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5924 lectures / 17 commentaires03 juin 2010, 11 h 41
Enquête de consommation alimentaire à OuagadougouLes citadins des pays en développement vont plus que doubler entre 2000 et 2025. Cette urbanisation galopante s'accompagne d'un changement des habitudes alimentaires : plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés, des repas pris sur le pouce en dehors de la maison. Paradoxalement, alors que la sous-nutrition reste un problème très préoccupant dans de nombreux pays d'Afrique, l'obésité fait son apparition dans les villes.
Des chercheurs de l'IRD et leurs partenaires(1) révèlent que dans deux quartiers de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, 36% des femmes et 14,5% des hommes sont en surpoids. Les nutritionnistes montrent que cet embonpoint est lié au mode d'alimentation « moderne » adopté par ces habitants, en particulier les plus riches.Ces travaux permettent de mieux comprendre les causes de l'obésité de populations urbaines, pour la mise en place à terme de programmes appropriés pour en prévenir ses conséquences sur la santé.
L'urbanisation est en extension rapide dans les pays en développement. Au Burkina Faso, par exemple, la population urbaine a été multipliée par sept depuis 1975. Ce phénomène s'accompagne de changements profonds de mode de vie et d'alimentation. Cette « transition nutritionnelle », déjà accomplie dans les pays du Nord, se manifeste par l'apparition de problèmes d'obésité. Le surpoids n'est plus uniquement un problème des pays développés, il augmente de façon spectaculaire en Afrique, notamment en ville. De par ses conséquences sur la santé, il va constituer un enjeu majeur pour les politiques de santé publique pour ces pays dans les années à venir.
Pour établir le lien entre alimentation et surpoids, des chercheurs de l'IRD et leurs partenaires(1) ont examiné les modes de consommation, les caractéristiques des régimes et des types d'aliments consommés dans deux quartiers très contrastés de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso : l'un central et plutôt riche, l'autre en périphérie et plutôt pauvre. Les nutritionnistes ont montré que chez ces ménages, 36% des femmes et 14,5% des hommes étaient en surpoids. Plus de 1000 habitants, âgés de 20 à 65 ans, ont détaillé tous les repas, sauces, casse-croûtes et boissons consommés au cours de la semaine et répondu à un questionnaire qualitatif sur leurs habitudes alimentaires : combien ont-ils pris de repas par jour ? Les ont-ils pris au domicile ou en dehors ? Ont-ils grignoté entre les repas ?
Les nutritionnistes ont alors montré que les personnes qui consomment des aliments dits « modernes » ont davantage tendance au surpoids. Bien que le régime alimentaire de ces Ouagalais demeure traditionnellement basé sur les céréales, les légumes et l'huile végétale, d'autres aliments ou recettes « importés » s'y ajoutent, comme l'omelette, le poulet, les sandwiches, les salades, les pâtes, le pain, etc. En revanche, le grignotage, autre mode de consommation typiquement urbain, souvent incriminé comme un facteur de surpoids, ne semble pas entraîner ici de surnutrition. Cependant, il faut noter que nombre de casse-croûtes à Ouagadougou restent de type traditionnel.
Cette étude met en lumière l'étroite relation entre le mode de vie des citadins et leur comportement alimentaire. Le grignotage est associé à des conditions de vie moins structurées, telles que celles des jeunes gens ou des célibataires. Les personnes plus âgées ou mariées sont en effet plus enclines à prendre des repas planifiés et à heure régulière. De même, les actifs, ayant moins de temps disponible, mangent plus fréquemment sur le pouce.
L'environnement et l'accessibilité de la nourriture jouent également un rôle dans le choix des aliments. Les habitants du quartier périphérique, plus pauvres, ont une alimentation constituée de produits de base, plus traditionnelle, que ceux du quartier central, plus riches, qui consomment plus d'aliments « modernes » et plus coûteux.
Tout comme la sous-nutrition, la surnutrition peut être causée par un ensemble de facteurs économiques, sociaux et culturels, souvent liés à la pauvreté qui entraîne des difficultés d'accès à une alimentation équilibrée. Les citadins subissent moins les variations saisonnières, ont un plus large choix et une meilleure disponibilité des denrées alimentaires que leurs concitoyens des zones rurales. Mais l'urbanisation est aussi synonyme de changements d'habitudes alimentaires, d'une occidentalisation des régimes (plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés), d'une sédentarisation et de changements de modes de vie en général. Grignoter entre les repas principaux, acheter des plats préparés et pris en dehors de la maison deviennent des pratiques fréquentes. Ce phénomène, connu sous le nom de « transition alimentaire», s'accompagne d'une augmentation du surpoids et de l'obésité et d'un plus grand risque de maladies chroniques comme le diabète, l'hypertension, les maladies cardio-vasculaires et certains cancers.
