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L'impact du changement climatique sur les systèmes agricoles et forestiers

6400 lectures / 14 commentaires28 juin 2010, 15 h 41

Les résultats du projet Climator ont été présentés lors du colloque de clôture, co-organisé par l'INRA et Arvalis-Institut du végétal, qui s'est tenu à Versailles les 17 et 18 juin 2010. D'une durée de 3 ans, ce projet a fourni des méthodes pour analyser l'impact d'un changement climatique sur des systèmes agricoles et forestiers variés, et produit des résultats synthétisés dans un Livre Vert. S'ils ne concluent pas à un impact uniforme sur les cultures, les chercheurs montrent que l'augmentation de la température et de la concentration en CO2, et la diminution des précipitations auront une influence sur plusieurs facteurs déterminants pour les cultures, les forêts et l'environnement (alimentation des nappes phréatiques en particulier).

Réchauffement, modification de la pluviométrie, augmentation de la concentration en CO2 de l'atmosphère : autant de phénomènes au cœur du changement climatique qui sont susceptibles de modifier, positivement ou négativement, la productivité des cultures et des forêts, et par la suite l'occupation des sols. Ces évolutions sont déjà perceptibles dans les calendriers agricoles : anticipation des dates de floraison des arbres fruitiers et des vendanges, et sont mises en avant pour expliquer la stagnation des rendements du blé. Cependant l'hétérogénéité spatiale des bouleversements climatiques annoncés et la diversité des plantes cultivées, rendent impossible tout pronostic généraliste.

Un exercice de projections basé sur la modélisation

Le travail réalisé au sein du projet Climator est basé sur des hypothèses, devant tenir compte d'un ensemble d'incertitudes. L'agriculture y est représentée par des systèmes de grande culture, des systèmes prairiaux, la vigne et la forêt avec des niveaux de pratiques et des choix variétaux extrêmes (pluvial/irrigué, conventionnel/biologique, cycles longs/cycles courts, monocultures/rotations). Pour appréhender la diversité des climats français, 13 sites répartis sur l'ensemble du territoire français, ont été choisis, dont un situé en moyenne montagne et un autre en Guadeloupe.

Les résultats ont été obtenus en enchainant des simulations climatiques à l'échelle globale puis régionale avec des modèles agronomiques et forestiers. Deux périodes d'intérêt ont été simulées : le futur proche (2020-2049) et le futur lointain (2070-2099) en référence à une période de passé récent (1970-1999). L'hypothèse économique et démographique du monde de demain, qui fournit l'évolution future de l'émission des gaz à effet de serre, introduite dans le modèle global de climat, est, en standard, le scénario A1B du GIEC (forte croissance économique et pic démographique en 2050 aboutissant à 700 ppm de concentration en CO2 dans l'atmosphère à la fin du XXI° siècle, malgré une baisse des émissions mondiales à partir de 2050).

Cependant ces modèles ne sont pas parfaits puisque la connaissance des systèmes climatiques et agricoles est imparfaite. Pour cerner cette erreur plusieurs méthodes ou modèles ont été utilisés en parallèle que ce soit au niveau climatique, comme au niveau agronomique, considérant ainsi que chaque modèle est un point de vue sur la réalité complexe.

Des différences régionales et locales importantes

D'après les modèles, le changement climatique se traduira non seulement par une augmentation de température (de 1,6°C à 3°C selon le lieu et la période de temps considérée), mais également par une diminution des précipitations, surtout au printemps et en été et dans le Sud-ouest. Les simulations effectuées indiquent que cette modification du climat ne provoquera pas une évolution univoque dans les 13 sites étudiés : ni dégradation, ni amélioration généralisée. Les résultats montrent une grande spécificité des sites et/ou des cultures dans leur réponse au climat. En revanche différents facteurs qui ont une incidence certaine sur ces cultures seront sensiblement modifiés : bouleversement des stades de croissance de la plante, disponibilité des ressources en eau, disponibilité thermique accrue, santé des plantes.

Des évolutions favorables...

