu" à l'explorateur qui, lorsqu'il longea pour la première fois ce territoire en 1520, aperçut des colonnes de fumées. Celles-ci provenaient en réalité des Indiens locaux, peuples aujourd'hui disparus, qui maintenaient en permanence un feu dans leur canot ou leur abri pour se réchauffer.
  2. Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs du Centro de Estudios Científicos à Valdivia, au Chili, du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement (UMR Université de Grenoble 1, CNRS), du Centro de Estudios Avanzados en Zonas Áridas à La Serena au Chili et de l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas.
  3. Advanced Spaceborne Thermal Emission and Reflection Radiometer
  4. National Aeronautics and Space Administration
  5. temps nécessaire au glacier pour s'adapter à des changements dans son bilan de masse.
  6. On dit que les glaciers "vêlent".
  7. Un bilan de masse évalue la différence entre l'accumulation de neige et la perte de glace.

Rédactrice

Gaëlle Courcoux

Source

Les glaciers patagoniens en péril - IRD

Auteur

Institut de Recherche pour le Développement

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info


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2 commentaires sur cette actualité

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commentaire meriem - 23/08/2010, 01:37

c'est perturbon a chaque fois de voir que les glasse regresse

commentaire Christian Clot - 29/08/2010, 09:40

J'ai passé plusieurs mois en kayak et à pied auprès des glaciers Patagons (et en travaux avec la CEQUA de Punta Arenas). Il est en effet assez édifiant de voir les traces fraiches sur la roche laissées par les glaciers en recul rapide. Il faut cependant être prudent avec les causes. Sur le même secteur, quelques glaciers avancent et, si le réchauffement est indéniable, il n'est pas seul responsable des mouvements impressionnants des masses glaciaires des Campo de Hielo Sur, Cordillera Sarmiento et Cordillera Darwin. D'autres études sont nécessaires et demandent de vastes moyens... Pas toujours à disposition des chercheurs, en particulier locaux pourtant très compétant. Mais le travail continue.

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