L'Afrique doit désormais faire face à un double fardeau : alors que la faim tenaille encore une large part de sa population, l'obésité et ses graves conséquences sur la santé gagnent les villes. La population urbaine en Afrique ne cesse de croître : les citadins seront en majorité d'ici 2020. Avec les changements d'alimentation qui s'ensuivent, l'OMS(2) estime que la proportion de femmes africaines de plus de 30 ans en surpoids devrait atteindre 41% dans 5 ans.
Cette étude, menée dans deux quartiers caractéristiques de Ouagadougou, permet de mieux cerner les causes de l'obésité et, à terme, d'améliorer les politiques de surveillance et de prévention et de mettre en place des programmes nutritionnels appropriés.
Gaëlle Courcoux
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
Kaseekane -
En fait, les nouveaux citadins Africains, tout comme dans toutes les nouvelles villes vont souffrir de l'occidentalisation. C'est quoi l'occidentalisation? C'est un mode de vie "standardisé" et considéré comme "idéal" et symbole d'élévation sociale, ayant pour modèle, le modèle étasunien, qui s'est déjà étendu en Europe, et qui envahit les modes de pensées et les modes de vie des peuples du monde entier. Les peuples à forte tradition ancestrale vont très vite adopter ce nouveau style de vie standard et abandonner leurs traditions et coutumes, et valeurs. Ils seront aveuglés par ce mirage de "progrès urbain", au détriment de leur santé, leur hygiène de vie, et des valeurs nobles. Avec l'occidentalisation, les femmes travaillent et s'occupent moins de leurs enfants, on n'a plus vraiment le temps de se préparer un repas équilibré, on préfère ingurgiter des frites et un hamburger, des chips, du soda, des biscuits industriallisés vendus à bas prix. On oublie les vieux, nos aînés, on est plutôt intéressé par les programmes télévisés, et au lieu de marcher des kilomètres pour chercher à manger, un simple coup de fil on ne bouge pas de son siège, ou bien au coin de l'immeuble, un restau fast-food, ou des superettes remplies de "mal-bouffe". C'est tout un systême qui cré la mal-nutrition. C'est aussi fatal que la famine.
Edgar -
A Kaseekane :
Vous êtes bien caricatural. L'espérance de vie au Burkina est de 52 ans. Pour une large majorité de la population qui vit de l'agriculture, l'obésité c'est un problème de riche. A vous lire, on se demande si l'Afrique a le droit au développement. Libre à vous d'aller vivre à la campagne avec votre grand-mère, femme au foyer et potager si c'est le mode de vie qui vous plaît
Christophe Magdelaine -
@ Edgar : je vous trouve sévère avec le commentaire de Kaseekane que j'approuve. L'obésité n'est pas qu'un problème de riche et c'est même un problème qui touche des populations qui se nourrissent mal (bien souvent pauvres). Or, l'urbanisation et le mode de vie "moderne" nous poussent à la malbouffe : c'est un fait incontestable qui se voit de plus en plus dans des pays auparavant épargnés par notre modèle de développement idiot.
Que les pays africains se développent, c'est évident mais doivent-ils répéter nos erreurs ? Suivre à la trace notre développement c'est régresser dans bien des domaines, notamment environnementaux.
Kaseekane -
Merci Christophe. Je fais un peu d'ironie, pour faire réagir les gens, qui peuvent mal interpréter mes propos...
C'est exactement cela: la malbouffe, ou malnutrition concerne surtout les pauvres, paradoxalement. Regardez le Mexique! Le même phénomène se produit. De même que dans beaucoup de classes sociales précaires à travers le monde, même en France. Les riches, eux, se maintiennent assez bien. Il ont justement l'argent pour faire des régimes, du sport en salle, et surtout choisir leurs aliments de qualité, se faire des chirurgies esthétiques au cas où... et pour les gourmands, ben ils peuvent s'acheter toute la nourriture qu'ils veulent.