L'augmentation de la température constitue une opportunité pour pouvoir cultiver des espèces estivales, comme le maïs, le sorgho ou le tournesol, dans le nord de la France et en moyenne montagne, de même que pour étendre la zone de culture de la vigne ou modifier les cépages. L'accélération des rythmes de croissance des plantes permettra aux cultures d'hiver, et en particulier aux céréales, d'échapper, en partie, aux stress hydriques et thermiques de fin de cycle. Globalement, les rendements du blé et des prairies seront légèrement augmentés car pour ces cultures, la fertilisation carbonée de l'atmosphère, pourra à terme compenser les effets néfastes des stress hydrique et thermique (ce qui n'est pas encore le cas actuellement). Les épisodes de gel automnal seront moins fréquents et auront donc moins de conséquences pour les cultures d'hiver, notamment pour le colza par exemple.

...associées à des situations préoccupantes...

La situation la plus préoccupante est sans doute celle du maïs irrigué dans le Sud ouest qui, même avec une augmentation de l'irrigation, verra son rendement diminuer à cause du raccourcissement de son cycle. Le recours à des variétés à cycle très long permettrait de compenser ce préjudice mais en augmentant encore les besoins en irrigation, alors que la recharge des nappes phréatiques baissera inéluctablement. Les accidents physiologiques du blé et du tournesol, dus aux températures élevées en fin de cycle ne seront que partiellement réduits par l'avancement des calendriers culturaux. Le stress hydrique provoquera des baisses de production inéluctables pour les approvisionnements fourragers estivaux, pour le sorgho et le pin maritime. Il provoquera également une augmentation de vulnérabilité de l'ensemble de nos forêts (feuillus et conifères) au dépérissement. Enfin, en raison de l'anticipation de la période de maturation, la qualité du raisin sera diminuée.

... que peut masquer la variabilité du climat d'une année à l'autre

La variabilité interannuelle du climat reste la première source de fluctuation des rendements. Pour des cultures comme le colza ou le tournesol, elle est telle qu'aucune évolution des rendements ne peut être mise en évidence ; cela est en partie lié au fait que pour ces cultures il y a une compensation entre les effets bénéfiques du CO2 et les effets préjudiciables du stress hydrique.

Quel poids des incertitudes sur les résultats ?

L'incertitude sur le monde de demain, en termes économique et démographique, (perçue par le test de plusieurs scénarios) n'interviendra de façon significative qu'après 2050. Autrement dit pour le futur proche, quelles que soient les hypothèses sur ce monde, les résultats de Climator sont sensiblement identiques. Les incertitudes liées à la connaissance imparfaite des systèmes climatiques et agricoles sont du même ordre de grandeur et peuvent être comparables à l'impact du changement climatique (pour certains site et/ou systèmes). Cependant ces incertitudes ne remettent pas en cause le sens des tendances les plus marquées. Ainsi malgré les incertitudes, le projet Climator met en évidence des tendances des effets du changement climatique à venir dont on peut déjà tenir compte pour adapter les systèmes agricoles. Les chercheurs montrent que les agriculteurs et les décideurs disposent de moyens pour infléchir l'impact du changement climatique, à la fois à l'échelle locale par les choix de précocité variétale ou l'affectation des sols mais aussi à l'échelle nationale par des déplacements de culture. Cet aspect adaptatif a simplement été évoqué dans le cadre du projet Climator. Il devra être approfondi en ciblant sur la précocité des variétés et les systèmes de cultures économes en eau (cultures résistantes à la sécheresse, recours aux rotations...).

Notes

Le projet de recherche Climator a été financé par l'ANR, dans le cadre du programme Vulnérabilité, Milieux et Climat (VMC). Il a réuni pendant 3 ans, 17 équipes de 7 instituts et organismes associant ainsi des disciplines variées : climatologie, agronomie, écophysiologie, bioclimatologie, science du sol.

Il a été réalisé dans le cadre d'un partenariat scientifique impliquant l'INRA, le CERFACS, le CNRS, Météo-France, AgroParisTech, Montpellier SupAgro, Arvalis-Institut du végétal et la Chambre d'agriculture Poitou-Charentes. Le livre vert des résultats du projet Climator est édité par l'ADEME.