Les pauvres, ben ils achètent que ce qu'ils peuvent, et ce qui est abordable. Les produits proposés sont de bas de gamme, souvent riches en sucres, aux graisses saturées, trop de sel, industrialisés (regardez un peu les ingrédients derrière les paquets)... Tout cela est vendu à bas prix. Entrez pour exemple dans une superette "Lidle", et regardez un peu le nombre de gâteaux, biscuits, sodas, chips à bas prix. Le rayon légumes frais est tout petit à côté. Et c'est là que les personnes à faibles revenus vont faire leurs courses. Les ados, eux, se ruent sur tous ces aliments mauvais our la santé. Couplé au mode de vie actuel (télévision, jeux vidéos, transports, proximité de tout), ben on fait moins d'eort physique, on grossi. C'est pas sorcier!
Alors, quand je pense aux anciennes cultures traditionnalistes, je crois que c'était plus sain pour la santé que le mode de vie actuel, tant sur le plan santé que sur le plan social et écologique. Pour finir, pourquoi c'est mal vu de dire que la femme devrait rester à la maison, s'occuper des enfants, et que les familles devraient entourer leurs aînés? Pas assez féministe? Pourtant, on aurait plus à y gagner. Mais le mal est déjà fait.
Kaseekane -
Et oui, l'Afrique doit se développer, pour donner un meilleur confort de vie à tous ses habitants, plus de connaissances, plus d'instruction, mettre en avant sa culture et sa tradition. Mais à une juste mesure. Comme dit Christophe, ne pas suivre la trace des occidentaux, car nous avons fait des erreurs. Mais trouver leur voie. Actuellement, y'a la corruption, les dirigeants sont illusionnés par l'Occident, et oublient peu à peu l'importance et la valeur de leur héritage culturel africain. D'où les conséquences sur la manière des villes à se développer. On fait croire aux Africains que le modèle occidental est ce qu'il y a de mieux. Du coup, on importe produits et fast-foods de l'extérieur, on veut devenir "comme" la France, "comme" les USA "comme" l'Angleterre... Alors, voilà ce qui attend les nouveaux citadins s'ils ne font pas attention. Je ne parlait pas des agriculteurs biensûr, mais des habitants des villes.
Jacques -
Je suis entièrement d'accord avec Kaseekane, les africains ont le droit de choisir leur mode de vie mais doivent faire attention à ne pas tomber dans le piège de notre modèle socio-économique qui n'est pas, loin s'en faut, la panacée.
R2D2 -
@ Edgar
Kaseekane décrit exactement le mode de vie basique et largement développé et adopté par les Français qui n'est pas un modèle à suivre . Bref les Africains comme nous tous n'échapperont pas à la mondialisation de la mal bouffe et du mode de vie stupide que nous subissons. Je trouve qu'il n'exagère même pas. Quant à vous,vous avez une vision bien étrange des" bienfaits" du "développement" comme vous dites.
Edouard, Abidjan -
Excellents commentaires. Oui, se développer n'est pas s'occidentaliser, mais s'épanouir sur tous les plans (social, économique, psychologique, environnemental). L'Afrique peut donc établir son modèle de développement qui tienne compte de tous ces facteurs. C'est possible. Tout le monde en parle, mais le choix ne se fait pas.
Hafizou Toure -
C'est pas seulement au Burkina, au Mali aussi on connait la même chose
Marie-Magdeleine Petit Paris -
Oui, l'obésité est un problème sérieux. Mais il a de tout temps été celui des riches qui pouvaient s'alimenter quand ils le voulaient et autant qu'ils le voulaient. Les Français pauvres devraient tous être obèses ce qui n'est pas le cas. Deux expériences personnelles peuvent éclairer cette problématique. La 1° au Togo au moment de l'attente des récoltes. Quand les greniers étaient vides, les paysans devaient se contenter d'une bouillie de farine de néré (si je ne me trompe pas) et ceci pour toute la journée. Certes cela date de plusieurs décennies. Aucun d'entre ces villageois n'étaient obèses mais ils étaient tous affamés. La 2° c'est le cas des femmes mauritaniennes maures, voire africaines qui ne sont appréciées que si elles sont obèses ou très enveloppées. Le mari nourrit bien sa femme si elle est grosse dans le cas contraire c'est un mauvais mari. Etre gros c'est être riche. N'accusez pas forcément et uniquement l'agro-alimentaire qui est tout de même bien commode s'il est bien utilisé.
Mensa Bresil -
Les commentaires sur les nouveaux styles de vie des africains surtout les femmes qui grossissent de plue en plus signe de mauvais augure contrairement au paravant où c´etait signe d´opulence en Afrique pleuvent actuellement. Cependant personne ne suggère comment l Afrique peut se developper sans s´occidentaliser, sans créer des industries de transformation, sans créer une agriculture intensive adaptée si l´Europe laisse. Les africains ont plus besoin seulement d´information nutritionnelle dans ce cas precis et se developper normalement en se globalisant. L Afrique n´ira nul part si son developpement n´est pas en diapason avec le processus evolutif du monde actuel.