Référence

Actes du colloque Climator

Auteur

Institut National de la Recherche Agronomique

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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14 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar craps languidic -

Heureusement il y a aussi Agriculture et Environnement pour relativiser ces prédictions basées sur "" des hypothèses, devant tenir compte d'un ensemble d'incertitudes"".

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article592

avatar Alternat Paris -

et que penser de cela : http://www.achblog.com/Nouvel-ordre-mondial/Manipulation-et-propagande/Les-chemtrails,543.html

avatar Jacques -

craps,

Voyez vous ces modèles ont pour but d'essayer de prévoir ce qui va se passer et sur la base d'éléments observables. Les faits sont là et ce ne sont pas les dénégations de quelques scientifiques qui les contrediront.
On connait Lindzen, on connait ses opinions, et on sait aussi que ses dernières études ont toutes été réfutées.


Alternat Paris @
Allez donc la théorie du complot.....poubelle.

avatar craps languidic -

Jacques,
Concernant Lindzen, vous dites
"""ses dernières études ont toutes été réfutées."""

Pouvez vous préciser vos sources ?

Rappelons que Lindzen est un climatologue américain, occupant la chaire du MIT sur le sujet.
http://www.wikiberal.org/wiki/Lindzen

avatar Jacques -

Craps, @

Votre source vous trahit je comprend mieux votre acharnement à nier la reponsabilité humaines dans le réchauffement climatique, néanmoins Wikilibéral est tout sauf fiable.

Lindzen est un climatologue c'est vrai mais qui a des opinions politiques républicaines et est lié avec divers think tanks.

http://www.desmogblog.com/richard-lindzen

Réfutation de Lindzen?

http://www.realclimate.org/index.php/archives/2010/01/first-published-response-to-lindzen-and-choi/

avatar craps languidic -

Bien sûr le climat doit être étudié par des scientifiques et c'est bien le cas de Lindzen et de ses études.
La politique n'a rien à voir là dedans. Par contre quand à vous je n'en suis pas certain.

Nous l'avons vu récemment avec la pétition contre Allègre faisant appel à la ministre ; elle a refusé de prendre parti et a lancé le débat à l'académie des sciences.

Vos soit disant sources de réfutation de Lindzen sont des blogs succincts, essayez de trouver mieux !

avatar Jacques -

craps languidic @

Ne commencez pas vos digressions et vos hors-sujets.
Sur un point de vue strictement scientifique lindzen est réfuté. Ses thèses sont fausses parce qu'elles sont conçues avec une arrière-pensée politique et donc manquent d'objectivité.

""""Nous l'avons vu récemment avec la pétition contre Allègre faisant appel à la ministre ; elle a refusé de prendre parti et a lancé le débat à l'académie des sciences.""""

Encore une tentative de désinformation; la pétition n'a jamais eu pour but de faire intervenir la ministre, mais celui de remettre la science au coeur du débat. Vu les mensonges et les idioties proférées par Allègre, les scientifiques n'ont nullement besoin d'un mlinistre pour lui dire son fait.

ps, je ne fais pas de politique, ayant appris depuis longtemps qu'aucune d'entre elle n'est valable.
Aux élections je vote parce que c'est un droit mais aussi un devoir mais je vote blanc.

avatar Gilbert, Uppsala -

bonjour,

"Cependant ces modèles ne sont pas parfaits puisque la connaissance des systèmes climatiques et agricoles est imparfaite. " Oui, la relation et la conséquence d'un system agricole inclu dans un système climatique n'est pas connu car pas étudié. Mais les systèmes climatiques et les systèmes agricoles sont connus mais on ne coonais pas bien les liens,les interactions car rarement étudié.
Pour note, un système climatique qui est connu et utiliser par les géographes depuis longtemps...

avatar Christophe, Paris -

Etonnant, ce Craps languidic, toujours prompt à réagir au moindre article impliquant l'homme dans le réchauffement climatique. De son nom à son argumentaire, en passant par sa ténacité, on pourrait presque devenir méfiant à défaut de basculer dans la paranoïa, en suggérant qu'il fait partie des quelques "têtes désinformatives" infiltrant les forums de discussions écologiques pour semer ici le doute, et là, l'incertitude...
Un gros travail de fond, beaucoup d'exigence et de temps consacré, sans nul doute le meilleur représentant des "climatosceptiques" sur ce site sérieux qui nécessite sûrement quelques semeurs de doute professionnels.
Convertir son opposition à l'origine anthropique du réchauffement climatique en obligation de réagir systématiquement sur le forum confine sinon à un comportement "spam-like", en tout cas à une obsession pour le moins surprenante.
A vous d'en juger, "spam languidic", et bonne soirée.

avatar Louis hervé Nancy -

Si vous croyez que craps languidic est un des rares à opter pour une position climato -sceptique vous vous faites de sacrées illusions. Si vous y tenez on peut vous citer un nombre importants de scientifiques de haut rang qui ont des opinions totalement inverses à celles que l'on soutient ici au sujet de la cause anthropique du petit réchauffement constaté depuis 1850 + 0.6°.
D'ailleurs vous n'avez qu'à aller sur les sites climato sceptiques pour vous en rendre compte.
Bien sûr qu'il faut être attentif à ne pas dégrader cette planète et là il y a un travail gigantesque à accomplir. Que de problèmes à résoudre plutôt que de perdre son temps à savoir si l'homme est à l'origine de cette petite fluctuation climatique comme il y en a eu tant dans le passé.
Moi je vois un inconvénient majeur à cette nouvelle idéologie écologiste mettant l'homme en cause. C'est une idéologie restrictive, appauvrissante puisqu'elle préconise la décroissance, décroissance jusqu'où , ce n'est pas précisé mais surement la pénurie est au rendez-vous comme toutes les idéologies du 20 siècle à commencer par le communisme grand spécialiste de la pénurie.
En plus la mondialisation entraine la précarité en Occident puisque les salaires en Asie sont de 10 à 60 fois moins élevés que chez nous ce qui entraine délocalisations et chômage de masse et cela ajouté à l'écologisme préconisant la décroissance et on à un cocktail explosif pour réduire à plus ou moins brève échéance nos populations à une vraie pauvreté avec toutes les conséquences que cela entrainera..

avatar Glagny -

Et bien, au lieu de se balader dans les champs de maïs, on se baladera dans les champs de coton.

avatar Johan, Pontivy -

Pourquoi autant de péssimisme?!
Vous évoquez dans l'article, les besoins d'irrgation du maïs...
Avez vous entendus parler des recherches faites par certaines associations pour ramener les variétés végétales anciennes au gout du jour! Plusieurs années de sélection sur des variétés de maïs anciens ont permis de revenir à des maïs n'ayant pas ou peu besoin d'irrigation. Je n'aurrai comme vous de sources scientifiques précises à citer; mais juste quelques associations travaillant au maintien de la biodiversité: "koal kozh", réseau "semences paysannes".

avatar Paul-Marie, Paris -

Plutôt que de tergiverser dans le vide, il serait bien utile que vous jetiez un coup d'oeil à l'ouvrage de Jacques Grinevald, La Biosphère de l'anthropocène, Genève, éditions médecine et hygiène, Georg, 2007 qui permet de bien comprendre les problématiques qui sont à l'oeuvre actuellement, sans compter qu'avant de fustiger la Décroissance, lisez Georgescu-Roegen attentivement et vous changerez votre jugement. Encore que l'auteur lui-même s'interrogeait entre le terme décroissance ou déclin.

avatar Jacques -


Louis hervé @

Je croyais que la politique ne vous intéressait que modérément, or je constate que vous ne manquez aucune occasion pour taper sur le dos du communisme (qui ne vaut d'aileurs pas mieux que le libéralisme).

""""D'ailleurs vous n'avez qu'à aller sur les sites climato sceptiques pour vous en rendre compte"""

C'est fait depuis longtemps, résultats ? Arguments scientifiques = ZERO, par contre de la désinformation, du mensonge et de la calomnie en veux-tu en voila (exemple penséeunique ou skyfall sans oublier l'innérarable blog de Vincent Bénard)

Par contre une fois n'est pas cûtume, un article intéressant sur WUWT.

http://wattsupwiththat.com/2010/07/13/calculating-global-temperature/

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