Louis hervé Nancy -
Les pauvres grossissent parcequ'ils mangent "mal". D'accord mais cette mal bouffe est infiniment plus confortable que la mal bouffe des périodes de guerre comme en 39/45 où pendant les périodes de disettes du 19 ème siècle ou dans certaines régions du monde actuel où là la mal bouffe fait maigrir plutôt que grossiir. Encore récemment un article paru dans le Monde cite la situation catastrophique au Niger où des cohortes d'affamés tentent de rejoindre le Nigéria pour ne pas mourir de fin . Ceux là aimeraient bien que leur mal bouffe les fasse grossir!, Quand un peuple grossit à cause de sa mal bouffe c'est déjà bon signe. Après viendra l'équilibre nutritionnel avec le développement du pays.
Christophe Magdelaine -
@ Louis hervé Nancy : et où voyez-vous un point d'équilibre ? Les pays occidentaux ont une population d'obèses qui devient plus qu'inquiétante, je n'appelle pas cela un équilibre...
Louis hervé Nancy -
@christophe Magdelaine@ Je veux parler de la catégorie de français d'un certain niveau de développement qui leur permet d'avoir un régime alimentaire équilibré c'est à dire agrémenté de fruits et légumes de cuisine à l'étouffée qui leur permettent de garder la ligne alors que les catégories sociales plus précaires se contentent de féculents, pâtes cuisine graillonée par manque d'information et peu de temps pour faire du sport. C'est la même chose pour les pays africains en voie de développement. Ceux qui vivent en ville atteignent le niveau de ceux en précarité de chez nous ce qui est déjà un grand progrès par rapport à ceux qui vivent des aléas de la vie dans la brousse et qui souvent crèvent de faim mais sans doute qu'avec le développement de leur pays apparaitront des citadins branchée pouvant se payer une nourriture équilibrée comme les cadres chez nous par exemple. Tout est une question de développement.
Mais dans nos pays il y a effectivement le phénomène d'obésité comme cela ce voit au Etats Unis depuis plus de 20 ans et qui est plus subtil à expliquer. Le mode de vie à l'occidentale y est sans doute pour beaucoup. Les gens bougent moins tout le monde a sa voiture. La cuisine familiale disparait du moins à midi pour avaler en vitesse n'importe quoi dans les fast foods et puis il y a l'excès de consommation de sucre, l'excès de sel 10 fois plus qu'il n'en faut ,le manque d'information sur la nécessité d'un régime sain.Les enfants au lieu d'aller à l'école à pied comme avant sont amené en voiture, si les parents pouvaient monter leurs enfants en voiture dans la classe ils le feraient tant ils encombrent les rues avoisinantes de l'entrée de l'école tellement ils ont peur de marcher et on pourrait développer à l'infini ce comportement de loche d'une grande partie de nos concitoyens!
Mensah -
La conclusion à ce debat serait peut- être "Manger mal et grossir est alors preferable à ne rien manger et souffrir de la famine"
À mon humble avis il est plus facile de resoudre le fléau de manger mal et grossir que de resoudre celui de la famine....
À vous de juger!!!!!!
Louis hervé Nancy -
D'accord avec vous.
von Howenbruch Düsseldorf -
se développer n´est en aucun cas s´occidentaliser. les japonais se sont développés mais on garder toujours leurs traditions(constructions asiatiques et accoutrements) c´en est de même pour les chinois. ils s´en foutent pas mal des européens ou Américains. Nous devons commencer par pouvoir porter nos habits africains sans avoir de complexes.je trouve ce sujet un peu sensible de dire que les obèses en Afrique seraient les riches car ayant la possibilité de s´offrir ce qu ils veulent. est ce que les pauvres vous ont dit qu´ils étaient gênés de leurs régimes alimentaires?Ce que j´aime pas sur les européens c´est qu ils aiment faire des jugements sur ce qui ne les concerne pas. Si le nigérien boit sa bouillie de son et le camerounais mange les beignets le soir, est ce qu´il est mal à l´aise. je mange les beignets +haricots en Allemagne et je préfère manger ca que de me nourrir de produits chimiques qu´on vend dans les supermarchés ici, et là je ne suis pas obèse.
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